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Cameroun : Le gouvernement bloque les importations de maïs, le bras de fer avec les industriels est lancé

Crise dans les champs : face à la mévente du maïs local, le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana exige la suspension immédiate des importations. Un coup de pression inédit pour sauver les producteurs camerounais.

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Yaoundé, le 13 mai 2026 – C’est une décision qui pourrait rebattre les cartes du marché céréalier national. Dans une correspondance explosive datée du 8 mai 2026, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, sort l’artillerie lourde pour sauver les producteurs locaux de maïs, étranglés par une mévente sans précédent. Son arme ? Proposer à son homologue de l’Agriculture, Gabriel Mbairobe, une suspension pure et simple de toutes les importations de maïs.


Foin de demi-mesures. Le membre du gouvernement ne se contente pas de demander l’arrêt des nouvelles autorisations. Il exige, au titre des « mesures de sauvegarde », que les permis d’importer déjà en circulation soient également rendus caducs, « jusqu’à nouvel avis ». L’objectif est limpide : assécher le marché des importations pour forcer l’écoulement de la production locale qui pourrit dans les greniers.


Cette missive musclée fait suite à une réunion au sommet. Présidée la veille, le 7 mai, par le Premier ministre à son cabinet, la rencontre interministérielle a mis en lumière un paradoxe qui ulcère les campagnes : d’un côté, des stocks nationaux invendus ; de l’autre, un déferlement de maïs étranger sur le territoire.


Une hémorragie de devises depuis 2023


Car les chiffres donnent le tournis. Malgré les discours politiques de soutien à la production et la mise en service en 2021 d’une maïserie flambant neuve de 18 milliards de FCFA par le groupe Castel – adossée à un ambitieux programme d’encadrement des producteurs – les vannes des importations sont restées grandes ouvertes. Pire, elles ont explosé.


Selon les données de l’Institut national de la statistique (INS), les achats de maïs à l’étranger ont bondi de 229 % en 2023, pour atteindre 39 991 tonnes, engloutissant 7,8 milliards de FCFA. Le raz-de-marée s’est accentué en 2024 avec 81 233 tonnes importées (plus de 11 milliards de FCFA), avant de légèrement refluer à 72 586 tonnes en 2025 pour une facture encore astronomique de 10,2 milliards de FCFA.


Pourquoi les industriels boudent le maïs camerounais ?


La réponse est cruelle et tient en un mot : le prix. Sans langue de bois, les opérateurs économiques préfèrent le maïs importé, nettement plus compétitif. En mai 2026, une tonne importée se négocie entre 131 000 et 155 000 FCFA, contre 140 000 à 255 000 FCFA pour le produit local.


Ce gouffre financier trouve son origine dans la faible productivité des champs camerounais. Avec un rendement famélique de 1,8 tonne à l’hectare, le Cameroun fait pâle figure face à la moyenne mondiale (5,9 tonnes/hectare) et s’incline lourdement devant l’Afrique du Sud et ses 6,4 tonnes à l’hectare. L’accès difficile aux semences de qualité est pointé du doigt, plombant les producteurs par un coût de production élevé (environ 428 000 FCFA l’hectare), là où les concurrents occidentaux, productivistes et subventionnés, cassent les prix.


Le bras de fer entre la souveraineté alimentaire prônée par le gouvernement et la réalité économique des industriels ne fait que commencer. La balle est désormais dans le camp du ministre de l’Agriculture, Gabriel Mbairobe.




Cameroon Moves to Halt Maize Imports Amid Local Market Crisis


Yaoundé, May 13, 2026 – In a dramatic move to protect local farmers, Cameroon’s Minister of Trade, Luc Magloire Mbarga Atangana, is pushing for an immediate halt to all maize imports. In a hard-hitting letter dated May 8, 2026, addressed to his counterpart at the Ministry of Agriculture, Gabriel Mbairobe, the Minister proposed the suspension of all import permits—including cancelling those already issued.


The directive comes as local maize producers decry massive unsold stocks, despite skyrocketing imports. Data from the National Institute of Statistics (INS) reveals a 229% surge in maize imports in 2023, rising to a staggering 81,233 tons in 2024. The situation reached a boiling point following an inter-ministerial meeting chaired by the Prime Minister on May 7, 2026.


Industry insiders defend imports by pointing to cost. Imported maize currently trades between 131,000 and 155,000 FCFA per ton, significantly undercutting local prices which fluctuate between 140,000 and 255,000 FCFA. This price gap is driven by low local yields—just 1.8 tons per hectare compared to South Africa’s 6.4 tons—and high production costs estimated at 428,000 FCFA per hectare. The Trade Minister’s proposal marks a critical turning point in the battle between economic reality and food sovereignty.


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Mouahna Divine

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