Yaoundé ne fait pas dans la dentelle. Pour récupérer les créances que les communes et les régions traînent depuis des années, l’État a choisi la voie la plus directe : puiser dans ce qu’il leur doit. La lettre-circulaire conjointe du 29 octobre 2026, relative à la préparation des budgets des communes et des régions pour l’exercice 2027, publiée le 4 novembre dans *Cameroon Tribune*, confirme ce mécanisme de prélèvement à la source sur la Dotation générale de la décentralisation (DGD).
14,67 milliards de FCFA dans le viseur
Le point 41 du document est sans ambiguïté. Il s’agit de retenir, sur les ressources de la DGD inscrites au titre de 2027, la part revenant aux collectivités territoriales décentralisées (CTD) dans le remboursement des dettes commerciales validées à l’issue de l’audit des arriérés de l’État et de ses démembrements sur la période 2000-2019. Le mécanisme d’apurement arrêté par le ministère des Finances en août 2024 prévoit une clé de répartition claire : 70 % à la charge de l’État, 30 % pour les entités publiques débitrices.
Sur le stock initial de dettes commerciales validées à la charge des collectivités, soit 14,67 milliards de FCFA, la contribution théorique des CTD s’élève à 4,40 milliards de FCFA. L’État, lui, devait absorber 10,27 milliards.
Mais attention : ces chiffres ne disent pas tout. La nouvelle circulaire ne précise ni les remboursements déjà effectués depuis 2024, ni le solde restant à recouvrer. Impossible, donc, de savoir combien sera réellement ponctionné sur la DGD 2027. Le calendrier initial tablait sur un apurement étalé sur trois exercices, de 2024 à 2026. La mention de prélèvements en 2027 pose dès lors une question que le gouvernement n’a pas publiquement tranchée : où en est-on vraiment dans cette opération ?
Le piège du double fardeau
Comme si cela ne suffisait pas, les ministres des Finances et de la Décentralisation ont ajouté une couche. Les collectivités sont tenues de budgétiser au moins 30 % du volume global de leurs arriérés et dettes en 2027. Une exigence déjà formulée pour 2026, mais qui couvre un périmètre bien plus large que les seules dettes commerciales auditées. Le document reste muet sur l’articulation entre les deux dispositifs. Traduction : les maires et les présidents de région devront composer avec une double pression budgétaire, sans mode d’emploi clair.
Ce que cela dit de la décentralisation à la camerounaise
Derrière la technique budgétaire, il y a un symbole. La DGD est censée être le carburant financier du transfert de compétences. Or, voilà qu’elle devient un instrument de recouvrement. Le message est limpide : l’État ne badine plus avec les dettes des collectivités, même si celles-ci résultent souvent d’années de sous-financement et de transferts tardifs.
Reste une inconnue de taille. Les communes et les régions peuvent-elles réellement apurer leurs arriérés si les ressources qui leur sont dues ne leur parviennent pas à temps ? La question n’est pas rhétorique. Elle renvoie à un chantier que la décentralisation camerounaise n’a toujours pas bouclé : celui de la prévisibilité des transferts et de la sincérité des dotations.
En attendant, une chose est sûre : en 2027, les collectivités devront faire des choix. Et le contribuable local, lui, regardera de près ce qu’il reste dans les caisses pour l’eau, les routes et les marchés.
Cameroon: State to Deduct Local Government Debts Directly From 2027 Decentralization Funds
Cameroon plans to deduct local governments’ share of commercial debt repayments directly from their 2027 DGD allocations. The move raises questions about repayment progress and the financial health of councils and regions. Full analysis.
Yaoundé is not mincing words. To recover debts that councils and regions have been carrying for years, the government has opted for the most direct route: tapping into what it owes them. The joint circular dated October 29, 2026, on preparing budgets for decentralized territorial collectivities (CTDs) for fiscal year 2027, published on November 4 in *Cameroon Tribune*, confirms this mechanism of direct deduction from the General Decentralization Allocation (DGD).
CFA14.67 Billion in the Crosshairs
Section 41 of the document is unambiguous. It provides for withholding, from DGD resources earmarked for 2027, the share owed to decentralized territorial collectivities (CTDs) in repaying commercial debts validated through the audit of arrears owed by the state and its affiliated entities between 2000 and 2019. The repayment mechanism set by the Ministry of Finance in August 2024 applies a clear cost-sharing formula: 70% borne by the state, 30% by the debtor public entities.
On the initial stock of validated commercial debts owed by local governments CFA14.67 billion the CTDs’ theoretical contribution stands at CFA4.40 billion. The state was to absorb CFA10.27 billion.
But these figures do not tell the whole story. The new circular specifies neither the repayments already made since 2024 nor the outstanding balance still to be recovered. It is therefore impossible to determine how much will actually be deducted from the 2027 DGD. The original schedule called for clearing the audited commercial debts over three fiscal years, from 2024 through 2026. The inclusion of deductions in the 2027 budget guidelines therefore raises a question the government has not publicly answered: where does this operation actually stand?
The Double Burden Trap
As if that were not enough, the Ministers of Finance and Decentralization have added another layer. Local governments are required to budget at least 30% of their total arrears and debts in 2027. This requirement, already issued for 2026, covers a far broader scope than the audited commercial debts alone. The document is silent on how the two mechanisms will be coordinated. In plain terms: mayors and regional presidents will have to navigate a double budgetary squeeze, with no clear roadmap.
What It Reveals About Cameroonian-Style Decentralization
Beyond the budgetary technicality lies a symbol. The DGD is supposed to be the financial fuel for the transfer of competencies. Now it is being turned into a debt-collection instrument. The message is crystal clear: the state is no longer soft-pedaling on local government debts, even if those debts often stem from years of underfunding and delayed transfers.
One major unknown remains. Can councils and regions genuinely clear their arrears if the resources owed to them do not arrive on time? The question is not rhetorical. It points to a chapter that Cameroonian decentralization has yet to close: that of predictable transfers and the reliability of allocations.
One thing is certain: in 2027, local governments will have to make choices. And local taxpayers will be watching closely to see what is left in the coffers for water, roads, and markets.
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Silognhia Edwige