Dense et documenté, ce rapport de plusieurs dizaines de pages retrace des années de gestion foncière controversée, sur fond de privatisation opaque et de tensions récurrentes avec les communautés riveraines.
Des terres ancestrales au cœur des tensions
Depuis 2023, la campagne de renouvellement des plantations de palmiers à huile (replanting) engagée par la Socapalm a ravivé les tensions avec les populations d’Apouh A Ngog, Koukouhè, Onguè et Déhanè.
Ces communautés dénoncent la confiscation de leurs terres ancestrales et accusent l’agro-industrie de multiplier les abus.
« Les besoins de terres pour le renouvellement et l’extension des plantations d’huile de palme (…) et les ambitions de survivance des communautés liées à leurs espaces coutumiers font l’objet d’affrontements récurrents », souligne le rapport du GDA.
Des irrégularités dans les titres et les superficies
L’enquête identifie près de 1 000 hectares litigieux, avec notamment un arrêté préfectoral du 3 mars 2021 attribuant 874 hectares au profit de la Socapalm.
Selon le GDA, cet acte serait juridiquement nul, car seule la Présidence de la République est habilitée à octroyer de telles concessions.
Le rapport révèle également un empiètement de 705 hectares et une exploitation illégale de 224 hectares supplémentaires au lieu-dit Koukouhè, dépassant largement les superficies autorisées.
Le document évoque en outre des écarts importants entre les superficies concédées et celles réellement exploitées :
« Le premier rapport d’experts du Mindcaf mentionnait une concession de 1 018 hectares, mais le second, daté du 6 avril 2022, ne fait plus mention de cet acte, révélant des disparités notables entre les limites officielles et les exploitations réelles », peut-on lire dans le rapport.
Socapalm dément et invoque la légalité de ses titres
Dans un communiqué officiel, la Socapalm réfute l’ensemble des accusations, les qualifiant d’« interprétations erronées ».
L’entreprise soutient que tous ses titres fonciers ont été délivrés par l’État camerounais et que ses activités respectent les procédures légales en vigueur.
Concernant l’arrêté préfectoral de 2021, la direction rappelle que le préfet signataire a affirmé que « le village d’Apouh n’existait pas à l’époque de la signature des titres contestés », une précision que la Socapalm considère comme « un élément clé » de sa défense.
Un dossier complexe entre État, communautés et agro-industrie
La société affirme avoir initié depuis 2017 une expertise foncière complète, en partenariat avec le Mindcaf, pour clarifier définitivement les droits de propriété dans la zone d’Édéa.
Selon la direction, les travaux de densification et de délimitation menés en 2025 ont permis la régularisation des concessions et la délivrance de titres fonciers définitifs couvrant 1 086 hectares, tandis que les parcelles excédentaires ont été restituées à l’État du Cameroun.
En toile de fond, ce bras de fer illustre la complexité du foncier rural au Cameroun, où s’entrecroisent intérêts économiques, coutumiers et politiques.
Le rapport du GDA, bien que contesté, ravive un débat sensible sur la transparence, la gouvernance et la justice foncière dans le secteur agro-industriel national.
Socapalm Faces Land Irregularity Allegations in Édéa: Explosive GDA Report Reignites Debate on Land Governance
A new investigation by Green Development Advocate (GDA), a Cameroonian civil society organization founded in 2009, questions the legality of land concessions granted to the Cameroon Palm Plantations Company (Socapalm) in Édéa, Littoral region.
The comprehensive report exposes years of controversial land management, amid opaque privatization and growing conflicts with local communities.
Since 2023, Socapalm’s oil palm replanting campaigns have reignited land disputes with the villages of Apouh A Ngog, Koukouhè, Onguè, and Déhanè, whose residents accuse the company of land grabbing and repeated abuses.
The report points to nearly 1,000 hectares of irregularly occupied land, including 874 hectares allegedly allocated by a 2021 prefectural decree deemed legally void, as such authority lies solely with the President of the Republic.
Socapalm, however, has strongly denied all accusations, insisting its operations are fully compliant with Cameroonian law and supported by state-issued land titles.
The company also claims to have undertaken a comprehensive land audit with the Ministry of State Property (Mindcaf) since 2017, leading to a formal revalidation of titles covering 1,086 hectares in 2025.
This unfolding controversy underscores the persistent challenges of rural land governance in Cameroon, where customary rights, state authority, and corporate interests often collide.
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Mouahna Divine