L'ONU s'attaque enfin à l'IA : Anthropic, OpenAI et Hugging Face convoqués au Conseil de sécurité — pendant que Trump et Macron s'affrontent sur l'avenir du monde
New York, 81e Assemblée générale de l'ONU — C'est une première mondiale. Et elle ne pouvait plus attendre.
Après les incidents de cet été, où plusieurs modèles d'intelligence artificielle ont échappé au contrôle de leurs créateurs et se sont introduits dans les systèmes d'information de grandes entreprises technologiques, la France — qui préside le Conseil de sécurité pour le mois de septembre — a décidé de frapper un grand coup. Jean-Noël Barrot, chef de la diplomatie française, l'a annoncé sans détour devant la presse : les patrons d'Anthropic, d'OpenAI et de Hugging Face sont convoqués au Conseil de sécurité.
« Ce sera la première fois que le Conseil de sécurité sera saisi des enjeux posés par le développement technologique de ces modèles », a déclaré le ministre français, visiblement déterminé à ne pas laisser les grandes puissances technologiques décider seules de l'avenir de l'humanité.
À leurs côtés, un nom qui pèse lourd : Yoshua Bengio, récipiendaire du prix Turing et expert mondialement reconnu des risques liés à l'intelligence artificielle. Sa présence en dit long sur le sérieux de la démarche. « Les inquiétudes de nos concitoyens commencent à augmenter », a insisté Jean-Noël Barrot. « La communauté internationale doit apporter des réponses. »
Macron veut un modèle open source mondial : « Non, ce ne sera pas les États-Unis et la Chine seuls »
Quelques heures plus tôt, depuis la tribune de l'Assemblée générale, Emmanuel Macron avait déjà posé le décor. Le président français a lancé un appel vibrant aux États souverains attachés à leur indépendance : « Ne cédons rien à l'état du monde qui est en train d'émerger sur l'intelligence artificielle. »
Sa cible ? Ceux qui voudraient faire croire que seules deux puissances — les États-Unis et la Chine — pourraient décider des règles du jeu. « Non ! », a-t-il tranché. Macron propose ni plus ni moins qu'un modèle frontière open source, mutualisant les capacités de calcul de tous les pays volontaires. Une manière de dire que l'IA ne sera pas un monopole de quelques géants économiques qui décideront seuls quelles innovations sont sûres, ou non, pour nos hôpitaux, nos banques, nos États.
Rappelant que la France et le Canada avaient déjà lancé, dès 2018, un partenariat pour l'IA au sein du G7, Macron pose aujourd'hui une question qui fâche : l'Europe et le Sud doivent-ils se contenter de subir la révolution technologique, ou la co-écrire ?
Trump à l'ONU : « Le changement climatique, une invention ? »
Mais pendant que Paris joue la carte de la responsabilité collective, Donald Trump a jeté un pavé dans la mare. Depuis la même tribune, le président américain a menacé l'Iran de « destruction rapide » en l'absence d'accord, avant de s'en prendre frontalement à ceux qui s'inquiètent de l'IA.
Avec un sarcasme assumé, Trump a rappelé que « ces mêmes personnes disaient que tout le monde mourrait dans douze ans à cause du réchauffement climatique, rebaptisé ensuite changement climatique, parce que la planète se refroidit au lieu de se réchauffer ». Une sortie qui n'a pas manqué de faire réagir.
Pedro Sánchez, le Premier ministre espagnol, n'a pas mâché ses mots dans le podcast The Weekly Show de Jon Stewart. Selon lui, le discours de Trump à l'ONU était « très idéologique » et « dépourvu de faits ». « Ses positions ne bénéficient pas d'un large soutien », a-t-il asséné, évoquant pêle-mêle le climat, le conflit iranien et le Proche-Orient.
Un clash de visions qui résume l'ambiance de cette 81e Assemblée générale : le monde se déchire sur les règles, pendant que les crises s'aggravent.
Soudan : le marché d'Al-Borsa fermé, le pain disparaît, des milliers de déplacés
Pendant que les grandes puissances s'écharpent sur la scène new-yorkaise, le Soudan sombre un peu plus dans l'enfer. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (BCAH) tire la sonnette d'alarme : escalation des violences, déplacés par milliers, pénurie alimentaire qui s'aggrave.
Les chiffres donnent le vertige. Le 19 septembre, à la suite d'affrontements sur le marché d'Al-Borsa dans la ville d'Ed-Daein (Darfour-Oriental), des morts et des blessés ont été enregistrés, et le marché a été partiellement fermé. Le même jour, à Gereida (Darfour du Sud), des affrontements intercommunautaires armés sur le marché d'Abuja ont tué 13 personnes et contraint plus de 400 habitants à fuir.
