58 milliards FCFA pour transformer le Nord : la BAD finance les barrages collinaires, pendant que l’Algérie vient renifler le café camerounais
Garoua, le 17 juillet 2026 – Au moment où le Septentrion affronte une fois de plus les caprices d’une saison sèche interminable, le Cameroun vient de décrocher un financement majeur pour inverser la tendance. La Banque africaine de développement (BAD) a approuvé, le 13 juillet 2026, un prêt de 81,2 millions d’euros (environ 53,3 milliards FCFA). Avec la contribution de l’État (7,54 millions d’euros), le coût total de la première phase du Programme de développement de l’agro-industrie dans le Septentrion (PDAS-1) atteint 58,2 milliards FCFA.
Trois barrages collinaires seront construits à Barkehi (Gashiga, Demsa), Ndjam-Badi (Bibémi) et Poli (Faro, canton de Mango). Ces sites, sélectionnés parmi cinq étudiés, permettront d’aménager 618 hectares irrigués et de soutenir les activités agrosylvopastorales. Abreuvement du bétail, pêche, cultures hors saison et même approvisionnement en eau potable des localités voisines : le projet est multifonctionnel.
Selon les données rapportées, le ratio global s’élève à environ 94,2 millions FCFA par hectare. Un chiffre qui ne reflète pas uniquement les coûts d’irrigation, mais aussi la construction des retenues, les ouvrages de distribution, les études, les mesures environnementales et sociales, et la gestion du programme. La BAD classe d’ailleurs ce projet dans le secteur « eau et assainissement », même s’il sert clairement l’agriculture.
Des questions d’efficience restent ouvertes. Le communiqué d’approbation ne détaille ni le coût par barrage, ni la ventilation précise des fonds, ni la capacité exacte de stockage. À Poli, les mesures environnementales et sociales pèsent déjà 1,08 milliard FCFA, dont 387 millions pour les compensations. Acquisitions foncières, pertes de cultures et réinstallation involontaire exigent une surveillance de 44 mois. Le calendrier des travaux reste donc sensible.
Cette première phase n’est qu’un galop d’essai. La phase 2 prévoit des grands barrages stockant près de 500 millions de m³ et irrigant plus de 40 000 hectares – soit 65 fois plus. Un saut que le PDAS-1 doit préparer en testant la mobilisation des eaux pluviales et la gestion durable des périmètres.
« À travers ce programme, la Banque africaine de développement accompagne le Cameroun dans la valorisation de son potentiel agro-industriel, la création d’emplois, le renforcement de la résilience climatique des communautés et l’attraction d’investissements privés », a déclaré Léandre Bassolé, directeur général de la BAD pour l’Afrique centrale.
L’Algérie entre dans la danse du café
Pendant que les grues se préparent au Nord, une délégation du groupe public algérien Madar Holding était à Douala le 9 juillet 2026. Son PDG, Adel Khemane, a rencontré l’Office national du cacao et du café (ONCC) et le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC), après une audience avec le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana.
Madar prospecte des fournisseurs de café camerounais et s’intéresse aussi à la banane et à d’éventuels investissements. Entre 2020 et 2022, le Cameroun avait déjà exporté pour 8,8 milliards FCFA de café vers l’Algérie (79,5 % de ses ventes totales sur ce marché). En 2023, les exportations globales vers l’Algérie ont atteint 7,7 milliards FCFA. Il ne s’agit donc pas d’un nouveau débouché, mais d’une opportunité de structurer et d’amplifier un courant existant.
Aucun volume, prix ni calendrier n’a été annoncé. Pour le cacao, les discussions restent encore plus exploratoires. Un précédent existe : le protocole d’accord signé en septembre 2025 entre Nohi Chocolateries et l’algérienne Technocast pour des produits chocolatés. Mais de l’intention à l’exécution, le chemin reste long.
