IGS au Cameroun : près de 15 milliards de FCFA déjà reversés aux communes, mais les PME alertent sur leur trésorerie
La réforme de la fiscalité locale commence à produire des recettes significatives pour les communes camerounaises. Près de 15 milliards de FCFA issus de l’Impôt général synthétique (IGS) ont été collectés et reversés au premier semestre 2026 au titre de l’exercice 2025. Une progression de 14 % qui intervient alors que les petites entreprises dénoncent un mécanisme de retenue à la source susceptible de peser lourdement sur leur trésorerie.
Près de 15 milliards de FCFA dans les caisses des communes
Le chiffre est significatif. Au premier semestre 2026, près de 15 milliards de FCFA ont été collectés puis reversés aux communes camerounaises au titre de l’Impôt général synthétique (IGS) de l’exercice 2025.
L’information a été communiquée le 25 août 2026 à Douala par Roger Athanase Meyong Abath, directeur général des impôts, à l’occasion des consultations avec le secteur privé consacrées à la préparation de la loi de finances 2027.
Selon le patron de la Direction générale des impôts (DGI), cette performance représente une progression de 14 % par rapport à l’exercice 2024.
La DGI n’a toutefois pas encore publié le montant exact de la recette de référence de 2024, ni le bilan définitif de l’exercice 2025. Les comptes devant encore être clôturés, toute comparaison précise doit donc être maniée avec prudence.
À titre purement indicatif, une recette de 15 milliards de FCFA en 2025 correspondant à une hausse de 14 % représenterait environ 13,16 milliards de FCFA en 2024.
Un nouveau bilan qui actualise les chiffres du ministère des Finances
Cette annonce vient compléter un précédent bilan rendu public par le ministère des Finances.
Dans un communiqué daté du 18 mai 2026, le Minfi indiquait que 10,35 milliards de FCFA avaient déjà été transférés aux communes au titre de l’exercice 2025. Ce montant comprenait notamment 6,93 milliards de FCFA correspondant au solde de l’IGS collecté entre mai et décembre 2025.
Avec les près de 15 milliards annoncés fin août, le différentiel atteint donc environ 4,6 milliards de FCFA supplémentaires.
Pour l’heure, la DGI n’a pas détaillé publiquement la ventilation de cette nouvelle enveloppe entre les différentes communes.
L’objectif des 50 milliards reste à mettre en perspective
L’IGS constitue l’un des changements majeurs de la fiscalité locale camerounaise.
Institué par la loi du 23 décembre 2024 portant fiscalité locale, il est entré en application à partir de 2025. Le dispositif a notamment remplacé l’ancien impôt libératoire et le régime simplifié d’imposition afin de regrouper plusieurs prélèvements dans un impôt forfaitaire applicable aux activités concernées.
Lors de la conférence annuelle du ministère des Finances en février 2025, la DGI avait évalué à 50 milliards de FCFA l’impact financier attendu de l’IGS en recettes supplémentaires.
À première vue, les près de 15 milliards de FCFA annoncés représentent environ 30 % de cette prévision.
Mais attention à ne pas tirer des conclusions trop rapides.
La DGI n’a pas précisé si les 50 milliards correspondaient au rendement brut attendu, aux recettes nettes devant être reversées aux collectivités ou encore à une montée en puissance progressive du dispositif.
Il serait donc prématuré d’affirmer que l’État ou les communes accusent déjà un manque à gagner de 35 milliards de FCFA.
Qui est concerné par l’IGS ?
Depuis le 1er janvier 2026, l’IGS concerne les activités commerciales, industrielles, artisanales et agropastorales dont le chiffre d’affaires annuel hors taxes ne dépasse pas 50 millions de FCFA.
Pour les professions libérales et les activités non commerciales, le seuil est fixé à 30 millions de FCFA.
Autrement dit, le dispositif cible largement le tissu des petites activités économiques, particulièrement important dans l’économie camerounaise.
La réforme vise notamment à simplifier la fiscalité applicable à ces contribuables tout en renforçant les ressources destinées aux collectivités territoriales décentralisées.
Les communes bénéficient désormais d’un transfert plus direct
Une autre évolution importante est intervenue en avril 2026.
Grâce à l’interconnexion entre la DGI et le Trésor, la part communale de l’IGS peut désormais être orientée automatiquement vers les comptes des communes, sans transiter préalablement par le compte unique du Trésor.
Ce mécanisme doit permettre de réduire les délais de transfert et d'améliorer la prévisibilité des ressources destinées aux collectivités.
Pour les communes, l’enjeu est majeur : disposer de recettes fiscales plus régulières signifie pouvoir mieux programmer les dépenses locales, notamment dans les domaines des infrastructures, de l’assainissement et des services de proximité.