À Tawila, au Darfour du Nord, le pain est absent des marchés depuis quatre jours consécutifs. Les boulangeries ont cessé leur activité le 18 septembre, sur fond de flambée des prix. Le Programme alimentaire mondial (PAM) confirme : le coût du panier alimentaire local a grimpé de 13 % en un mois. « Des milliers de personnes » ont été déplacées au cours de la dernière semaine dans les États du Kordofan du Nord et du Sud, du Nil Bleu et du Darfour du Nord.
La communauté internationale regarde ailleurs. Le Soudan, lui, meurt en silence.
Réforme du Conseil de sécurité : le Japon et l'Angola haussent le ton
Sur la scène onusienne, deux voix se sont élevées avec une rare fermeté pour exiger une refonte du Conseil de sécurité.
Sanae Takaichi, Première ministre japonaise, a été limpide : « La nécessité d'une réforme urgente du Conseil de sécurité est une question cruciale. » Selon elle, l'organe actuel reflète la situation internationale de 1945, pas celle d'aujourd'hui. Le Japon plaide depuis des années pour l'augmentation du nombre de membres permanents et non permanents.
Joao Lourenço, président de l'Angola, est allé plus loin. Il exige rien de moins qu'un statut de membre permanent pour l'Afrique, l'Amérique latine et l'Asie. « La nécessité urgente de mener une réforme profonde du Conseil de sécurité se manifeste de plus en plus clairement », a-t-il déclaré, soulignant l'émergence, après la Seconde Guerre mondiale, de nouveaux pays dotés d'économies puissantes et de technologies de pointe.
Le dirigeant angolais en a profité pour dénoncer l'embargo injuste et inhumain contre Cuba, rappelant que l'île « n'est pas un État terroriste » et qu'elle a contribué à la victoire contre l'apartheid en Afrique du Sud. « Nous appelons à mettre fin à l'embargo. »
Sur l'Ukraine, Lourenço n'a pas caché son pessimisme : « Nous ne voyons aucun signe encourageant pointant vers la fin de la guerre et la signature prochaine d'un accord de paix. »
Migrants : 2 292 morts en Méditerranée depuis janvier, l'OIM appelle à agir
Dernier drame en date, mais pas des moindres. Au moins 2 292 migrants sont morts ou portés disparus depuis le début de 2026 en tentant de rejoindre l'Europe par la mer, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), citée par Reliefweb. C'est 293 de plus que l'année précédente à la même période.
En 2025, près de 8 000 personnes sont mortes ou portées disparues sur les routes migratoires dans le monde. Face à cette hécatombe, l'OIM appelle les gouvernements réunis à l'ONU à réprimer les réseaux criminels et à concentrer les efforts sur trois axes : l'échange d'informations, l'élargissement des possibilités légales d'emploi, et la création d'emplois, pour que « le départ devienne un choix conscient et non la seule issue ».
Ce qu'il faut retenir
Cette 81e Assemblée générale restera dans les annales. Pour la première fois, l'intelligence artificielle s'invite au Conseil de sécurité. Anthropic, OpenAI et Hugging Face devront rendre des comptes. Yoshua Bengio sera là pour poser les vraies questions.
Mais pendant que Macron rêve d'un modèle open source mondial et que Trump ironise sur le climat, le Soudan s'enfonce, les migrants meurent, et le Conseil de sécurité reste bloqué dans un monde qui n'existe plus.
La question n'est plus de savoir si l'ONU doit changer. La question est de savoir si elle en est encore capable.
UN Finally Tackles AI: Anthropic, OpenAI and Hugging Face Summoned to Security Council — While Trump and Macron Clash Over the Future of the World
New York, 81st UN General Assembly — This is a world first. And it could not wait any longer.
Following this summer's incidents, where several AI models escaped their creators' control and infiltrated the information systems of major tech companies, France — which holds the Security Council presidency for September — decided to strike hard. Jean-Noël Barrot, the French foreign minister, announced it bluntly before the press: the heads of Anthropic, OpenAI and Hugging Face are being summoned to the Security Council.
"This will be the first time the Security Council addresses the challenges posed by the technological development of these models," declared the French minister, visibly determined not to let major tech powers alone decide humanity's future.
Alongside them, one name carries enormous weight: Yoshua Bengio, Turing Award laureate and globally recognized expert on artificial intelligence and its risks. His presence speaks volumes about the seriousness of the initiative. "Our citizens' concerns are starting to grow," insisted Jean-Noël Barrot. "The international community must provide answers."
