Les opérateurs économiques spécialisés dans l\'importation des bières et autres jus de fruits ne décolèrent pas. Depuis plusieurs jours en effet, leurs containers sont bloqués au Port Autonome de Douala. Une situation qui fait suite au renchérissement des frais de dédouanement évoqués supra. Souffrant par ailleurs de capacité financière exiguë, les opérateurs économiques locaux ne peuvent tenir leurs engagements inhérents au paiement intégral exigé des frais de dédouanement.
Situation déplorable à plus d\'un titre tant elle émane de ce que les responsables des douanes camerounaises ont revu certains taux à la hausse, notamment les droits d\'actives qui sont passés de 14,5% à 25% en l\'espace de quelques mois seulement. Révision d\'autant plus inique qu\'elle ne semble obéir à aucune disposition réglementaire. Au demeurant, ladite situation devient plus alarmante au su de la discrimination de fait dont les opérateurs locaux font l\'objet, par rapport aux multinationales évoluant dans les mêmes secteurs qu\'eux. Sinon, comment expliquer que pour les opérateurs locaux, lesdits responsables des douanes en soient à appliquer la facturation sur la base de la valeur mercuriale? Une valeur pourtant arbitrairement accordée à une marchandise donnée, en lieu et place de ce qui est requis. A savoir la valeur transactionnelle, en l\'occurrence la valeur commerciale de la marchandise calculée à partir de son point de départ pour les multinationales. Le prétexte avancé ici, pour justifier cette mesure, est que les valeurs des marchandises présentées par les opérateurs économiques locaux ne correspondraient pas toujours aux valeurs commerciales des marchandises calculées à son point de départ. Un argument qui ne fait pas l\'unanimité dans les milieux d\'affaires de la métropole économique du pays.
Discrimination
Pour prouver cette injustice, les opérateurs économiques locaux en veulent pour preuve, le protocole d\'accord qui lie par exemple la Direction générale des Douanes camerounaises et la société Guinness Cameroun S.A. et d\'après ledit document en question, les deux structures ont manifesté «leur volonté de collaborer pour le développement des importations au Cameroun de certaines bières et boissons alcoolisée, commercialisées par le groupe «Diageo». Et quand bien même ces derniers clament que ce protocole d\'accord s\'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du partenariat Douane-entreprises», il ne fait point de doute qu\'il s\'agit là d\'un avantage indu concédant au groupe Diageo, des gains d\'opportunité certains et assurant par ricochet, une plus grande compétitivité à leurs produits dans la filière des boissons évoquées supra. L\'article 1er de ce document souligne que le «présent protocole vise à organiser la prise en charge douanières des importations de la société Guinness S.A.». Il s\'agit spécifiquement précise-t-on, de définir de concert avec la douane, les conditions formelles d\'application et de contrôle de la valeur transactionnelle sur les importations susvisées; concevoir une procédure efficace de traçabilité des-dits produits importés; sécuriser les recettes issues de ces opérations; définir un dispositif d\'accompagnement garantissant une protection efficace contre les importations frauduleuses et des contrefaçons éventuelles des-dits produits par des tiers».
Ce protocole d\'accord Douanes camerounaises et la société Guinness Cameroun S.A. couvre les produits tels que la bière internationale de marque Windhoek pour ce qui concerne le volet bière, des boissons spiritueuses et whiskies produits ou commercialisés par le groupe Diageo, ou tout autre produit du même type préalablement agréé par les deux parties. Il apparaît donc qu\'au regard de ce document, Diageo devrait être classé dans la catégorie des autres importateurs nationaux. Pourtant tel n\'est pas le cas. Ledit groupe bénéficie de passe-droits qui sont de nature à mettre en déroute ses différents concurrents, dans chacun des segments où opère celui-ci. Aussi comprend-on aisément pourquoi cette disposition de la Direction générale des Douanes camerounaises est fortement dénoncée par de nombreux opérateurs économiques locaux. Ce d\'autant plus que ces derniers n\'ont jamais pu bénéficier de la moindre sollicitude de la Direction des douanes quand il s\'agit des marchandises importées par lesdits opérateurs économiques locaux. Au-delà, les mêmes multinationales bénéficient de conditions d’enlèvement plutôt avantageuses: au travers notamment des entrepôts fictifs sous douane, contrairement aux opérateurs locaux, astreints au règlement intégral des frais de dédouanement assortis d\'enlèvement immédiat pour les opérateurs économiques locaux. Face à tous ces travers et astreintes, plusieurs containers contenant des produits variés sont actuellement en souffrance au Port Autonome de Douala.
Reculs opérationnels
A côté de cela, les mêmes opérateurs économiques locaux relèvent aussi le mode de calcul en douane qui n\'est pas du tout respecté au moment du dédouanement. Malgré les directives du Ministre des Finances, le dédouanement des marchandises se fait toujours sur la base de l\'ancien mode de calcul qui avait été mis en place par Polycarpe Abah Abah, alors Ministre de l\'Economie et des Finances, ceci pour booster l\'économie camerounaise dans la perspective de l\'atteinte du point d\'achèvement de l\'initiative Ppte. C’est ainsi qu\'on calcule les impôts sur les impôts. Ce qui d\'une manière ou d\'une autre, contribue à gonfler le prix de revient de la marchandise et induit un recul quant à l\'arrimage de nos services douaniers aux dispositions y afférentes de l\'Organisation Mondiale de la Douane qui entend toujours faire de cette administration l\'un des principaux catalyseurs de la croissance globale des états membres. Or, en maintenant un tel mode de calcul, il ne fait point de doute que la douane camerounaise influe sur le volume des importations et partant, sur le niveau de consommation globale qui de fait, actionne la croissance économique. Et quand bien même cela se sera récemment traduit par un toilettage des dispositions relatives au changement dudit mode de calcul au travers de la Loi des finances 2008, le retard pris pour les faire appliquer sur le terrain, confortent les plaignants dans leurs récriminations à l\'encontre de l\'administration douanière camerounaise.
Lenteurs - Dédouanement des marchandises: des centaines de containers bloqués au Port de Douala.
Le prix du dédouanement des marchandises a été revu à la hausse, en dépit des directives du Ministre des Finances et de l\'organisation mondiale des Douanes. Toutes choses qui y ont engendré le blocage de nombreux containers, au grand dam des récriminations conséquentes des opérateurs économiques locaux.