Cacao : une coopérative camerounaise annonce avoir versé 1,03 milliard FCFA de taxes grâce à ses exportations vers le Nigeria
Le commerce transfrontalier du cacao prend une nouvelle dimension dans la région du Sud-Ouest. La South West Manyu Cocoa Farmers Exporters Cooperative affirme avoir reversé 1,03 milliard de FCFA au Trésor public en 2025, grâce à ses exportations de fèves de cacao vers le Nigeria. Une performance qui intervient dans un contexte où les échanges informels de cacao entre les deux pays représentent encore des dizaines de milliards de FCFA.
La filière cacao camerounaise tient peut-être une nouvelle piste pour mieux encadrer ses exportations et améliorer les recettes publiques. La South West Manyu Cocoa Farmers Exporters Cooperative affirme avoir payé 1,03 milliard de FCFA de droits de douane et de taxes en 2025, contre plus de 860 millions de FCFA en 2024. Ces chiffres ont été présentés par son président du conseil d'administration, Chief Tabe Besong Oben Richard, lors d'une assemblée générale extraordinaire organisée le 28 octobre 2026 à Limbé, dans la région du Sud-Ouest.
Selon les informations rapportées par Cameroon Tribune dans son édition du 3 novembre 2026, cette progression des recettes fiscales déclarées accompagne l'augmentation des volumes de cacao exportés par la coopérative vers le marché nigérian. L'organisation affirme avoir expédié environ 2 200 tonnes de fèves en 2025, contre 1 850 tonnes en 2024, soit une hausse de 18,9 %.
Pour son responsable, ces paiements ont permis à la coopérative d'obtenir une attestation de reconnaissance du ministère des Finances. Une distinction qui met en avant sa contribution déclarée aux recettes publiques, dans un secteur où les circuits commerciaux informels continuent d'occuper une place importante.
2 200 tonnes de cacao exportées vers le Nigeria en 2025
La progression des exportations de South West Manyu illustre l'importance croissante du débouché nigérian pour les producteurs de cacao de la Manyu. En facilitant la commercialisation directe des fèves de cacao de l'autre côté de la frontière, la coopérative entend réduire la dépendance des planteurs envers les intermédiaires traditionnels.
Les données de l'Office national du cacao et du café (ONCC) apportent un éclairage supplémentaire sur cette activité. Dans son bilan de la campagne cacaoyère 2024-2025, l'organisme recense 1 925 tonnes de fèves effectivement exportées par South West Manyu, pour une valeur FOB de 10,66 milliards de FCFA.
L'ONCC précise également que cette coopérative était, durant cette campagne, le seul opérateur ayant enregistré des contrats d'exportation terrestre vers le Nigeria.
Il convient toutefois de distinguer ces statistiques des chiffres annoncés par la coopérative pour l'année civile 2025. Les 1 925 tonnes de l'ONCC concernent une campagne cacaoyère, tandis que les quelque 2 200 tonnes communiquées par South West Manyu portent sur une période annuelle. Les deux données ne couvrent donc pas exactement le même intervalle.
Par ailleurs, la valeur FOB de 10,66 milliards de FCFA correspond à la valeur des marchandises à l'exportation. Elle ne constitue ni le bénéfice de la coopérative ni le montant directement perçu par les producteurs.
La formalisation des exportations, un enjeu pour les producteurs de la Manyu
Créée en 2023, la South West Manyu Cocoa Farmers Exporters Cooperative entend apporter une réponse aux difficultés de commercialisation rencontrées par les producteurs de cacao de la Manyu, notamment dans un environnement marqué par la crise sécuritaire dans le Sud-Ouest.
Selon Chief Tabe Besong Oben Richard, les planteurs avaient auparavant recours à des transactions transfrontalières largement informelles. Ces opérations, qui échappaient aux mécanismes habituels de déclaration, ne généraient pas de versements fiscaux officiellement enregistrés.
La coopérative affirme avoir contribué à changer cette situation en proposant un circuit commercial organisé, permettant aux producteurs de vendre directement leur cacao sur le marché nigérian, sans nécessairement passer par les intermédiaires habituels.
