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Cameroun : le gouvernement serre la vis sur le bois brut, 91 essences désormais interdites à l’exportation

Le Cameroun accélère la fin des exportations de bois brut. Avec 91 essences désormais interdites à l’exportation, Yaoundé veut imposer la transformation locale avant l’échéance Cemac de 2028. Découvrez les enjeux économiques, industriels et environnementaux.

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Le Cameroun franchit un nouveau cap dans sa stratégie de transformation locale du bois. Par un arrêté signé le 28 avril 2026, le ministre des Forêts et de la Faune, Jules Doret Ndongo, a considérablement renforcé les restrictions sur les exportations de grumes, dans une logique de montée en puissance de l’industrie forestière nationale.


Désormais, 91 essences forestières sont interdites d’exportation sous forme de bois brut, contre 76 auparavant. Seules 23 essences restent encore autorisées sous le régime dit des « essences de promotion », moyennant le paiement d’une surtaxe sur les produits forestiers non transformés. Parmi elles, 14 appartiennent à la première catégorie et 9 à la deuxième catégorie.


Le cas de l’Azobé, également appelé Bongossi, devient encore plus encadré. Son exportation sera désormais soumise à un système de quotas attribués directement par le ministère des Forêts et de la Faune.


Une stratégie régionale déjà engagée


Cette décision du gouvernement camerounais s’inscrit dans une dynamique régionale portée par la Cemac et la République démocratique du Congo. Lors du Conseil des ministres tenu à Bangui le 23 février 2024, les États de la sous-région avaient validé le principe d’une interdiction progressive des exportations de grumes, avec une échéance finale fixée au 1er janvier 2028.


Depuis le 1er janvier 2025, les pays membres ont commencé à appliquer ce calendrier de restriction graduelle. L’arrêté du 28 avril 2026 apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans la mise en œuvre de cette politique communautaire.


L’objectif affiché est clair : réduire les exportations de bois brut et pousser les industriels à transformer davantage le bois localement avant exportation.


Le Cameroun veut capter plus de valeur ajoutée


Au-delà de la dimension environnementale, Yaoundé poursuit surtout une ambition économique et industrielle. Le gouvernement veut faire évoluer la filière forestière d’un simple modèle d’exportation de matières premières vers une chaîne de valeur plus intégrée.


Depuis plusieurs années, les autorités multiplient les mesures pour rendre les exportations de grumes moins attractives. Entre 2017 et 2024, le droit de sortie applicable au bois brut est passé de 17,5% à 75% de la valeur FOB.


Dans le même temps, l’État tente de stimuler la transformation locale grâce à plusieurs incitations, notamment des exonérations fiscales sur certains équipements industriels destinés à la transformation du bois, mais aussi l’aménagement de 224 hectares de zones industrielles spécialisées dans la région de l’Est.


L’enjeu est stratégique : produire davantage de sciages, de placages, de meubles et d’autres produits à forte valeur ajoutée capables de générer plus d’emplois, plus d’investissements et davantage de recettes fiscales pour l’économie nationale.


Les exportations de grumes en forte baisse


Les premiers effets de cette politique commencent déjà à se refléter dans les statistiques du commerce extérieur.


Selon des données compilées à partir du rapport 2025 de l’Institut national de la statistique (INS), les exportations camerounaises de grumes ont chuté à 349 611 tonnes en 2025, soit une baisse de plus de 100 000 tonnes sur un an.


Ce volume représente le niveau le plus faible enregistré au cours des cinq dernières années. Entre 2021 et 2024, les exportations oscillaient encore entre environ 475 401 tonnes et 958 300 tonnes.


Parallèlement, les sciages continuent de dominer les exportations du secteur bois, signe que la première transformation gagne progressivement du terrain dans le modèle exportateur camerounais.


Des défis industriels encore énormes


Mais derrière cette ambition industrielle, plusieurs défis majeurs demeurent. Car limiter les exportations de bois brut ne suffit pas automatiquement à créer une industrie forestière performante.


La réussite de cette transition dépendra fortement de la capacité des entreprises locales à investir dans des unités modernes de transformation, mais aussi à faire face aux contraintes énergétiques, logistiques et financières qui pèsent encore sur le secteur.


La question du contrôle reste également centrale. Plus les restrictions augmentent, plus le risque de fraude, de contrebande et de circuits parallèles peut s’intensifier si les mécanismes de traçabilité et de surveillance ne suivent pas.


Pour les autorités camerounaises, le véritable défi consiste désormais à rendre crédible et rentable l’alternative industrielle avant l’échéance de 2028.


Une mutation profonde de la politique forestière


Au fond, le Cameroun assume progressivement un changement majeur de doctrine économique dans le secteur forestier. Le pays accepte de réduire progressivement les revenus immédiats issus de l’exportation brute pour tenter de construire une filière bois plus industrialisée et plus créatrice de valeur locale.


À mesure que la date du 1er janvier 2028 approche, une interrogation domine désormais le débat économique : l’appareil industriel camerounais sera-t-il réellement prêt à absorber et transformer localement une part beaucoup plus importante de la production forestière nationale ?


Car au-delà des interdictions, c’est bien la capacité du pays à industrialiser durablement sa filière bois qui déterminera le succès — ou les limites — de cette stratégie.




Cameroon Tightens Grip on Raw Timber Exports as 91 Wood Species Are Now Banned


Cameroon has taken a major new step in its strategy to reduce raw timber exports and accelerate local wood processing. In a decree signed on April 28, 2026, the Minister of Forestry and Wildlife, Jules Doret Ndongo, updated the list of exportable timber species in log form.


As a result, the number of banned wood species has increased from 76 to 91. Only 23 species remain eligible for export under the so-called “promotion species” regime, subject to additional taxes on unprocessed forest products.


The Azobé/Bongossi species will now face a special export regime, with quotas directly allocated by the Ministry of Forestry.


This move is part of a broader regional strategy adopted by CEMAC countries and the Democratic Republic of Congo during a ministerial meeting held in Bangui on February 23, 2024. The bloc agreed on a gradual ban on log exports, with a full prohibition scheduled for January 1, 2028.


Cameroon’s objective is clear: reduce raw timber exports and boost local industrial transformation. Over recent years, the government has significantly increased export taxes on logs, raising the rate from 17.5% in 2017 to 75% of FOB value in 2024.


At the same time, authorities introduced incentives to encourage domestic wood processing, including tax exemptions on industrial equipment and the allocation of 224 hectares of industrial zones in the East region.


According to data from Cameroon’s National Institute of Statistics (INS), log exports fell sharply to 349,611 tons in 2025, down by more than 100,000 tons year-on-year and marking the lowest level in five years.


Meanwhile, processed wood products such as sawn timber continue to dominate the country’s forestry exports, reflecting a gradual shift toward value-added production.


However, major challenges remain. Cameroon still faces industrial, energy, logistics and financing constraints that could slow the transition. Authorities must also strengthen traceability and anti-smuggling controls as export restrictions tighten.


Ultimately, Cameroon is making a strategic economic bet: sacrificing part of its raw export revenues in the hope of building a stronger and more integrated domestic wood industry before the 2028 deadline.



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Mouahna Divine

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