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Liquidités : Les banques de la CEMAC assaillent la BEAC, une demande explosive à 535,5 milliards FCFA

Demande de liquidité record à 535,5 milliards FCFA : les banques de la CEMAC (Cameroun inclus) mettent la BEAC sous pression malgré l’assouplissement monétaire. Hausse de 33,9 % en trois semaines et proposition choc d’une facilité d’urgence géopolitique à 2 300 milliards. Décryptage exclusif.

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Liquidités : Les banques de la CEMAC assaillent la BEAC, une demande explosive à 535,5 milliards FCFA 


Yaoundé, le 17 juillet 2026 – La soif de liquidités des banques commerciales de la sous-région ne tarit pas. Lors de l’opération hebdomadaire d’injection de liquidités du 14 juillet 2026, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a fait face à une demande record de 535,5 milliards de FCFA. Malgré un relèvement courageux de l’enveloppe à 500 milliards, 35,5 milliards de FCFA de besoins sont restés insatisfaits. Un signal fort qui traduit les tensions persistantes sur le financement bancaire en CEMAC.


C’est la troisième semaine consécutive que la demande progresse nettement : 400 milliards le 23 juin, 444,5 milliards le 30 juin, 497 milliards le 7 juillet et maintenant 535,5 milliards. Soit une hausse cumulée de 33,9 % en trois semaines. Dans le même temps, la banque centrale a porté son offre de 420 à 500 milliards de FCFA. Le taux de souscription a atteint 107,1 % le 14 juillet.


Cette accélération intervient juste après la décision historique du Comité de politique monétaire du 29 juin 2026 d’assouplir la politique monétaire. Le taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO) a été ramené de 4,75 % à 4,50 %, le taux de la facilité de prêt marginal de 6,25 % à 5,75 %, et les coefficients de réserves obligatoires ont été légèrement abaissés. Des mesures destinées à soutenir le financement des économies de la sous-région (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad, RCA).


Pourtant, l’appétit des banques dépasse désormais l’offre. Depuis fin juin, la BEAC ne parvient plus à satisfaire intégralement les demandes. Les fonds injectés servent-ils massivement au crédit à l’économie, à la gestion de trésorerie, au renouvellement de positions ou à l’achat de titres publics ? La banque centrale ne communique pas le détail, laissant les observateurs dans l’expectative.


Le coût du refinancement reste élevé. Le 14 juillet, le taux marginal s’est établi à 4,70 % et le taux moyen pondéré à 4,79 %, contre 4,89 % avant l’assouplissement. La transmission de la baisse du taux directeur est donc réelle, mais partielle. La forte pression de la demande limite déjà la détente des conditions de refinancement.


Vers une facilité de liquidité d’urgence géopolitique ?


Parallèlement à ces opérations classiques, deux chercheurs camerounais et sud-africains lancent une proposition ambitieuse. Dans l’étude Building Macroeconomic Resilience in CEMAC : Strategic Policy Responses to Geopolitical Uncertainty in a Multipolar World, Arnold Foko Kengne (Université de Dschang) et Fabrice Ewolo Bitoto (chaire SARChI-ID, Université de Johannesburg) recommandent la création d’une Geopolitical Emergency Liquidity Facility d’un montant compris entre 1 700 et 2 300 milliards de FCFA (3 à 4 milliards USD).


Cette facilité serait activée automatiquement lorsque l’indice mondial de risque géopolitique (GPR) dépasse le seuil de 150. Elle prioriserait le financement des importations essentielles : denrées alimentaires, produits énergétiques et pharmaceutiques. Objectif : éviter qu’une crise internationale (guerres, tensions commerciales, ruptures logistiques) ne provoque une contraction brutale des importations et une crise d’offre dans la sous-région.


Les auteurs, qui ont présenté leurs travaux le 10 juillet 2026 à Abidjan lors de la Conférence économique africaine, s’appuient sur des données de janvier 1987 à juin 2025. Leur analyse montre que les importations résistent jusqu’à un certain niveau de risque, avant de s’effondrer brutalement. Le Cameroun, grâce à sa relative diversification, apparaît plus résilient que le Tchad ou la Guinée équatoriale, sans être pour autant à l’abri.


Attention cependant : cette proposition reste théorique. Le document ne détaille ni le financement (réserves de change ? contributions des États ?), ni la gouvernance, ni les modalités précises d’activation. Il s’agit davantage d’une orientation stratégique que d’un mécanisme prêt à l’emploi.


La transmission au crédit reste l’enjeu majeur


Selon les projections de la BEAC, la croissance régionale devrait atteindre 3,2 % en 2026 (contre 3,4 % en 2025), avec une inflation moyenne attendue à 2,4 %. L’assouplissement monétaire vise à soutenir l’activité. Reste maintenant à vérifier si la liquidité abondante injectée se traduira par une véritable baisse des taux débiteurs et un accroissement des crédits aux entreprises et ménages camerounais et de la sous-région.


Les prochaines semaines seront décisives. La BEAC, garante de la stabilité monétaire de la CEMAC, est désormais attendue sur deux fronts : apaiser les tensions de liquidité immédiates et préparer la sous-région aux chocs géopolitiques d’un monde multipolaire de plus en plus imprévisible.




Banks Flood BEAC with Record Liquidity Demand of 535.5 Billion FCFA in CEMAC


Yaoundé, July 17, 2026 – Commercial banks in the CEMAC region are showing an insatiable appetite for liquidity. On July 14, 2026, the Bank of Central African States (BEAC) received requests totaling **535.5 billion FCFA** during its weekly liquidity injection operation. Despite raising the envelope to 500 billion FCFA, 35.5 billion FCFA remained unmet.


Demand has surged for three consecutive auctions: from 400 billion on June 23 to 444.5 billion on June 30, 497 billion on July 7, and 535.5 billion on July 14 — a 33.9 % increase in three weeks. This surge coincides with the BEAC’s monetary policy easing decided on June 29, which lowered the TIAO from 4.75% to 4.50%.


Researchers Arnold Foko Kengne (University of Dschang) and Fabrice Ewolo Bitoto propose creating a Geopolitical Emergency Liquidity Facility worth 1,700 to 2,300 billion FCFA to protect essential imports (food, energy, pharmaceuticals) when the Global Geopolitical Risk Index (GPR) exceeds 150. The facility would aim to prevent sudden import collapses amid international crises.


While the Cameroon economy appears relatively more resilient due to greater diversification, the entire region remains vulnerable to imported inflation and supply disruptions. The key question now: will this additional liquidity genuinely boost credit to the real economy or primarily serve treasury and portfolio needs?


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Mouahna Divine

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