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Vice-présidence au Cameroun : la réforme constitutionnelle qui pourrait verrouiller la succession de Paul Biya

À l’approche de la succession de Paul Biya, une modification de la Constitution pour créer un poste de Vice-président alimente les soupçons de conservation du pouvoir. Dans un éditorial incisif, Haman Mana décrypte les enjeux d’un système politique à bout de souffle. Analyse.

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Vice-présidence au Cameroun : la réforme constitutionnelle qui pourrait verrouiller la succession de Paul Biya


Yaoundé – 24 mars 2026.
La perspective d’une modification de la Constitution camerounaise pour instituer un poste de Vice-président relance avec acuité le débat sur la succession de Paul Biya. Pour Haman Mana, directeur de publication du journal Le Jour, l’enjeu dépasse largement la simple question institutionnelle : il s’agit d’un mécanisme de conservation du pouvoir.


Dans un éditorial publié ce 24 mars 2026, le journaliste pose un diagnostic frontal : la succession du chef de l’État n’est pas une affaire de personnes, mais l’aboutissement logique d’un système politique arrivé à maturité — ou à épuisement.


Une transition sous contrôle ?


À mesure que l’échéance se rapproche, une tendance se dessine : le pouvoir en place ne chercherait pas à se réinventer, mais à se reproduire. L’hypothèse d’un Vice-président constitutionnellement positionné comme successeur naturel s’inscrirait dans cette logique.


Le profil recherché ? Une personnalité issue du sérail, rassurante pour les cercles dirigeants, garantissant continuité, loyauté et prévisibilité. Une transition maîtrisée, verrouillée, calibrée.


Mais l’histoire politique du Cameroun rappelle que les transitions sous contrainte génèrent souvent des turbulences inattendues.


La peur de l’ouverture


Selon Haman Mana, derrière cette stratégie de continuité se cache une inquiétude plus profonde : la crainte de l’ouverture politique et de la reddition des comptes. Après plusieurs décennies d’exercice du pouvoir, le passif accumulé pèserait lourd dans les calculs des élites dirigeantes.


Dans ce contexte, le pouvoir ne serait plus perçu comme un mandat temporaire confié par le peuple, mais comme un dispositif de protection et de survie politique.


Un pays transformé


Or, le Cameroun de 2026 n’est plus celui des années post-indépendance. Avec plus de 35 millions d’habitants, une majorité de jeunes, connectés, exposés aux standards démocratiques mondiaux, le maintien d’un système fondé sur l’exclusion et la captation des ressources apparaît de plus en plus déphasé.


La pression démographique, le chômage massif, l’exode des compétences et la montée des attentes citoyennes changent radicalement la donne. Ce qui fonctionnait dans un contexte d’accès limité à l’information ne tient plus face à une jeunesse exigeante.


Une crise systémique


Pour l’éditorialiste, le débat ne doit pas se limiter à la forme de la succession. Le véritable enjeu réside dans la nature même de l’État camerounais.


Tant que celui-ci restera structuré autour de la distribution de prébendes, du clientélisme et d’un ordre public conçu comme finalité, toute réforme substantielle demeurera illusoire. Imaginer qu’un acteur façonné par ce système puisse en être le réformateur relève d’un pari hautement incertain.


Le paradoxe camerounais


Le Cameroun dispose d’atouts considérables : ressources naturelles abondantes, diversité culturelle, capital humain reconnu à l’international. Pourtant, ces forces demeurent sous-exploitées.


La diaspora incarne ce paradoxe : une énergie nationale contrainte de s’exprimer ailleurs faute d’espace et de perspectives internes. Le pays semble ainsi osciller entre potentiel immense et verrouillage structurel.


À la croisée des chemins


À l’heure où la question de la succession devient centrale, deux trajectoires se dessinent :



  • soit une refondation profonde rompant avec les logiques héritées de l’après-indépendance ;

  • soit la prolongation d’un modèle politique à bout de souffle.


Pour Haman Mana, la succession de Paul Biya ne peut être une simple transition administrative. Elle doit être une transformation structurelle. Faute de quoi, la réforme annoncée ne serait qu’un trompe-l’œil institutionnel.


Le débat sur la Vice-présidence ne fait que commencer. Mais il révèle déjà une chose : au-delà des individus, c’est l’architecture même du pouvoir au Cameroun qui est interrogée.




Cameroon: The Proposed Vice Presidency and the Political Strategy Behind Biya’s Succession


Yaoundé – March 24, 2026.
As discussions intensify around a potential constitutional amendment to create a Vice President position in Cameroon, the debate over President Paul Biya’s succession is entering a critical phase. According to journalist Haman Mana, publisher of Le Jour, the issue goes far beyond institutional reform — it reflects a strategy of power preservation.


In his March 24 editorial, Mana argues that Biya’s succession is not merely about personalities but about the logical outcome of a political system that has reached its structural limits.


A Controlled Transition?


The proposed Vice Presidency could serve as a constitutional mechanism to pre-designate a successor aligned with the ruling establishment. The preferred profile would likely be someone from within the inner circle — reassuring, loyal, and predictable.


However, Cameroon’s political history suggests that tightly managed transitions often generate instability.


Fear of Political Opening


Behind the push for continuity lies a deeper concern: accountability. After decades in power, segments of the political elite may prioritize security and continuity over structural reform. In this context, power shifts from being a public mandate to becoming a protective shield.


A Changing Country


Cameroon in 2026 is vastly different from its early post-independence years. With over 35 million inhabitants, a predominantly young and globally connected population, maintaining an exclusionary political model appears increasingly unsustainable.


Demographic pressure, youth unemployment, brain drain, and rising civic awareness create a volatile equation.


A Systemic Issue


Mana stresses that the real issue is not the format of succession but the nature of the Cameroonian state itself. As long as governance remains structured around patronage networks and centralized control, meaningful reform will remain elusive.


Expecting a system insider to dismantle that same system may prove illusory.


A Nation at a Crossroads


Cameroon stands at a decisive moment: either embark on genuine institutional transformation or extend a political model that many view as exhausted.


For Mana, the succession must be more than a procedural shift. It must redefine governance. Otherwise, constitutional reform risks becoming a mere façade.


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Ange NGO

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