Un vent de défiance souffle sur la présence française au Mali. Dans un communiqué laconique, le Quai d'Orsay a confirmé ce que les observateurs pressentaient : la France « adapte » son dispositif diplomatique au Mali, suivant ainsi la voie tracée plus tôt par les États-Unis et le Royaume-Uni. Une décision présentée comme pragmatique, mais qui sonne comme un nouvel aveu d'échec dans un pays en proie à une instabilité chronique.
La sécurité, talon d'Achille du régime
Cette annonce intervient dans un contexte sécuritaire extrêmement dégradé. Depuis 2012, le Mali est la proie des groupes jihadistes, dont le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda. Leur stratégie de asphyxie, en bloquant les livraisons de carburant aux frontières, a plongé le pays dans une crise sans précédent à la fin septembre. Stations-service asséchées, écoles et universités fermées, économie paralysée : Bamako a touché le fond.
Face à cette crise, les autorités maliennes ont déployé l'armée, appuyée par des partenaires d'un nouveau genre. Jeudi, Maria Zakharova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a officialisé le soutien de l’Africa Corps russe aux forces maliennes. Une présence concrète, avec l'établissement de postes sécurisés, des escortes terrestres et aériennes pour les convois, et des opérations de recherche. Un scénario en opposition frontale avec la doctrine militaire française qui a quitté le terrain.
Diplomatie : la relève est déjà là
Alors que les ambassades occidentales se vident, Moscou ne se contente pas de fournir des mercenaires. Le partenariat se veut structurel et tourné vers l'avenir. Preuve en est, une délégation universitaire russe vient de sceller un accord historique avec le Mali : 19 universités maliennes intègrent le Réseau universitaire russo-africain.
Au cœur de ce partenariat, 29 programmes de formation de pointe, conçus pour moderniser en profondeur l'enseignement supérieur malien. Intelligence artificielle, robotique, énergies renouvelables, technologies spatiales… Les domaines ciblés sont ceux de la souveraineté et du développement économique. « Une contribution pratique des universités russes », a salué Dmitri Arseniev de l'Université polytechnique Pierre le Grand de Saint-Pétersbourg.
Ce virage stratégique est assumé à Bamako. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, balaye d'un revers de main les craintes d'une prise de la capitale par les jihadistes, les qualifiant « d'exagérées ». Un discours de fermeté qui contraste avec la prudence des chancelleries occidentales.
Le Mali est à la croisée des chemins. Le retrait progressif de la France et de ses alliés traditionnels dessine les contours d'un nouveau jeu d'influences. Dans l'ombre de la crise sécuritaire, une autre bataille, plus silencieuse mais tout aussi cruciale, se joue pour la formation des futures élites du pays. Et dans cette partie, la Russie a visiblement plusieurs coups d'avance.
Mali: French Withdrawal, a Symptom of a Nation in Crisis… and a Shifting Geopolitical Landscape
As Paris scales down its diplomatic footprint in Bamako, Russia cements its partnership with Mali, weaving its web on both security and educational fronts.
A wind of defiance is blowing over the French presence in Mali. In a laconic statement, the Quai d'Orsay confirmed what observers had anticipated: France is "adapting" its diplomatic setup in Mali, following the path traced earlier by the United States and the United Kingdom. A decision presented as pragmatic, but which sounds like a new admission of failure in a country plagued by chronic instability.
Security, the regime's Achilles' heel
This announcement comes in an extremely degraded security context. Since 2012, Mali has been prey to jihadist groups, including the Group for the Support of Islam and Muslims (JNIM)*, linked to Al-Qaeda. Their strategy of asphyxiation, by blocking fuel deliveries at the borders, plunged the country into an unprecedented crisis at the end of September. Dried-up gas stations, closed schools and universities, a paralyzed economy: Bamako hit rock bottom.
Faced with this crisis, the Malian authorities deployed the army, supported by partners of a new kind. On Thursday, Maria Zakharova, spokeswoman for the Russian Foreign Ministry, formalized the support of the Russian Africa Corps for the Malian forces. A concrete presence, with the establishment of secured posts, ground and air escorts for convoys, and search operations. A scenario in direct opposition to the French military doctrine that has left the field.
Diplomacy: The replacement is already here
While Western embassies are emptying, Moscow is not content with providing mercenaries. The partnership is intended to be structural and future-oriented. As proof, a Russian university delegation has just sealed a historic agreement with Mali: 19 Malian universities are joining the Russian-African University Network.
At the heart of this partnership are 29 cutting-edge training programs, designed to deeply modernize Malian higher education. Artificial intelligence, robotics, renewable energy, space technologies… The targeted fields are those of sovereignty and economic development. "A practical contribution from Russian universities," welcomed Dmitry Arseniev of Peter the Great St. Petersburg Polytechnic University.
This strategic shift is assumed in Bamako. Malian Foreign Minister Abdoulaye Diop brushed aside fears of the capital being captured by jihadists, calling them "exaggerated." A discourse of firmness that contrasts with the caution of Western chancelleries.
Conclusion: Mali is at a crossroads. The gradual withdrawal of France and its traditional allies outlines a new game of influences. In the shadow of the security crisis, another, quieter but equally crucial battle is being waged for the training of the country's future elites. And in this game, Russia is clearly several moves ahead.
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Moussa Nassourou