Dans l’administration camerounaise, ils sont nombreux les secrétaires généraux de ministères qui rêvent, en se rasant le matin, d’être nommé ministre ou directeur général. Couronnement d’une carrière administrative (et accessoirement politique), ces fonctions constituent également, dans le contexte camerounais, des positions de rente enviées et convoitées.
Nommé secrétaire général du ministère du Commerce le 31 août 2010 par décret présidentiel, Haman Oumar s’est «retiré» de son poste depuis le lancement des activités de Nexttel, le 18 septembre 2014. Au sein de cette entreprise, (le 3e opérateur de téléphonie mobile au Cameroun), Haman Oumar occupe l’un des postes de directeur général adjoint (l’autre directeur général adjoint de cette société s’appelle Moïse Bayi).
Un fonctionnaire en poste au ministère du Commerce (Mincommerce) justifie le « retrait » de Haman Oumar par ses « relations tendues avec le ministre Luc Magloire Mbarga Atangana. Son tempérament d’opposant [il est militant de l’Undp] n’était pas pour arranger les choses », déclare notre source. Des allégations que réfute le chef de la cellule de communication de ce département ministériel. Raoul Simplice Minlo se veut formel : « Le ministre lui a régulièrement coté des dossiers. Je pense simplement qu’il a saisi une opportunité pour gagner un peu plus d’argent », explique ce « cellcom », qui précise que l’intéressé « n’a pas adressé de lettre de démission au ministre du Commerce. Son intérim est assuré par l’inspecteur général».
Hier, Mutations n’a pas pu joindre Haman Oumar sur ses numéros Mtn et Orange. Le Dga de Nexttel n’a pas décroché son téléphone, en dépit de moult relances. En revanche, contacté hier, un cadre de l’Undp [Union nationale pour la démocratie et le progrès] s’est montré disert à l’évocation du cas de l’ex-Sg. « Je confirme, il a démissionné du ministère du Commerce. Il était à un an de la retraite au sein de la Fonction publique et il a jugé bon d’anticiper ».
Aujourd’hui âgé de 55 ans, cet ingénieur agronome de classe exceptionnelle avait déjà essayé-sans succès- de trouver un autre port d’attache en 2013. Haman Oumar a, en effet, été tête de liste de l’Undp dans la région de l’Extrême Nord, à l’occasion des sénatoriales du 14 avril 2013. Kodji Wandala, un membre de la commission d’investiture de ce parti allié au Rdpc le présentait alors comme « un militant de première heure, qui a su rester fidèle malgré les écueils. Il a su résister face aux persécutions du parti au pouvoir qui, à un moment donné, faisait la chasse à tous les militants des partis d’opposition dans l’administration publique; en leur imposant le statut de fonctionnaire en complément d’effectif ».
Né à Maga, dans le département du Mayo-Danay (région de l’Extrême-Nord), Haman Oumar a été délégué départemental à l’ex-ministère du Développement industriel et commercial puis délégué régional du Commerce du Nord, avant de rejoindre les services centraux comme secrétaire général. Président de la section Undp de Maga, il a été la cheville ouvrière de la victoire du parti présidé par Bello Bouba lors des municipales de juin 2007, à l’issue desquelles l’Undp avait raflé tous les 41 sièges de conseillers en compétition, faisant de la commune de Maga la seule à être contrôlée par l’Undp dans l’Extrême-Nord.
Membre du bureau politique de l’Undp, Haman Oumar ne baigne pas dans des eaux tranquilles à Nexttel. Courant octobre 2014, l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique révélait que « Le Premier ministre camerounais, Philemon Yang, s’est constitué arbitre d’un conflit qui déchire le management de l’opérateur télécoms Nexttel. Les deux directeurs généraux adjoints camerounais, Moïse Bayi et Haman Oumar, accusent leur patron, le Vietnamien Vu Khanh Duy, de verrouiller la gestion de la filiale de Viettel (…). Ils lui reprochent l’arrivée de plus de 500 de ses compatriotes, qui s’occupent de tâches correspondant pourtant à des compétences locales ». C’est dire qu’il n y a pas de parfait bonheur, quelle que soit l’administration où l’on travaille.