Derrière cette performance quantitative, le signal envoyé par le Trésor public est plus nuancé. Les levées de fonds, réalisées à travers les bons du Trésor assimilables (BTA) et les obligations du Trésor assimilables (OTA), se sont opérées dans un environnement nettement plus contraignant qu’auparavant.
Des taux d’intérêt en forte hausse
Le constat dressé par le ministre est sans équivoque : le coût de la dette intérieure s’est sensiblement alourdi. Entre 2020 et 2025, le taux d’intérêt moyen pondéré des BTA est passé de 2,67 % à 6,65 %, soit plus du double en cinq ans.
Dans le même temps, le prix moyen pondéré des OTA a reculé de 98,1 % à 95,23 %, traduisant une exigence accrue de rendement de la part des investisseurs. En clair, l’État camerounais doit désormais payer plus cher pour se financer sur le marché monétaire sous-régional.
Cette tension s’explique notamment par la concurrence accrue entre les États de la zone CEMAC, eux aussi en quête de ressources pour financer leurs budgets, ainsi que par un contexte macroéconomique marqué par un resserrement des conditions de liquidité.
Une demande en net repli
Plus préoccupant encore : la baisse drastique du taux de couverture des émissions camerounaises. Alors qu’en 2020, les investisseurs proposaient des montants représentant en moyenne 206,98 % des enveloppes sollicitées, ce ratio est tombé à 69,71 % en 2025.
Autrement dit, là où les offres dépassaient auparavant largement les besoins exprimés par l’État, elles ne couvrent désormais qu’un peu plus de la moitié des montants recherchés. Cette évolution réduit mécaniquement la marge de manœuvre du Trésor et complexifie la stratégie de financement public.
2026 : prudence et adaptation
Pour 2026, le programme d’émissions prévoit des emprunts nets de 400 milliards FCFA sur le marché monétaire. Un objectif qui nécessitera, selon Louis Paul Motazé, « lucidité et adaptation » face à des investisseurs devenus plus sélectifs et à un environnement financier plus exigeant.
La dynamique actuelle pose ainsi une équation stratégique : comment sécuriser les financements nécessaires au développement et à l’exécution budgétaire tout en maîtrisant le coût de la dette ?
Dans un contexte où la soutenabilité de la dette publique demeure un indicateur scruté par les partenaires techniques et financiers, le Cameroun devra conjuguer discipline budgétaire, crédibilité macroéconomique et attractivité financière pour maintenir la confiance du marché.
Cameroon Raises CFAF 1,318 Billion in 2025 on the BEAC Market — But at a Higher Cost
On February 19, 2026, in Douala, Cameroon’s Minister of Finance, Louis Paul Motazé, announced that the country raised CFAF 1,318.17 billion on the BEAC government securities market in 2025. The announcement was made during the presentation of the State’s 2026 financing program to investors.
While the amount mobilized is significant, borrowing conditions have clearly tightened. Issuances of Treasury bills (BTA) and Treasury bonds (OTA) were conducted under more challenging circumstances, marked by rising interest rates, lower subscription and coverage rates, and stronger competition from other CEMAC member states seeking financing.
Between 2020 and 2025, the weighted average interest rate on Treasury bills rose sharply from 2.67% to 6.65%. Over the same period, the weighted average price of Treasury bonds declined from 98.1% to 95.23%, reflecting higher yield demands from investors.
More concerning is the drop in the coverage ratio. In 2020, investor demand reached an average of 206.98% of the amounts sought by Cameroon. By 2025, this ratio had fallen to 69.71%, meaning investor offers now cover barely two-thirds of the targeted amounts.
For 2026, the government plans net borrowings of CFAF 400 billion on the regional money market. Achieving this objective will require strategic adaptation in an increasingly competitive and demanding financial environment.
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Mouahna Divine