Cette organisation pourrait ainsi produire un double effet économique : améliorer l'accès des producteurs à un marché voisin et renforcer la traçabilité des opérations commerciales, avec des retombées potentielles pour les recettes douanières et fiscales de l'État.
Le président du conseil d'administration soutient également que ce modèle permet aux planteurs d'obtenir de meilleurs revenus. Toutefois, aucun prix d'achat comparatif ni montant précis effectivement versé aux producteurs n'a été communiqué pour mesurer cet avantage. L'amélioration des revenus agricoles reste donc, à ce stade, une affirmation de la coopérative qui mérite d'être documentée par des données supplémentaires.
41,4 milliards FCFA de cacao échangés dans l'informel en 2024
L'enjeu de la formalisation apparaît encore plus important à la lumière des statistiques de l'Institut national de la statistique (INS).
Selon cet organisme, les fèves de cacao écoulées vers le Nigeria à travers les circuits non enregistrés ont représenté 41,4 milliards de FCFA en 2024, soit une augmentation de 145,6 % par rapport à 2023.
Ce chiffre témoigne de l'ampleur des échanges transfrontaliers qui échappent aux circuits commerciaux officiellement enregistrés. Il souligne également le potentiel économique que représente une meilleure organisation du commerce du cacao entre le Cameroun et son voisin nigérian.
Il faut néanmoins éviter toute confusion entre la valeur de ces marchandises et les recettes fiscales. Les 41,4 milliards de FCFA correspondent à la valeur estimée des fèves échangées dans les circuits informels, et non à des droits de douane ou à des taxes qui auraient dû être automatiquement encaissés par le Trésor public.
De même, les 1,03 milliard de FCFA annoncés par South West Manyu représentent les droits et taxes que la coopérative affirme avoir acquittés en 2025. Les deux montants ne sont donc pas directement comparables.
Un modèle à suivre pour la filière cacao camerounaise ?
Au-delà des performances revendiquées par South West Manyu, cette expérience pose une question centrale pour l'avenir de la filière cacao camerounaise : comment transformer les importants échanges transfrontaliers en activités commerciales mieux encadrées, créatrices de revenus pour les producteurs et de recettes pour l'État ?
La formalisation des exportations vers le Nigeria pourrait constituer un levier intéressant, particulièrement pour les bassins de production confrontés aux difficultés logistiques, commerciales et sécuritaires.
Mais pour apprécier pleinement la portée de cette initiative, plusieurs éléments restent à documenter : la ventilation des 1,03 milliard de FCFA de prélèvements annoncés, les justificatifs des paiements, les prix effectivement proposés aux planteurs et l'évolution de leurs revenus depuis la création de la coopérative.
Une chose est certaine : avec 2 200 tonnes de cacao exportées et plus d'un milliard de FCFA de taxes et droits de douane déclarés en 2025, South West Manyu met en avant un modèle de commercialisation transfrontalière qui pourrait inspirer d'autres organisations de producteurs au Cameroun.
Cocoa: Cameroon Cooperative Says It Paid CFAF 1.03 Billion in Taxes from Exports to Nigeria
A cocoa cooperative operating in Cameroon's South-West Region says it contributed CFAF 1.03 billion in customs duties and taxes to the public treasury in 2025 through its cocoa exports to Nigeria. The announcement highlights the growing importance of cross-border cocoa trade and efforts to bring informal transactions into the formal economy.
Cameroon's cocoa sector may be finding a new way to improve export regulation while increasing public revenue. The South West Manyu Cocoa Farmers Exporters Cooperative says it paid CFAF 1.03 billion in customs duties and taxes in 2025, compared with more than CFAF 860 million in 2024.
The figures were disclosed by the cooperative's board chairman, Chief Tabe Besong Oben Richard, during an extraordinary general meeting held on October 28, 2026, in Limbe, South-West Region.
According to Cameroon Tribune in its November 3 edition, the reported increase in tax payments came alongside higher cocoa export volumes to Nigeria. The cooperative says it exported approximately 2,200 tonnes of cocoa beans in 2025, compared with 1,850 tonnes the previous year, representing an increase of 18.9%.