La CCIMA met le doigt sur une difficulté de trésorerie
Mais derrière la progression des recettes publiques se cache une autre réalité : la pression sur la trésorerie des petites entreprises.
Depuis janvier 2026, les clients habilités doivent effectuer une retenue à la source de 2 % du montant hors taxes des factures payées aux contribuables soumis à l’IGS.
Le taux grimpe à 5 % lorsque les prestations sont réalisées au profit de l’État, des collectivités territoriales ou des établissements publics dans le cadre de la commande publique.
C’est ici que le mécanisme devient particulièrement sensible pour les PME.
La circulaire d’application de la loi de finances 2026 précise que ces retenues ne peuvent pas être directement déduites des versements trimestriels de l’IGS dus au titre de l’année durant laquelle elles sont opérées.
Elles sont imputables sur l’IGS dû l’année suivante.
Un exemple qui parle aux petites entreprises
Prenons le cas d’une petite entreprise qui réalise une prestation de 10 millions de FCFA hors taxes pour une entité publique.
Avec une retenue de 5 %, 500 000 FCFA sont prélevés à la source.
Le problème est que cette somme ne vient pas immédiatement réduire l’IGS exigible au titre de 2026. Elle pourra être imputée sur l’impôt dû en 2027.
Pendant ce laps de temps, l’entreprise doit donc composer avec une trésorerie amputée tout en continuant à acquitter ses obligations fiscales courantes.
Pour une grande entreprise, ce décalage peut être absorbé. Pour une petite structure disposant d’une trésorerie limitée, l’impact peut être beaucoup plus lourd.
La proposition de la CCIMA pour éviter des crédits fiscaux bloqués
La Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun (CCIMA) estime que cette situation pourrait entraîner la constitution de crédits difficiles à récupérer lorsque l’entreprise réduit fortement son activité, cesse ses opérations ou quitte le régime de l’IGS avant l’année suivante.
L’organisation propose donc d’autoriser le remboursement du solde non imputé en cas de cessation d’activité ou de reclassement fiscal.
La réglementation actuellement consultée prévoit l’imputation de la retenue sur l’IGS de l’année suivante, mais ne précise pas clairement le traitement du reliquat dans ces deux scénarios.
La proposition de la CCIMA cherche ainsi à lever cette zone d’incertitude et à éviter que les petites entreprises ne supportent durablement une immobilisation de leur trésorerie.
24 propositions sur la table pour la loi de finances 2027
La question de l’IGS s’inscrit plus largement dans les discussions engagées entre l’administration fiscale et le secteur privé.
Au total, 24 propositions ont été transmises à la DGI lors des consultations ouvertes le 25 août à Douala.
L’administration fiscale indique que ces propositions seront analysées selon trois critères : leur faisabilité juridique, leur incidence budgétaire et les orientations du ministère des Finances.
L’enjeu dépasse donc le seul rendement fiscal.
Pour l’État, il s’agit d’élargir et de sécuriser les recettes publiques. Pour les communes, l’IGS représente une source de financement supplémentaire. Pour les petites entreprises, en revanche, la priorité reste de préserver une trésorerie suffisamment solide pour maintenir leurs activités.
Au Cameroun, le défi de la réforme sera donc de trouver le point d’équilibre entre mobilisation des recettes locales et survie financière du petit tissu entrepreneurial.
Cameroon’s IGS generates nearly CFAF 15 billion for local councils, while SMEs raise cash-flow concerns
Cameroon’s new General Synthetic Tax (IGS) is beginning to generate significant revenues for local authorities. Nearly CFAF 15 billion collected under the 2025 fiscal year had been transferred to councils by the first half of 2026, according to the Director General of Taxation, Roger Athanase Meyong Abath. But while local governments are benefiting from the reform, small businesses are raising concerns about the cash-flow impact of tax withholding rules.
Nearly CFAF 15 billion transferred to councils
Nearly CFAF 15 billion collected under the General Synthetic Tax (IGS) for the 2025 fiscal year had been collected and transferred to Cameroon’s councils by the first half of 2026.
The figure was disclosed on August 25, 2026, in Douala by Roger Athanase Meyong Abath, Director General of Taxation, during consultations with the private sector ahead of preparations for the 2027 Finance Bill.
According to the tax administration, the amount represents a 14% increase compared with the 2024 fiscal year.
However, the Directorate General of Taxation (DGI) has not yet published the exact 2024 comparison figure or the final 2025 revenue figure, which is expected after the accounts are closed.