Une fenêtre de tir historique
Avec le PDAS-1, le Cameroun pose les fondations hydrauliques d’une agro-industrie irriguée dans le Septentrion. Avec Madar Holding, il teste la diversification de ses partenariats commerciaux hors des traditionnels marchés européens et asiatiques.
L’efficience des 58,2 milliards FCFA se mesurera aux mètres cubes d’eau réellement mobilisés, aux rendements agricoles obtenus, aux revenus des producteurs et à la capacité d’entretien des ouvrages. Si les résultats suivent, la deuxième phase pourrait véritablement faire du Nord le grenier irrigué dont le pays a besoin.
Le Cameroun, terre de potentialités, continue de miser sur l’eau et sur l’ouverture aux partenaires africains pour nourrir sa croissance. Reste maintenant à transformer ces annonces en chantiers concrets et en contrats signés.
58 Billion FCFA to Transform the North: AfDB Funds Hill Dams While Algeria Eyes Cameroonian Coffee
Garoua, July 17, 2026 – As the Far North once again battles a punishing dry season, Cameroon has secured major funding to change the narrative. On July 13, 2026, the African Development Bank (AfDB) approved a €81.2 million loan (approx. 53.3 billion FCFA). With the State’s contribution of €7.54 million, the total cost of the first phase of the Northern Agro-Industry Development Programme (PDAS-1) reaches 58.2 billion FCFA.
Three hill dams will be built in Barkehi (Gashiga), Ndjam-Badi (Bibémi), and Poli (Faro Department). These sites will support the development of 618 irrigated hectares and multiple agrosylvopastoral activities, including livestock watering, fishing, off-season crops, and potentially drinking water supply for nearby communities.
The overall cost ratio stands at approximately 94.2 million FCFA per hectare. This figure covers not only irrigation but also the multifunctional dams, distribution networks, studies, environmental and social measures, and programme management. The AfDB classifies PDAS-1 under the water and sanitation sector, although its primary goal is agricultural.
Questions remain on efficiency. Detailed financial breakdowns per dam and per component have not been released. At Poli, environmental and social measures are estimated at 1.08 billion FCFA, including 387 million for compensation. Land acquisition and involuntary resettlement require careful 44-month monitoring.
This phase is a pilot. Phase 2 envisions large multifunctional dams storing around 500 million cubic metres and irrigating over 40,000 hectares. PDAS-1 is designed to test rainwater harvesting and perimeter management before scaling up.
“Through this programme, the African Development Bank is supporting Cameroon in leveraging its agro-industrial potential, creating jobs, strengthening community climate resilience, and attracting private investment,” said Léandre Bassolé, AfDB Director General for Central Africa.
Algeria targets Cameroonian coffee
Simultaneously, Algerian public group Madar Holding visited Douala on July 9, 2026. CEO Adel Khemane held working sessions with the National Cocoa and Coffee Board (ONCC) and the Interprofessional Cocoa and Coffee Council (CICC), following a meeting with Trade Minister Luc Magloire Mbarga Atangana.
Madar is scouting coffee suppliers and has expressed interest in bananas and possible investments. Cameroon already exported about 8.8 billion FCFA worth of coffee to Algeria between 2020 and 2022. No volumes, prices, or delivery schedules have been announced yet. Cacao discussions remain even more preliminary.
A 2025 protocol of agreement between Cameroonian Nohi Chocolateries and Algerian Technocast on chocolate products shows that cooperation can extend beyond raw materials.
Historic window of opportunity
With PDAS-1, Cameroon is laying the hydraulic foundations for irrigated agro-industry in the North. With Madar Holding, it is testing new African commercial partnerships. The true success of the 58.2 billion FCFA investment will be measured by water mobilized, yields achieved, farmer incomes, and infrastructure sustainability. If positive, a genuine irrigated agricultural boom in the Septentrion could follow.
Cameroon continues to bet on water management and intra-African partnerships to fuel its growth. The challenge now is to turn announcements into visible results on the ground.
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Moussa Nassourou