Révision constitutionnelle : Aba'a Oyono sonne l’alarme contre une “fraude à la Constitution”
Le débat sur la création d’un poste de vice-président au Cameroun prend une tournure explosive. Le Pr Aba'a Oyono sort du silence et qualifie le projet de révision constitutionnelle d’« hérésie juridique » aux conséquences potentiellement dévastatrices pour la souveraineté populaire et la cohésion nationale.
Une fracture sociale post-électorale aggravée
Pour l’universitaire, l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, marquée selon lui par des « dysfonctionnements politico-juridiques », a déjà engendré une fracture sociale manifeste. Dans ce contexte inflammable, engager une réforme constitutionnelle d’une telle portée relèverait d’une « myopie volontaire ».
Il dénonce une démarche « autoritaire, cavalière » assimilable à une « fraude à la Constitution », estimant que l’exercice du pouvoir d’État ne saurait être assimilé à la gestion d’un patrimoine privé. « C’est le destin d’un peuple qui est en jeu », martèle-t-il.
Article 63 : un fondement juridique contesté
Le chef de l’État a convoqué l’article 63 de la Constitution pour initier la procédure de révision. Mais pour le Pr Aba'a Oyono, cette invocation formelle ne saurait masquer une lecture parcellaire du texte fondamental.
Il appelle à une interprétation transversale de la Constitution, notamment à la lumière de son préambule, qui proclame l’unité du peuple camerounais, son engagement commun dans un même destin et son attachement aux idéaux de fraternité, de justice et de progrès.
À ses yeux, toute réforme constitutionnelle devrait impérativement s’inscrire dans cette dynamique consensuelle, et non dans une « chevauchée solitaire » de l’exécutif.
Souveraineté populaire : le cœur du litige
Le constitutionnaliste rappelle avec insistance l’article 2 de la loi fondamentale : la souveraineté nationale appartient au peuple, qui l’exerce par le biais du président, du Parlement ou par référendum.
Dès lors, toute modification substantielle affectant l’architecture du pouvoir exécutif devrait, selon lui, faire l’objet d’une consultation populaire. « Le pouvoir est la propriété du peuple souverain. Les gouvernants n’en sont que les mandataires », souligne-t-il.
Il invoque également l’article 64, qui interdit toute procédure de révision portant atteinte à l’unité nationale et aux principes démocratiques. Pour lui, la réforme en cours est profondément clivante et fragilise l’édifice démocratique.
Le vice-président nommé : une rupture avec le suffrage universel ?
Le point de crispation majeur réside dans la modalité de désignation du futur vice-président. Le projet prévoit que le président de la République « peut être assisté d’un vice-président », nommé, dont le mandat serait aligné sur celui du chef de l’État.
En cas de vacance du pouvoir, ce vice-président accéderait automatiquement à la magistrature suprême.
Problème : le président est élu au suffrage universel direct. Pour le Pr Abàa Oyono, permettre à une personnalité investie par décret de succéder à un président élu reviendrait à contourner le droit du peuple à choisir son dirigeant.
« Un vice-président sans mandat électif ne saurait raisonnablement achever un mandat issu du suffrage universel direct », tranche-t-il, parlant d’une « frontale hérésie juridique ».
Une incohérence historique et procédurale
L’universitaire pointe également une incohérence processuelle : la Constitution du 2 juin 1972 avait été adoptée par référendum. Or, les révisions majeures de 1996 et 2008 ont été opérées par voie parlementaire.
Le projet actuel, selon lui, prolonge cette logique de contournement du souverain primaire.
Parlement sous pression et crise de légitimité
Autre angle d’attaque : la légitimité des parlementaires appelés à se prononcer. Le Pr Abàa Oyono rappelle que leurs mandats ont fait l’objet de prorogations successives, ce qui, à ses yeux, affaiblit leur légitimité démocratique.
Il redoute que le Parlement réuni en congrès ne devienne qu’un « organisme d’enregistrement de la volonté du Prince », inféodé à l’exécutif.
Quelle alternative ?
Pour restaurer la cohésion sociale, le professeur estime qu’en cas de vacance présidentielle, seule l’élection rapide d’un nouveau président au suffrage universel direct permettrait de préserver la souveraineté populaire.
À défaut, il évoque une solution transitoire : un vice-président chargé d’assurer un intérim strict jusqu’à l’organisation d’un scrutin présidentiel dans de brefs délais.
Mais il reste catégorique : toute transmission automatique du pouvoir, sans validation populaire, constituerait une voie sans issue politique et juridique.
Constitutional Reform in Cameroon: Prof. Aba'a Oyono Denounces a “Legal Heresy” and Warns of Sovereignty Confiscation
The debate over the creation of a Vice-President position in Cameroon has taken a dramatic turn. Professor Aba'a Oyono has openly opposed the constitutional reform project, calling it a “legal heresy” that threatens popular sovereignty and national cohesion.
A Deepening Post-Election Social Divide
According to the scholar, the October 12, 2025 presidential election generated significant political and legal dysfunctions, resulting in a visible social fracture. In such a fragile context, he argues, launching a major constitutional reform amounts to political recklessness.
He describes the process as “authoritarian” and akin to a “fraud against the Constitution,” insisting that state power cannot be treated as personal property.
Popular Sovereignty at the Core
Referring to Article 2 of the Constitution, Prof. Aba'a Oyono emphasizes that national sovereignty belongs to the Cameroonian people, exercised either through elected representatives or by referendum.
He argues that any substantial alteration of executive power structures should require direct consultation of the people. Allowing a Vice-President appointed by decree to automatically succeed an elected President would, in his view, undermine the principle of universal suffrage.
“A Vice-President without an electoral mandate cannot legitimately complete a term derived from direct universal suffrage,” he states.
A Question of Democratic Legitimacy
The professor also questions the democratic legitimacy of parliamentarians whose mandates have been extended. He warns that Parliament risks becoming a mere registration chamber for executive decisions.
For him, the only democratic path forward in the event of a presidential vacancy is a prompt election by universal suffrage.
Failing that, a strictly interim Vice-President limited to organizing new elections would be the “lesser evil.”
révision constitutionnelle Cameroun, vice-président Cameroun, Aba'a Oyono, modification Constitution Cameroun, souveraineté populaire, article 63 Constitution Cameroun, article 64 Constitution Cameroun, crise post-électorale Cameroun 2025, parlement camerounais, réforme politique Cameroun, démocratie Cameroun, opinion politique Cameroun, succession présidentielle Cameroun, vacance du pouvoir Cameroun, débat constitutionnel Cameroun
Ange NGO