For illustration only, CFAF 15 billion corresponding to a 14% increase would imply approximately CFAF 13.16 billion in 2024.
The latest figure updates an earlier Finance Ministry report
The new figure updates an earlier assessment released by Cameroon’s Ministry of Finance.
In a statement dated May 18, 2026, the ministry reported that CFAF 10.35 billion had already been transferred to councils for the 2025 fiscal year. This included CFAF 6.93 billion corresponding to the balance of IGS revenue collected between May and December 2025.
The latest announcement therefore suggests approximately CFAF 4.6 billion in additional transfers.
The DGI has not yet published a detailed breakdown of the additional amount among the different councils.
The CFAF 50 billion target requires caution
The IGS is one of the major changes introduced in Cameroon’s local taxation system.
Created by the December 23, 2024 law on local taxation, it came into force in 2025. The system replaced the former discharge tax and simplified taxation regime, bringing several tax obligations into a single flat-rate mechanism for eligible activities.
At the Finance Ministry’s annual conference in February 2025, the DGI had estimated that the IGS could generate CFAF 50 billion in additional revenue.
Purely mathematically, the nearly CFAF 15 billion reported so far would represent around 30% of that projection.
However, this comparison should be treated with caution.
The DGI has not clarified whether the CFAF 50 billion forecast referred to gross revenue, net revenue transferred to councils, or an expected performance after the tax system had reached full maturity.
It would therefore be premature to conclude that there is already a CFAF 35 billion shortfall.
Which businesses are subject to the IGS?
Since January 1, 2026, the IGS has applied to commercial, industrial, artisanal and agropastoral activities with annual turnover excluding taxes of no more than CFAF 50 million.
For liberal professions and non-commercial activities, the threshold is CFAF 30 million.
The system therefore covers a significant part of Cameroon’s small-business and informal-to-formal economic fabric.
One of the reform’s objectives is to simplify taxation while strengthening revenues allocated to decentralized local authorities.
A more direct transfer mechanism for councils
Another important change came in April 2026.
Through the interconnection between the DGI and the Treasury, the municipal share of IGS revenue can now be automatically transferred to council accounts without first passing through the Treasury Single Account.
The mechanism is expected to shorten transfer times and improve the predictability of local government revenues.
For councils, more predictable tax revenue can improve financial planning and support spending on local infrastructure and public services.
Chamber of Commerce warns about SME cash flow
The reform also has a downside for some small businesses: cash-flow pressure.
Since January 2026, authorized customers have been required to withhold 2% of the pre-tax amount of invoices paid to taxpayers subject to the IGS.
The rate rises to 5% for services provided to the State, local authorities and public establishments under public procurement contracts.
The issue is particularly sensitive because these amounts cannot immediately be deducted from quarterly IGS payments for the same year.
Under the 2026 Finance Law implementation circular, the withheld amounts can instead be credited against IGS due the following year.
A CFAF 500,000 example
Consider a small business that invoices a public entity CFAF 10 million before tax.
At a 5% withholding rate, CFAF 500,000 would be withheld at source.
That CFAF 500,000 does not immediately reduce the company’s 2026 IGS liability. It can only be credited against the tax due in 2027.
The company therefore faces a temporary cash-flow squeeze while continuing to meet its current tax obligations.
For a large company, such a delay may be manageable. For a small business operating with limited working capital, it can become a significant burden.
CCIMA calls for refunds in certain cases
The Cameroon Chamber of Commerce, Industry, Mines and Crafts (CCIMA) argues that the system could create tax credits that are difficult to recover when a company reduces its operations, closes down or leaves the IGS regime before the following fiscal year.
The organization has proposed allowing the refund of unused balances when a business ceases operations or is moved to another tax regime.
Current regulations provide for the following-year credit mechanism but do not clearly specify how remaining balances should be treated in those two situations.
The CCIMA proposal therefore seeks to address this uncertainty and reduce the amount of working capital temporarily locked up by the tax system.
24 proposals submitted ahead of the 2027 Finance Bill
The IGS debate is part of broader consultations between Cameroon’s tax administration and the private sector.
A total of 24 proposals were submitted to the DGI during consultations that opened on August 25 in Douala.
The tax administration says the proposals will be assessed according to their legal feasibility, budgetary impact and the policy orientations of the Ministry of Finance.
The challenge is therefore broader than simply increasing tax revenue.
For the government, the priority is to mobilize and secure public revenue. For councils, the IGS provides an additional source of funding. For small businesses, however, the priority is to maintain sufficient liquidity to keep operating.
Cameroon’s challenge will be to make the new local taxation system deliver stronger public revenues without putting excessive pressure on the fragile cash flow of small businesses.
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Mouahna Divine