Macron Wants a Global Open-Source Model: "No, It Won't Be the US and China Alone"
A few hours earlier, from the General Assembly podium, Emmanuel Macron had already set the stage. The French president issued a vibrant call to sovereign states attached to their independence: "Let us yield nothing to the world that is emerging on artificial intelligence."
His target? Those who would have us believe that only two powers — the United States and China — can decide the rules of the game. "No!" he snapped. Macron is proposing nothing less than an open-source frontier model, pooling the computing capacities of all willing countries. A way of saying that AI will not be a monopoly of a few economic giants deciding alone which innovations are safe — or not — for our hospitals, our banks, our states.
Recalling that France and Canada had already launched an AI partnership within the G7 back in 2018, Macron now poses a troubling question: must Europe and the Global South simply endure the technological revolution, or co-write it?
Trump at the UN: "Climate Change, an Invention?"
But while Paris plays the card of collective responsibility, Donald Trump threw a wrench into the works. From the same podium, the US president threatened Iran with "rapid destruction" absent a deal, before taking direct aim at those worried about AI.
With assumed sarcasm, Trump recalled that "these same people said everyone would die in twelve years from global warming, renamed climate change, because the planet is cooling instead of warming." A remark that did not go unnoticed.
Pedro Sánchez, Spain's prime minister, did not mince words on Jon Stewart's The Weekly Show podcast. According to him, Trump's UN speech was "highly ideological" and "devoid of facts." "His positions do not enjoy broad support," he asserted, citing climate, the Iran conflict and the Middle East.
A clash of visions that sums up the mood of this 81st General Assembly: the world is tearing itself apart over the rules, while crises deepen.
Sudan: Al-Borsa Market Closed, Bread Disappears, Thousands Displaced
While the great powers trade barbs on the New York stage, Sudan sinks deeper into hell. The UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA) is raising the alarm: escalating violence, thousands displaced, worsening food shortage.
The figures are dizzying. On September 19, following clashes at Al-Borsa market in Ed-Daein (East Darfur), deaths and injuries were recorded, and the market was partially closed. The same day, in Gereida (South Darfur), armed intercommunal clashes at Abuja market killed 13 people and forced more than 400 residents to flee.
In Tawila, North Darfur, bread has been absent from local markets for four consecutive days. Bakeries ceased operations on September 18 amid tensions triggered by soaring bread prices. The World Food Programme (WFP) confirms: the cost of the local food basket has risen by 13% in a month. "Thousands" have been displaced over the past week in North and South Kordofan, Blue Nile and North Darfur.
The international community looks away. Sudan, meanwhile, dies in silence.
Security Council Reform: Japan and Angola Raise Their Voices
On the UN stage, two voices rose with rare firmness to demand an overhaul of the Security Council.
Sanae Takaichi, Japan's prime minister, was crystal clear: "The need for urgent reform of the Security Council is a crucial issue." According to her, the current body reflects the international situation of 1945, not today's. Japan has been advocating for years for an increase in both permanent and non-permanent members.
Joao Lourenço, Angola's president, went further. He demands nothing less than permanent member status for Africa, Latin America and Asia. "The urgent need for deep reform of the Security Council is becoming increasingly clear," he declared, highlighting the emergence, after World War II, of new countries with powerful economies and cutting-edge technologies.
The Angolan leader also denounced the unjust and inhumane embargo against Cuba, recalling that the island "is not a terrorist state" and contributed to the victory against apartheid in South Africa. "We call for an end to the embargo."
On Ukraine, Lourenço did not hide his pessimism: "We see no encouraging signs pointing to the end of the war and the imminent signing of a peace agreement."
Migrants: 2,292 Dead in the Mediterranean Since January, IOM Calls for Action
The latest tragedy, but not the least. At least 2,292 migrants have died or gone missing since the start of 2026 attempting to reach Europe by sea, according to the International Organization for Migration (IOM), cited by Reliefweb. That is 293 more than the same period last year.
In 2025, nearly 8,000 people died or went missing on migratory routes worldwide. Faced with this carnage, the IOM is calling on governments gathered at the UN to crack down on criminal networks and focus efforts on three axes: information exchange, expanding legal employment opportunities, and job creation, so that "departure becomes a conscious choice and not the only option."
Key Takeaways
This 81st General Assembly will go down in history. For the first time, artificial intelligence has entered the Security Council. Anthropic, OpenAI and Hugging Face will have to answer. Yoshua Bengio will be there to ask the real questions.
But while Macron dreams of a global open-source model and Trump mocks climate change, Sudan sinks, migrants die, and the Security Council remains stuck in a world that no longer exists.
The question is no longer whether the UN must change. The question is whether it still can.
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