Cameroun : L’heure de l’action

Cameroun :  L’heure de l’action

Le chemin qui mène à la prestation de serment du chef de l?Etat réélu, Paul Biya, pour le compte de son septième mandat, sera semé de peaux de banane que jetteront les partisans du candidat Maurice Kamto, classé deuxième par le Conseil constitutionnel lit-on dans un éditorial de Georges Alain Boyomo, DP du quotidien Mutations.

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L’élection présidentielle joue en effet les prolongations dans la rue depuis samedi dernier. A l’observation, la mobilisation monstre attendue pour des opérations visant la légitimation d’une « victoire volée » tient encore à des actions d’éclat de manifestants clairsemés, qui se retrouvent nez à nez avec des forces de sécurité, peu enclins et visiblement peu outillés à gérer avec sérénité une situation qui commande plus l’usage du tact que des biceps.



Ces bruits de rue semblent en résonance avec le tambourinage et le matraquage sur les réseaux sociaux, où de vrai-fausses images sont mises à contribution pour construire ou déconstruire une réalité qu’on veut projeter à la face du monde pour des raisons inavouées, toutes choses qui rendent illisibles la stratégie élaborée et l’impact recherché par les acteurs en présence. Seule constante, par ces transes et convulsions, la démocratie camerounaise se construit et avance.



Il est également constant, à la lecture des réactions de la « communauté internationale » que la page de l’élection présidentielle tend à être déjà tournée. Le curseur est davantage placé sur la recommandation qui est faite au vainqueur d’apporter des solutions aux problèmes pressants du peuple camerounais, notamment la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.



De toute évidence, la mission du président reconduit va plus loin. Dans son discours d’investiture le 03 novembre 2011, Paul Biya résumait ainsi le chantier de l’émergence du Cameroun : « un pays qui crée des richesses et les redistribue de manière équitable, un pays qui offre à tous des opportunités égales d’épanouissement, un pays à la croissance économique forte et durable, un pays à la sécurité alimentaire renforcée [et] un pays du bonheur de tous et de chacun ». Alors réélu pour son sixième mandat, le chef de l’Etat, concluait ainsi son allocution : « Tous ensemble, nous pouvons, nous devons relever ce défi. Je m’y suis engagé. Vous vous y êtes engagés. Le peuple camerounais s’y est engagé. L’heure est à l’action ».



Sept ans plus tard, l’on pourrait se demander ce qu’il est advenu de ce joli discours. La guerre contre la secte Boko Haram et celle contre les sécessionnistes dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest suffisent-elles à justifier le bilan peu élogieux du septennat 2011-2018 ? L’excuse de la baisse des recettes pétrolières est-elle recevable devant l’ampleur des promesses non tenues par le gouvernement ?



Nous pensons que rien ne sert plus au pouvoir de se cacher derrière son petit doigt. Si on peut se féliciter des réalisations dérisoires par leur nombre, par rapport à l’énoncé de départ du « septennat des grandes réalisations », l’audace, l’esprit de rupture et le souci de l’intérêt général continuent de manquer cruellement au gouvernement. Le « service public » dont parlait le candidat Biya, au sortir de son vote à Bastos, le 07 octobre dernier, est méthodiquement vidé de son sens par beaucoup de ses « lieutenants », pour faire place au service pour soi et à l’asservissement d’un peuple aujourd’hui zombifié.



Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Patient, laborieux et patriote, le peuple camerounais a le regard tourné vers l’élu du 07 octobre. Plus qu’aux discours, où les constats d’échec voisinent généralement avec d’inépuisables promesses, l’heure doit être effectivement à l’action.


Georges Alain Boyomo

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