Sonara : L?unité de production du bitume enterrée

Sonara : L?unité de production du bitume enterrée

Le Pm prescrit au Minmidt d?examiner les modalités de création d'une telle structure, alors qu?un projet déjà monté dort dans les tiroirs du gouvernement.

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Mai 2013. Le ministre des Marchés publics, Abba Sadou, rend publics les résultats d’un appel d’offres relatif à la construction à la Société nationale de raffinage (Sonara), à Limbé, d’une unité de production du bitume à partir des déchets du pétrole. Ce projet contenu dans le plan de modernisation et d’extension de la  raffinerie camerounaise vise, en effet, à réduire de moitié (au moins) les coûts de construction des routes, qui demeurent extrêmement élevés en raison des importations du bitume. L’adjudicataire du marché, l’entreprise française  Foster Wheeler, devait construire cette usine pour un montant de 765,8 millions F Cfa. Il faut surtout rappeler que la construction de cette unité de production de bitume à Limbé était directement liée au projet de transformation du pétrole brut camerounais. Mutations a appris que le contrat y relatif avait bel et bien été signé avec Foster Wheeler, quelques jours seulement après la publication des résultats de l’appel d’offres. Mais, depuis lors, on n’a plus jamais entendu parler de ce projet.  


 


Le plus surprenant, c’est que lors de la dernière session du Conseil national de la route (Conaroute), le 28 avril dernier à Yaoundé, le Premier ministre, Philemon Yang, en sa qualité de président de cette instance, a curieusement exhumé ce sujet en prescrivant notamment au ministre des Mines, de l’Industrie et du développement technologique, Emmanuel Bondé, « de diligenter une réflexion, de concert avec les administration et les acteurs concernés, en vue d’examiner les modalités de création d’une unité locale de production du bitume, afin, a-t-il expliqué sur fond de bonne foi, d’apporter une réponse adaptée aux besoins des projets routiers ». Cette prescription du chef du gouvernement est d’autant plus étonnante qu’elle donne l’impression que ce dernier vit sur une autre planète. Philemon Yang a-t-il pu oublier qu’il y a de cela quelques années, Charles Metouck, alors directeur général de la Sonara, avait proposé dans le plan de modernisation et d’extension de la  raffinerie camerounaise un projet aux mêmes objectifs, avec tous les montages nécessaires à son démarrage ?


 


Entêtement


 


Des sources autorisées à la Sonara affirment que de ce côté-là, le projet a purement et simplement été enterré. Il est donc mort avec le limogeage, suivi de l’incarcération de Charles Metouck, qui était pourtant déterminé à mener jusqu’au bout ce projet. Il se dit même sous cape que c’est son entêtement à vouloir raffiner le pétrole brut produit localement et à produire du bitume qui aurait conduit à sa chute, confronté qu’il était à de gros intérêts notamment français, avec Total (qui est pourtant actionnaire de la Sonara). Ce grand groupe français a, sur place au Cameroun depuis mai 2012, une unité de conditionnement du bitume en sacs. Il assure d’ailleurs le monopole en la matière. En 2011, alors qu’il est ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Louis Paul Motaze s’était indigné contre l’incapacité du Cameroun à mettre produire lui-même le bitume pour répondre à ses besoins de développement et d’amélioration de ses infrastructures routières. « Nous avons des difficultés à mettre sur pied une industrie du bitume au Cameroun, parce qu’on se heurte à d’autres intérêts », avait-il dénoncé. C’était lors de la présentation du Rapport économique sur l’Afrique 2011, par le bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique.


 


Le Cameroun ne dispose aujourd’hui que d’environ 5280 km de routes bitumées sur un total de 230000 km de routes principales, soit un taux de 11%. Il ambitionne, à l’horizon 2020, de d’atteindre le taux de 17% de voix bitumées et aménagées, soit 8500 km. Il en question pour le gouvernement de réussir le pari de construire 350 km par chaque année, selon les prescriptions du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce) élaboré en 2009. La construction par l’Etat du Cameroun d’une unité locale de production du bitume viendrait à n’en point douter lui permettre d’atteindre l’objectif fixé par le Dsce, à défaut même d’aller au-delà. Les chiffres officiels font état de ce qu’un kilomètre de route coûte environ 205 millions F Cfa à l’Etat du Cameroun, à cause principalement des coûts élevés d’importation du bitume. Ce montant représente le double de la moyenne africaine.


 


 

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