En 2025, le déficit du compte courant s’est élargi à 3,9 % du PIB, principalement sous l’effet du recul des exportations pétrolières. Dans un schéma classique, une telle évolution aurait affaibli la contribution du Cameroun aux réserves de change régionales. Pourtant, Yaoundé a réussi à maintenir son apport en mobilisant 750 millions de dollars sur les marchés internationaux via un placement privé début 2026. Cette opération illustre une stratégie de court terme : préserver les réserves mutualisées de la CEMAC — essentielles à la stabilité du franc CFA — au prix d’un recours accru à l’endettement extérieur.
Pour l’union monétaire, ces réserves constituent un filet de sécurité vital. Toute érosion significative fragiliserait la crédibilité du régime de change fixe. En tant que première économie du bloc, le Cameroun joue donc un rôle déterminant dans cet équilibre. Le FMI reconnaît cette contribution tout en soulignant l’accumulation de risques liés à l’endettement et aux pressions budgétaires.
Le contexte international accentue cette vulnérabilité. Hausse des taux d’intérêt mondiaux, volatilité des matières premières et tensions de liquidité régionales compliquent le refinancement de la dette extérieure. Une dégradation de cette capacité aurait des effets en chaîne bien au-delà des frontières camerounaises.
Sur le plan budgétaire, 2025 a été marquée par un relâchement notable. Le déficit global s’est creusé dans un environnement d’incertitude électorale, avec des recettes non pétrolières inférieures aux attentes et des dépenses courantes en dépassement. Pour un pays central dans la stabilité régionale, ces dérives dépassent le cadre national : dans une union monétaire aux marges de manœuvre limitées, la discipline budgétaire du principal État membre devient un enjeu systémique.
Côté perspectives, le FMI table sur une croissance de 3,3 % en 2026, puis au-delà de 4 % à partir de 2028 — à condition d’améliorer les infrastructures, notamment le réseau de transport d’électricité. Ce diagnostic révèle le principal frein au potentiel camerounais : la croissance dépend moins de la demande que de la capacité à livrer des projets structurants, dans les délais et avec efficacité. Tout retard pourrait affaiblir les trajectoires budgétaires et extérieures.
Malgré ses efforts de stabilisation, le Cameroun demeure exposé à un risque élevé de surendettement. Le recours aux emprunts commerciaux extérieurs, la faiblesse des recettes fiscales hors pétrole, les risques d’arriérés et les limites du marché régional des titres publics entretiennent une vulnérabilité persistante. Le pays ne traverse pas une crise, mais son rôle stabilisateur repose de plus en plus sur la dette plutôt que sur la solidité de ses exportations.
Aujourd’hui, le Cameroun évolue dans un équilibre délicat : soutenir la stabilité monétaire régionale tout en gérant ses propres contraintes internes. Le pari repose sur l’endettement extérieur et sur des investissements énergétiques et miniers censés relancer la croissance. Si ces leviers produisent les effets attendus, le pays consolidera son statut d’ancrage régional. Dans le cas contraire, les déséquilibres pourraient fragiliser l’ensemble de la zone CEMAC. Le message du FMI est sans ambiguïté : le Cameroun reste le pilier de la stabilité extérieure régionale, mais sa marge de sécurité se réduit.
Cameroon–CEMAC: IMF warns of fragile balance behind the country’s regional stabilizing role
The International Monetary Fund’s latest assessment of Cameroon highlights a paradox: despite worsening external imbalances and mounting fiscal pressure, the country continues to act as a key stabilizer within the CEMAC monetary union — a role increasingly supported by fragile structural foundations.
In 2025, Cameroon’s current account deficit widened to 3.9% of GDP, largely due to declining oil exports. Under normal conditions, such deterioration would weaken its contribution to regional foreign exchange reserves. Instead, the government maintained its position by raising $750 million on international capital markets through a private placement in early 2026. This move reflects a short-term strategy: protecting shared reserves — critical to the CFA franc’s fixed exchange regime — at the cost of higher external debt exposure.
For CEMAC, reserve adequacy is essential to monetary credibility. As the bloc’s largest economy, Cameroon plays a central role in maintaining this buffer. The IMF acknowledges this stabilizing contribution while warning about rising debt vulnerabilities and fiscal pressures.
Global financial conditions add complexity. Higher interest rates, commodity price volatility, and tighter regional liquidity increase refinancing risks. Any strain on Cameroon’s debt sustainability could trigger broader regional repercussions.
Fiscal discipline also weakened in 2025 amid electoral uncertainty. The overall deficit widened, non-oil revenues underperformed, and current spending exceeded projections. Within a tightly constrained monetary union, Cameroon’s fiscal trajectory carries systemic implications for regional resilience.
Looking ahead, the IMF projects growth of 3.3% in 2026 and above 4% from 2028 — contingent on infrastructure improvements, particularly electricity transmission. This underscores a structural constraint: growth potential hinges on infrastructure delivery and execution efficiency. Delays would threaten fiscal and external sustainability.
Despite stabilization efforts, Cameroon remains at high risk of debt distress. External commercial borrowing, limited non-oil revenue mobilization, arrears risks, and shallow regional debt markets sustain vulnerabilities. The country is not in crisis, but its stabilizing function increasingly depends on debt rather than export strength.
Cameroon therefore operates within a delicate balance: supporting regional monetary stability while managing domestic fiscal and structural pressures. Success hinges on infrastructure-led growth translating into sustainable revenues. Failure would expose both national and regional fragilities. The IMF’s message is clear — Cameroon remains the anchor of CEMAC stability, but its room for maneuver is narrowing.
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Ange NGO