According to its chairman, these payments earned the cooperative a certificate of recognition from the Ministry of Finance. The distinction highlights the organisation's reported contribution to public revenue in a sector where informal trading channels remain significant.
2,200 tonnes of cocoa exported to Nigeria in 2025
The growth reported by South West Manyu illustrates the increasing importance of the Nigerian market for cocoa farmers in the Manyu division.
By facilitating direct sales across the border, the cooperative aims to reduce farmers' dependence on traditional intermediaries and provide a more structured marketing channel.
Figures from Cameroon's National Cocoa and Coffee Board (ONCC) provide further evidence of the cooperative's export activities. In its report on the 2024-2025 cocoa season, the ONCC recorded 1,925 tonnes of cocoa beans actually exported by South West Manyu, with a free-on-board (FOB) value of CFAF 10.66 billion.
The ONCC also indicated that South West Manyu was the only operator to have registered land-export contracts to Nigeria during that cocoa season.
However, these figures should not be directly equated with the cooperative's reported exports for the 2025 calendar year. The ONCC statistics cover a cocoa season, while the approximately 2,200 tonnes announced by the cooperative relate to the calendar year. The reporting periods are therefore different.
Furthermore, the FOB value of CFAF 10.66 billion represents the value of exported goods. It does not indicate the cooperative's profit or the actual income received by cocoa farmers.
Formalising cocoa exports to improve farmers' market access
Established in 2023, the South West Manyu Cocoa Farmers Exporters Cooperative says it was created to address marketing difficulties faced by cocoa farmers in Manyu, particularly amid the security crisis affecting Cameroon's South-West Region.
According to Chief Tabe Besong Oben Richard, cocoa transactions previously took place largely through informal cross-border trading channels. These transactions did not generate officially recorded tax payments.
The cooperative says it has helped change this situation by establishing an organised commercial channel through which farmers can sell their cocoa directly to the Nigerian market without relying on traditional intermediaries.
This model could have two economic benefits: improving farmers' access to a neighbouring market while strengthening the traceability and formal registration of cross-border trade.
The cooperative's chairman also argues that the arrangement allows farmers to earn better incomes. However, no comparative purchasing prices or specific figures on farmers' actual earnings have been disclosed to substantiate this claim.
As a result, the extent of the financial benefits for producers remains to be independently established.
CFAF 41.4 billion in informal cocoa trade recorded in 2024
The importance of formalising cross-border cocoa trade becomes clearer when considering figures published by Cameroon's National Institute of Statistics (INS).
According to the INS, cocoa beans traded through unregistered channels to Nigeria were valued at CFAF 41.4 billion in 2024, representing a 145.6% increase compared with 2023.
The figure highlights the scale of informal cocoa trade between Cameroon and Nigeria and the economic potential of bringing more transactions into officially recognised commercial channels.
However, the CFAF 41.4 billion represents the estimated value of goods traded through informal channels, not tax revenue collected by the government. It must therefore not be confused with customs duties or taxes.
Similarly, the CFAF 1.03 billion reported by South West Manyu represents the customs duties and taxes the cooperative says it paid in 2025. The two amounts are not directly comparable.
Could this become a model for Cameroon's cocoa sector?
Beyond South West Manyu's reported performance, its experience raises an important question about the future of Cameroon's cocoa industry: how can the country turn substantial cross-border trade into better-regulated commercial activity that generates income for farmers and revenue for the state?
Formalising cocoa exports to Nigeria could become an important economic opportunity, particularly for production areas facing logistical, commercial and security challenges.
However, assessing the full impact of the initiative will require further information, including a detailed breakdown of the CFAF 1.03 billion in reported taxes and customs duties, supporting payment documents, actual purchasing prices paid to farmers and changes in their incomes since the cooperative was established.
For now, South West Manyu says it exported 2,200 tonnes of cocoa and paid more than CFAF 1 billion in taxes and customs duties in 2025. Its experience highlights the potential of organised cross-border cocoa trade as a model that other farmer organisations in Cameroon could consider.
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Silognhia Edwige