Le secteur énergétique camerounais entre dans une nouvelle phase de restructuration majeure. Après le rachat des parts d’Actis dans ENEO, devenue Société camerounaise d’électricité (Socadel), l’État camerounais envisage désormais de reprendre le contrôle des centrales thermiques de Kribi et de Dibamba détenues par le groupe britannique Globeleq.
Au cœur des discussions : une renégociation des contrats liant l’ex-ENEO aux producteurs indépendants KPDC et DPDC, qui pourrait permettre une économie estimée à près de 3 milliards de FCFA par mois.
Une offensive stratégique sur les actifs énergétiques
Selon le plan de restructuration élaboré en mars 2026 par le ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee), les contrats actuels signés avec KPDC et DPDC représentent une charge mensuelle d’environ 8 milliards de FCFA pour le distributeur d’électricité.
Face à cette pression financière, Yaoundé veut aller plus loin qu’un simple changement d’actionnaires. L’objectif affiché est de reprendre la main sur des infrastructures jugées stratégiques, tout en réduisant durablement les coûts qui pèsent sur le système électrique national.
Des négociations formelles ont ainsi été ouvertes depuis mars 2026 entre le gouvernement camerounais et Globeleq autour d’une éventuelle cession amiable de deux infrastructures majeures :
- la centrale à gaz de Kribi (216 MW) ;
- la centrale au fioul lourd de Dibamba (88 MW).
Détenues à 56 % par Globeleq Cameroun et à 44 % par l’État du Cameroun, ces centrales représentent plus de 20 % des capacités du Réseau interconnecté sud, qui alimente les principales zones économiques du pays, notamment Douala, Yaoundé et Kribi.
Réduire la facture énergétique nationale
Le véritable enjeu du dossier réside dans le coût des contrats d’exploitation. D’après le document du Minee, la renégociation des accords avec KPDC et DPDC pourrait générer environ 3 milliards de FCFA d’économies mensuelles pour Socadel.
Le gouvernement étudie également des pistes d’optimisation et même d’extension des capacités des deux centrales afin d’abaisser davantage le coût global de production électrique.
Cette approche traduit une volonté claire : remodeler en profondeur le modèle économique du secteur énergétique camerounais, longtemps critiqué pour ses coûts élevés et ses déséquilibres financiers.
Après ENEO, le retour massif de l’État dans l’électricité
L’opération Globeleq s’inscrit dans une dynamique plus large de retour progressif du contrôle public sur les segments stratégiques de l’électricité au Cameroun.
Après :
- la création de la Sonatrel pour le transport ;
- le rôle central d’EDC dans la gestion des barrages ;
- le rachat des 51 % d’Actis dans ENEO pour environ 78 milliards de FCFA ;
l’État cherche désormais à renforcer sa présence dans la production électrique.
Le dossier Kribi-Dibamba apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans la recomposition du paysage énergétique national.
Une bataille engagée depuis 2025
L’intérêt du gouvernement pour ces actifs ne date pas d’aujourd’hui. Le 5 juillet 2025, Yaoundé avait déjà activé son droit de préemption afin d’empêcher la vente des centrales à un investisseur tiers.
À l’époque, le groupe britannique Savannah Energy, déjà impliqué dans le projet hydroélectrique et solaire de Bini à Warak, manifestait son intérêt pour la reprise de ces infrastructures.
Depuis, le gouvernement est passé d’une logique défensive à une stratégie offensive de reprise directe des actifs énergétiques clés du pays.
Socadel : l’avenir des 5 % du personnel en discussion
Parallèlement, l’État prépare également la réorganisation du capital de Socadel, née de la transformation d’ENEO en société à capital public.
Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a annoncé le 8 mai 2026 à Douala la création prochaine d’une commission mixte chargée d’examiner l’avenir des 5 % du capital détenus par les employés.
Cette commission réunira :
- le ministère de l’Eau et de l’Énergie ;
- le ministère des Finances ;
- le ministère du Travail ;
- la Socadel ;
- le GIC du personnel.
Deux options sont actuellement étudiées :
- maintenir définitivement les parts des employés dans le capital de Socadel ;
- ou procéder au rachat total de ces actions par l’État.
Le gouvernement assure vouloir préserver les acquis sociaux et patrimoniaux des employés durant toute la phase de transition.
Une restructuration sous haute tension financière
Malgré les ambitions affichées, plusieurs interrogations demeurent. Le coût réel du rachat des parts de Globeleq n’a pas encore été dévoilé, tout comme le calendrier définitif des négociations.
Dans un contexte où l’État vient déjà de mobiliser d’importantes ressources pour reprendre ENEO, devenue Socadel, la capacité du Cameroun à financer une nouvelle opération d’envergure sera scrutée de près.
Au-delà des centrales de Kribi et Dibamba, c’est toute la soutenabilité financière de la restructuration du secteur électrique camerounais qui se joue désormais.
Cameroon Targets Kribi and Dibamba Power Plants as State Pushes Massive Energy Sector Takeover
Cameroon is entering a new phase in the restructuring of its electricity sector. After taking control of ENEO, now renamed Socadel, the government is negotiating the acquisition of Globeleq’s stakes in the Kribi and Dibamba thermal power plants.
The move could pave the way for the renegotiation of contracts signed with independent power producers KPDC and DPDC, potentially reducing electricity-related costs by nearly 3 billion CFA francs per month.
Formal negotiations reportedly began in March 2026 between the Cameroonian government and British energy group Globeleq regarding the sale of the Kribi gas-fired plant (216 MW) and the Dibamba heavy-fuel plant (88 MW).
Together, the two facilities account for more than 20% of the South Interconnected Grid, which supplies major economic hubs including Douala, Yaoundé and Kribi.
According to Cameroon’s Ministry of Water and Energy, current contractual obligations linked to the two plants cost the former ENEO — now Socadel — around 8 billion CFA francs every month.
The government hopes that taking greater control over the assets will allow it to renegotiate these contracts and reduce monthly expenses by approximately 3 billion CFA francs.
The strategy also includes optimizing and potentially expanding the plants’ production capacities in order to lower electricity generation costs nationwide.
This operation follows the government’s broader strategy to regain control over key electricity infrastructure after:
- the creation of Sonatrel for transmission management;
- the strengthening of EDC in dam operations;
- and the acquisition of Actis’ 51% stake in ENEO for an estimated 78 billion CFA francs.
Meanwhile, authorities are also reviewing the future of the remaining 5% employee-owned shares in Socadel. A joint commission is expected to deliver recommendations before June 2026, either maintaining employee ownership or allowing the state to buy back those shares entirely.
The restructuring marks a major turning point for Cameroon’s energy sector, though concerns remain over the financial sustainability of these large-scale acquisitions.
Cameroun électricité, Socadel, ENEO Cameroun, Globeleq Cameroun, centrale de Kribi, centrale de Dibamba, énergie Cameroun, Gaston Eloundou Essomba, KPDC, DPDC, Sonatrel, EDC Cameroun, crise énergétique Cameroun, production électrique Cameroun, secteur énergétique camerounais, Actis ENEO, rachat Globeleq, réseau électrique Cameroun, économie énergie Cameroun, Kribi power plant, Dibamba power plant, Cameroon electricity sector, Cameroon energy news
Mouahna Divine