Conseil régional du Sud : quand la famille présidentielle brandit la démission comme arme politique

Conseil régional du Sud : quand la famille présidentielle brandit la démission comme arme politique

À quelques jours de l’élection des bureaux des conseils régionaux, une sortie publique fait vaciller le décor feutré du pouvoir. Une vidéo devenue virale, portée par Evrard Eyinga Meba, présenté comme un neveu du président de la République, a déclenché une onde de choc politique, tant par sa virulence que par la vision du Cameroun qu’elle laisse transparaître.L'éclairage du politologue Moussa Njoya.

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Dans un ton comminatoire, l’intéressé menace de quitter le RDPC si sa sœur, Cathy Meba, n’est pas élue présidente du conseil régional du Sud. Une déclaration lourde de sens, formulée non pas sur la base d’un projet politique, d’un bilan ou d’une ligne idéologique, mais au nom d’un lien de sang revendiqué avec Paul Biya.


Tout au long de son intervention, l’orateur martèle une thèse déroutante : au Cameroun, tout serait don présidentiel. Les postes, les carrières, les promotions sociales, jusqu’à la réussite scolaire des enfants de certaines élites, relèveraient exclusivement de la volonté du Chef de l’État. Dès lors, refuser une responsabilité institutionnelle à un membre de sa famille biologique s’apparenterait à une trahison, voire à un « coup d’État ».


Cette rhétorique, assumée et répétée, révèle une conception patrimoniale du pouvoir : le Cameroun y est présenté comme un bien privé, une propriété familiale dont l’usage serait concédé à des « locataires » politiques, révocables à tout moment. Les institutions deviennent alors des héritages, les fonctions publiques des libéralités, et la République une succession.


Dans ce récit, les autres élites du Sud, pourtant issues du même terroir, sont réduites au rang d’usufruitiers ingrats. Leur seul tort : ne pas s’effacer devant une « héritière légitime ». Il n’est plus question de compétence, de légitimité élective ou de débat interne au parti, mais de droit de naissance. Une logique qui confond État et famille, République et patrimoine.


Plus grave encore, la menace de démission collective et l’appel à « détruire le RDPC » à partir d’Ebolowa si l’exigence familiale n’est pas satisfaite traduisent une forme de chantage politique inédit, assumé publiquement. Ne pas obéir à la famille présidentielle devient un acte de subversion.


Mais derrière cette brutalité verbale se cache peut-être un aveu d’impuissance. Le fait même de recourir aux réseaux sociaux pour proférer ces menaces suggère un affaiblissement des canaux traditionnels d’influence. Comme si le centre de gravité du pouvoir échappait désormais à ceux qui se considéraient hier encore comme ses propriétaires naturels.


Quand on en vient à rappeler bruyamment qui l’on est, c’est souvent que ce statut ne suffit plus. Cette sortie sonne alors comme le symptôme d’un système en fin de cycle : un pouvoir qui ne parvient plus à arbitrer en interne, des héritiers qui se découvrent contestés, et une République prise en otage par des querelles de succession.


Au final, cette séquence ne dit pas seulement quelque chose d’une élection régionale. Elle expose, sans fard, une vision du Cameroun où l’État n’est pas un bien commun, mais une chose. Et où la démocratie s’efface devant le droit du sang.




South Regional Council: When the Presidential Family Turns Resignation into a Political Weapon


As elections for the newly established regional councils approach, a controversial public statement has shaken Cameroon’s political landscape. A viral video featuring Evrard Eyinga Meba, presented as a nephew of President Paul Biya, has sparked outrage due to both its aggressive tone and its underlying vision of state power.


In the video, he threatens to resign from the ruling CPDM (RDPC) if his sister, Cathy Meba, is not elected president of the South Regional Council. The argument is not grounded in political programs, merit, or party ideology, but in blood ties to the Head of State.


Throughout his speech, a disturbing narrative emerges: in Cameroon, everything would be a presidential gift. Positions, careers, and even the educational success of elite families’ children are portrayed as personal favors granted by Paul Biya. Consequently, denying a leadership role to a member of his biological family would amount to betrayal—or even a “coup d’état.”


This rhetoric reflects a patrimonial conception of power, where Cameroon is depicted as private property, owned by a ruling family and temporarily entrusted to political “tenants.” Institutions become inherited assets, public offices acts of generosity, and the Republic a matter of succession.


Other elites from the South, despite sharing the same regional roots, are dismissed as illegitimate beneficiaries. Their only fault: refusing to step aside for what is portrayed as a rightful heir. Competence, democratic legitimacy, and internal party processes vanish in favor of bloodline entitlement.


More alarming still is the explicit threat to dismantle the ruling party starting from Ebolowa if these demands are not met. Disobedience to the presidential family is framed as subversion.


Yet beneath this aggressive posture lies a possible admission of weakness. Resorting to social media threats suggests diminishing access to real decision-making power. It hints at a presidency no longer fully in control, and a system where even supposed heirs feel sidelined.


Ultimately, this episode goes far beyond a regional election. It exposes a vision of Cameroon where the State is not a common good, but a possession—and where democracy yields to dynastic logic.


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Didier Cebas K.

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