L'Afrique monte au créneau sur la scène internationale. Le président ghanéen, John Dramani Mahama, a annoncé son intention de soumettre, dès le mois de mars prochain, un projet de résolution devant l'Assemblée générale des Nations unies. L'objectif est ambitieux : faire reconnaître la traite transatlantique des esclaves comme le "plus grave crime contre l'humanité" jamais commis.
"La traite transatlantique des esclaves a été la plus grande injustice et le plus grand crime contre l’humanité", a-t-il déclaré, qualifiant cette démarche de "première étape". Une première victoire a déjà été remportée le 15 février dernier, lors de la réunion de l'Assemblée de l'Union africaine, où les États membres ont adopté la résolution à l'unanimité. Le dirigeant ghanéen en a profité pour exhorter les nations africaines à mettre en place des commissions nationales de réparation, ouvrant ainsi la voie à des demandes de dédommagements envers les anciennes puissances coloniales.
"Faire des affaires à nos propres conditions"
Cette offensive diplomatique sur le passé se double d'une stratégie économique offensive pour l'avenir. Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a appelé les pays africains à exploiter collectivement leurs ressources naturelles comme un véritable levier d'influence pour négocier d'égal à égal avec l'Occident.
Dans un entretien au magazine Africa Report, M. Ramaphosa a mis en garde contre toute tentative de "nouvelle forme de colonialisme" qui verrait les grandes puissances continuer à exploiter systématiquement les matières premières du continent. "Nous disposons de leviers d'influence [grâce à nos ressources minérales] et, en tant qu'Afrique, nous devons les utiliser", a-t-il martelé, appelant à "faire des affaires à leurs propres conditions".
Son message est clair : l'époque où le continent se contentait d'exporter ses richesses à l'état brut est révolue. "Il n'est plus acceptable que nos minerais et nos ressources naturelles soient exportés à l'état brut", a insisté le chef de l'État sud-africain. Cette vision est au cœur de l'Agenda 2063 de l'Union africaine, qui prône une transformation économique locale via l'industrialisation et la création de valeur ajoutée.
Éthiopie : La paix au Tigré, un équilibre fragile menacé
Mais alors que le continent porte sa voix sur la scène mondiale, des foyers de tension internes rappellent la fragilité de la paix. Selon un nouveau rapport du centre d'analyse African Agenda, un conflit à grande échelle pourrait à nouveau embraser la région du Tigré, en Éthiopie, dès 2026.
Les experts tirent la sonnette d'alarme : l'accord de Pretoria, qui avait mis fin à l'une des guerres les plus meurtrières de la décennie en 2022, est "menacé d'un échec imminent". Sur ses nombreuses dispositions, seule la cessation des hostilités actives est aujourd'hui respectée. Le rapport dresse un bilan accablant : des territoires du Tigré toujours occupés par les forces érythréennes et amhara, environ un million de déplacés incapables de rentrer chez eux, et 80 % de la population régionale dépendante de l'aide humanitaire.
"L'accord de Pretoria a arrêté la guerre, mais il n'a pas permis la transition promise vers la paix. [...] nous nous dirigeons tout droit vers une nouvelle guerre, pourtant parfaitement évitable, dès 2026", préviennent les auteurs.
Face à cette impasse, ils appellent la communauté internationale à une réactivation d'urgence de la diplomatie pour éviter que "l'histoire ne se répète". La paix en Éthiopie, et par extension dans la Corne de l'Afrique, reste plus que jamais suspendue à un fil.
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Reparations, Resources, and the Risk of War: Africa at a Crossroads
As Ghana prepares to bring a historic UN resolution seeking to recognize the transatlantic slave trade as a "crime against humanity," the African Union is toughening its stance on the exploitation of the continent's wealth. Meanwhile, the shadow of a potential resurgence of the Tigray conflict in 2026 is worrying analysts. Africa stands at a decisive moment.
Ghanaian President John Dramani Mahama has announced his intention to submit a draft resolution to the UN General Assembly in March, aiming to have the transatlantic slave trade recognized as the "gravest crime against humanity." "The transatlantic slave trade was the greatest injustice and the greatest crime against humanity," he stated, calling this move a "first step." The resolution was unanimously adopted by African Union member states on February 15th. Mahama also urged African nations to establish national reparations committees.
This diplomatic push is paired with an offensive economic strategy for the future. South African President Cyril Ramaphosa called on African countries to collectively leverage their natural resources as a bargaining chip to negotiate with the West on equal footing. Warning against a "new form of colonialism," Ramaphosa insisted it is no longer acceptable for the continent's minerals and resources to be exported in their raw state. "We must do business on our own terms," he stated, aligning with the AU's Agenda 2063 which promotes local industrialization and value addition.
However, as the continent raises its global voice, internal tensions highlight the fragility of peace. A new report by the African Agenda think tank warns that large-scale conflict could reignite in Ethiopia's Tigray region by 2026. Experts claim the 2022 Pretoria agreement, which ended one of the deadliest wars in recent history, is "threatened with imminent failure." With key provisions unimplemented, vast territories still occupied, and a million people displaced, the report concludes that without immediate diplomatic action, the world is heading towards a perfectly avoidable new war.
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Moussa Nassourou