Au lendemain du scrutin du 12 octobre, les tensions montent d’un cran. Tandis que le président sortant Paul Biya, 92 ans et 43 ans au pouvoir, joue les prolongations d’un règne historique, son ancien ministre devenu rival, Issa Tchiroma Bakary, revendique une victoire populaire sans précédent.
Dans les rues de Garoua, Douala ou Bamenda, un vent de contestation souffle, comme si le pays entier retenait son souffle avant le verdict final. Sur les réseaux sociaux, des images de tableaux d’affichage improvisés dans les bureaux de vote montrent des raz-de-marée en faveur de Tchiroma. Les Camerounais s’interrogent : « Est-ce qu’on doit encore se résoudre à la triche ? ».
Cette interrogation, reprise par la journaliste Maria Malagardis dans Libération, traduit le désenchantement d’un peuple longtemps résigné face aux pratiques électorales contestées.
Un tournant politique inattendu
Issa Tchiroma, longtemps figure du sérail et ancien porte-parole du gouvernement Biya, a opéré une spectaculaire rupture en juin dernier. En quelques semaines, il a su fédérer une opposition éparpillée et rallier un électorat du Nord longtemps fidèle au pouvoir. Le rejet du régime a pris racine là où on ne l’attendait pas : dans les bastions du RDPC.
« Cette fois, la marge est trop importante, ça ne sera pas facile de tricher », estime Anicet Ekane, vétéran des luttes politiques, joint par téléphone. Mais le régime, lui, garde la main sur le décompte des voix, contrôlé par des institutions qui lui sont acquises.
Le Nord se rebelle
Les premières échauffourées signalées à Garoua témoignent de la tension ambiante. Des affrontements ont éclaté entre partisans de Tchiroma et forces de sécurité, un camion de gendarmerie aurait même été incendié.
« Le basculement du Nord change tout », analyse Théophile Nono, du collectif Mémoire 60. « En 2018, Kamto incarnait la contestation dans l’Ouest. En 2025, c’est le Nord qui s’est levé. Et cette fois, les gens sont prêts à défendre leur vote. »
Le risque d’un embrasement national
À Douala, la peur se lit dans les rues vides. Les boulangeries manquent de pain, les forces de l’ordre sont massivement déployées.
« Cette fois, les gens sont prêts à tout gâter si Biya passe encore en force », confie Annie Ayep, célèbre blogueuse.
Face à ce climat électrique, Issa Tchiroma a tenu à rassurer ses partisans depuis Facebook :
« Peuple camerounais, vous avez parlé massivement et moi à mon tour, je m’adresserai à vous bientôt. Je suis en sécurité et en santé. »
Une phrase simple, mais lourde de sens. Car désormais, le Cameroun est suspendu à une seule question : le pouvoir acceptera-t-il la vérité des urnes ?
Cameroon’s 2025 Presidential Election: A Nation on the Brink as Biya Faces Tchiroma’s Rising Tide
The 2025 presidential election in Cameroon has thrown the nation into uncharted political waters. Just a day after the polls closed, tension is palpable. Incumbent president Paul Biya, aged 92 and in power for over four decades, faces a formidable challenger: Issa Tchiroma Bakary, his former ally turned opponent.
Across the country, scenes of jubilation mix with anxiety. Social media platforms are flooded with images from polling stations showing overwhelming support for Tchiroma. Many Cameroonians are now asking a haunting question: “Must we once again accept electoral fraud?”
Former minister Tchiroma has rapidly become the face of change. His campaign—galvanizing the long-neglected northern regions—has shaken the foundations of Biya’s once-unquestioned dominance. Yet, with all electoral institutions still controlled by the ruling elite, uncertainty prevails.
In Garoua, clashes erupted between protesters and security forces, while in Douala, empty streets and police checkpoints underscore a tense calm.
“This time, people are ready to break everything if Biya forces his way through again,” said blogger Annie Ayep.
From his base, Tchiroma reassured supporters:
“The Cameroonian people have spoken. I will soon address you. I am safe and healthy.”
The question now hangs in the air: Will the regime respect the will of the people—or repeat the past?
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Moussa Nassourou