Afrique du Sud, Éthiopie, Guinée, Ghana : la démocratie et les traditions à l’épreuve
Alors que l’actualité internationale braque souvent ses projecteurs ailleurs, le continent africain vit son propre séisme politique et sociétal. Entre procédure de destitution historique en Afrique du Sud, élections sous tension en Éthiopie et en Guinée, modernisation des infrastructures à Madagascar, et bras de fer législatif sur les valeurs familiales au Ghana, la semaine a été lourde en émotions et en décisions.
Afrique du Sud : Ramaphosa sur la corde raide
À Pretoria, la commission parlementaire chargée d’examiner une éventuelle destitution du président Cyril Ramaphosa a tenu sa première réunion. Une séance à caractère technique, selon le média local News24. Seul point officiel à l’ordre du jour : l’élection du président de ladite commission. Mais l’opposition a vite tenté de mettre les pieds dans le plat, exigeant des débats sur le règlement intérieur et les délais.
Rappel des faits : le 1er juin 2022, Arthur Fraser, ex-patron du renseignement sud-africain, accuse Ramaphosa d’avoir caché un vol de 4 millions de dollars en liquide dans sa ferme de Phala Phara. Pire : le président aurait organisé l’enlèvement des cambrioleurs, puis les aurait soudoyés pour les réduire au silence.
La Constitution sud-africaine, en son article 89, permet à l’Assemblée nationale de destituer un président pour violation de la Constitution ou de son serment. La commission peut entendre des témoins, mener une enquête, puis remettre un rapport. Pour une destitution, il faudra une majorité des deux tiers des députés.
En clair : Ramaphosa joue son fauteuil. Et l’affaire sent la poudre.
Éthiopie : le calme avant la victoire d’Abiy Ahmed ?
En Éthiopie, 54 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour renouveler les 550 députés de la Chambre des représentants du peuple. Selon Pulse of Africa, le scrutin s’est déroulé dans une atmosphère calme et organisée, sans incidents majeurs. 42 partis, plus de 10.400 candidats.
Le Premier ministre Abiy Ahmed a voté dans sa ville natale de Bashasha (Oromia), appelant ses concitoyens à la paix. Les observateurs internationaux (Union africaine, Igad) notent un renforcement sécuritaire, mais surtout… l’absence de tensions. Un détail qui a son importance, car la région du Tigré (nord) n’a pas voté. Les tensions entre autorités régionales et fédérales persistent.
Les résultats provisoires sont attendus sous dix jours. Les experts prévoient une victoire confortable du parti d’Abiy Ahmed, le Parti de la prospérité.
Guinée : premiers vrais scrutins depuis le coup d’État de 2021
La Guinée, elle, tourne une page. 6,8 millions d’électeurs sont attendus dans quelque 24.000 bureaux de vote pour des élections législatives et municipales. Première fois depuis le coup d’État de septembre 2021. La radio SABC parle d’un début de scrutin dans le calme.
442 candidats (26 partis et blocs) briguent les 147 sièges de l’Assemblée nationale, selon un système mixte majoritaire-proportionnel. L’UA, la Cédéao et l’ONU observent. Parallèlement, les municipales se tiennent dans 350 communes.
L’objectif affiché : retour à l’ordre constitutionnel et à un régime civil. La Guinée, après des années de transition, veut convaincre qu’elle peut redevenir une démocratie stable.
Madagascar : 45 millions de dollars pour des aéroports aux normes
Moins politique, mais tout aussi stratégique : Madagascar modernise ses plates-formes aéroportuaires. Selon Orange, 45 millions de dollars sont déjà alloués pour Toliara, Taolanaro et Toamasina, avec le soutien de la Banque mondiale. Un projet sur 25 ans.
L’étude de faisabilité prévoit le financement prioritaire de 10 aéroports principaux, puis d’autres parmi les 56 gérés par la direction. Objectif : sécurité et respect des normes internationales. Le tourisme et l’économie malgaches y gagneront.
Ghana : le Parlement enterre (presque) les droits LGBT+
Coup de tonnerre législatif à Accra. Le parlement monocaméral du Ghana a adopté par consensus un projet de loi sur la protection des valeurs familiales. Ce texte, rapporté par Citi Newsroom, reconnaît les relations LGBT+ comme étrangères à la tradition nationale.
Parmi les peines prévues :
- Jusqu’à 3 ans de prison pour s’afficher publiquement comme LGBT+.
- Entre 3 et 5 ans de prison pour toute personne qui promeut, finance ou soutient intentionnellement ces activités.
L’objectif affiché : garantir que les enfants ghanéens soient élevés selon les valeurs culturelles, traditions et croyances religieuses du pays. Le texte a été soumis à la signature du président John Mahama.
Ce projet de loi, salué par les conservateurs, est déjà décrié par les défenseurs des droits humains. L’Afrique, une fois de plus, se trouve au cœur d’un débat de civilisation.
D’un océan à l’autre, l’Afrique bouge. Entre destitution d’un président, élections sous contrôle, modernisation économique, et affirmation identitaire, ces quatre pays incarnent les tensions et les espoirs du continent. Affaire à suivre.
South Africa, Ethiopia, Guinea, Ghana: Democracy and Tradition on Trial
While global attention often focuses elsewhere, Africa is experiencing its own political and societal earthquake. From a historic impeachment process in South Africa to tense elections in Ethiopia and Guinea, infrastructure modernization in Madagascar, and a legislative battle over family values in Ghana, the week has been eventful.
South Africa: Ramaphosa on Thin Ice
In Pretoria, a parliamentary commission investigating the possible impeachment of President Cyril Ramaphosa held its first technical meeting. The opposition tried to expand the agenda to include internal rules and deadlines. The case dates back to June 1, 2022, when former intelligence chief Arthur Fraser accused Ramaphosa of hiding a $4 million cash theft at his farm. Fraser also alleged Ramaphosa orchestrated the kidnapping and bribery of the burglars.
Under Section 89 of South Africa’s Constitution, the National Assembly can impeach a president for constitutional violations. The commission can hear witnesses and issue a report. Impeachment requires a two-thirds majority.
Ethiopia: Calm Before Abiy Ahmed’s Victory?
In Ethiopia, 54 million voters were called to elect 550 parliament members. Pulse of Africa reported a calm, organized vote. Prime Minister Abiy Ahmed voted in his hometown, Bashasha. International observers (AU, Igad) noted increased security but no tensions. Notably, the Tigray region did not vote due to ongoing federal-regional tensions. Provisional results are expected within ten days.
Guinea: First Elections Since the 2021 Coup
Guinea held its first legislative and municipal elections since the September 2021 coup. 6.8 million voters were expected across 24,000 polling stations. The SABC reported a calm start. 442 candidates are vying for 147 parliamentary seats. The AU, ECOWAS, and UN are observing. The goal: a return to constitutional order.
Madagascar: $45 Million for Airport Modernization
Madagascar is upgrading three airports in Toliara, Taolanaro, and Toamasina with $45 million from the World Bank. The 25-year project aims to meet international safety standards.
Ghana: Parliament Passes Anti-LGBT+ Bill
Ghana’s parliament unanimously passed a bill protecting family values, recognizing LGBT+ relationships as foreign to national tradition. Penalties include up to three years for publicly identifying as LGBT+, and three to five years for promoting or funding such activities. The bill now awaits President John Mahama’s signature.
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Mouahna Divine