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Vice-présidence au Cameroun : Biya veut-il un simple “valet” ou prépare-t-il la succession de Ngoh Ngoh ?

Décryptage de la réforme constitutionnelle au Cameroun : création d’un poste de vice-président sur mesure pour Paul Biya. Pouvoirs, favoritisme anglophone, et jeu de trônes entre Ngoh Ngoh et le Premier ministre. L’après-Biya déjà en marche.

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Réforme constitutionnelle : le vice-président sera-t-il un simple “valet” du président ?


Le ministre de la Justice, Laurent Esso, s’apprête à défendre devant les parlementaires un projet de loi controversé : la création d’un poste de vice-président de la République. Officiellement pour assurer la continuité de l’État. Officieusement, beaucoup y voient une manœuvre de préservation du système Biya, avec des relents de calculs ethniques et de luttes de succession.


C’est une charge aussi lourde qu’épineuse. Laurent Esso, garde des Sceaux, devra convaincre députés et sénateurs du bien-fondé d’une révision constitutionnelle qui crée un poste de vice-président. Mais derrière la technicité juridique, c’est un véritable bras de fer politique qui se joue.


Un vice-président sur mesure… pour le président seul


Le projet de loi est clair : en cas de vacance du pouvoir (décès, démission ou empêchement définitif du président), c’est le vice-président qui achève le mandat. Ensuite, si lui-même est empêché, c’est le président du Sénat qui assure l’intérim jusqu’à une nouvelle élection.


Mais la nomination ? Exclusivité présidentielle. Le chef de l’État nomme et révoque le vice-président à sa guise. Aucun ticket électoral, aucun colistier. Comme le résument certains observateurs : « Le vice-président sera simplement un autre valet du président, qu’il pourra défaire selon ses caprices. »


Un poste pour un Anglophone ? Le retour d’une vieille méthode


Dans les couloirs de l’Assemblée, on chuchote déjà : ce poste affaibli reviendrait à un cadre issu des régions anglophones. Un lot de consolation ? Une façon, selon nos sources, de « donner aux Anglophones des fonctions sans contenu réel », comme cela a souvent été le cas sous le régime Biya.


« Les anglophones, c’est fait pour des postes sans contenu ou pour faire le fou du chef, lance un député sous couvert d’anonymat. On se souvient de celui qui s’était surnommé “la marque d’une machine à écraser”. Le régime les a toujours traités comme ça. »


Le vrai dauphin, ce n’est pas le vice-président


Car le véritable enjeu de cette réforme ne se situe peut-être pas au niveau de la vice-présidence. Selon plusieurs analystes, le Premier ministre – jusqu’ici simple « coquille vide » – verrait ses pouvoirs renforcés. Et c’est là que le nom de Ferdinand Ngoh Ngoh refait surface.


Secrétaire général de la présidence depuis quinze ans, Ngoh Ngoh tient une toile de loyalistes bien ficelée : sécurité, finances, renseignement, Parlement. « Il est facilement l’homme le plus puissant du pays après un Paul Biya affaibli », souffle un haut fonctionnaire.


Pour beaucoup, ce jeu de chaises musicales constitutionnelles serait en réalité une opération de passage en force, ou du moins un positionnement pour la prochaine élection présidentielle. Le vrai dauphin ne serait donc pas le vice-président, mais le Premier ministre de demain.


« Le système Biya se métastase sous les yeux des Camerounais impuissants »


L’opposition et la société civile ne s’y trompent pas. Cette modification constitutionnelle n’est en rien un début de solution, dénoncent-elles. C’est « une énième cacophonie orchestrée pour préserver le système Biya dans l’après-Biya, en donnant un coup de pouce à ses préférés ».


Reste à savoir si les parlementaires – dont beaucoup rêvent secrètement d’un après-Biya plus ouvert – oseront voter contre les intérêts du palais. Réponse dans les prochaines semaines, quand Laurent Esso montera à la tribune.




Constitutional Reform in Cameroon: Will the Vice-President Be a Simple "Servant" of the President?


Yaoundé – Justice Minister Laurent Esso is set to defend a controversial bill before parliament: the creation of a Vice-President of the Republic. Officially to ensure state continuity. Unofficially, many see it as a move to preserve the Biya system, with underlying ethnic calculations and succession battles.


The bill is clear: in case of presidential vacancy, the Vice-President completes the term. But appointment is an exclusive presidential power. The President can appoint and dismiss the Vice-President at will. No election ticket, no running mate.


Insiders whisper the post will go to an Anglophone—a symbolic role with no real power, continuing a long pattern of marginalization.


Meanwhile, the real power shift may concern the Prime Minister, long an empty shell. With Ferdinand Ngoh Ngoh—15 years as Secretary-General of the Presidency—controlling security, finance, intelligence, and parliament, many believe he is the true dauphin in waiting.


"This constitutional change is not a solution," critics say. "It's another cacophony to preserve the Biya system after Biya, by favoring his loyalists."


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Correspondance particulière : Dr Adamou

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