RDC : Kabila lance ses rebelles à l'assaut du pouvoir, la guerre embrase l'Est — et Ebola frappe encore
Kinshasa — Le ciel de l'Est de la République démocratique du Congo s'est une nouvelle fois embrasé. Ce jeudi, les unités de l'armée congolaise ont lancé une offensive d'envergure contre les positions du Front pour la refondation de la nation (FRN), la coalition rebelle dirigée par l'ancien président Joseph Kabila, dans le territoire de Walungu, au Sud-Kivu. Au même moment, un soignant britannique infecté par le virus Ebola s'apprête à être évacué d'urgence vers le Royaume-Uni — premier cas étranger de cette épidémie qui ne cesse de prendre de l'ampleur.
Le FRN entre en scène : Walungu sous les obus
D'après les informations relayées par le site Actualité, les combats font rage dans les localités de Nzibira, Lutunkulu, Kaniola, Nyamarege et Tshishadu, ainsi que sur les collines environnantes. Plusieurs axes routiers stratégiques du district sont désormais coupés, compliquant l'accès humanitaire et la fuite des civils.
Le FRN n'est pas un acteur improvisé. Créé il y a à peine trois semaines, ce mouvement est venu remplacer l'Alliance fleuve Congo (AFC), dissoute. Les groupes qui composaient l'AFC — dont le Mouvement du 23 mars (M23) — ont tous rallié le FRN. Et l'objectif fixé par Kabila est sans ambiguïté : renverser le gouvernement actuel de Félix Tshisekedi.
Cette ambition se nourrit d'un contexte judiciaire et diplomatique explosive. En septembre 2025, un tribunal militaire de la RDC a condamné Joseph Kabila par contumace à la peine de mort pour haute trahison, crimes de guerre et collaboration avec le M23. Des sanctions personnelles américaines frappent également l'ancien chef de l'État. Mais ni le verdict ni les sanctions n'ont entamé sa capacité de nuisance dans l'Est : l'absorption du M23 dans le FRN en dit long sur l'ampleur de la menace.
Ebola : un soignant britannique évacué, un bilan qui donne froid dans le dos
Pendant que les armes parlent à l'Est, un ennemi invisible continue de faucher des vies à travers le pays.
Un professionnel de santé britannique, déployé en RDC par une organisation humanitaire pour lutter contre l'épidémie, a été infecté par le virus Ebola. Son état est stable. Il doit être évacué vers le Royaume-Uni, où il sera pris en charge dans une unité spécialisée dans les maladies infectieuses à haut risque. Selon Reuters, qui cite un porte-parole du gouvernement britannique, le risque pour la population britannique reste faible et ce cas ne devrait avoir aucune incidence sur le commerce international ni sur le tourisme.
Mais le tableau global est autrement plus sombre. L'épidémie actuelle, causée par le virus Bundibugyo — un virus rare contre lequel il n'existe ni médicament ni vaccin certifiés par l'OMS — a été déclarée en RDC en mai 2026. Selon l'Institut national de santé publique (INSP), le pays compte à ce jour 10 668 cas confirmés et 5 198 décès, soit une létalité de 48,7 %. L'épicentre reste la province de l'Ituri, qui concentre 70,2 % des cas. L'épidémie a touché 67 des 178 zones de santé dans huit provinces.
La contagion dépasse désormais les frontières congolaises. Le Kenya a signalé neuf cas confirmés et deux décès, dont une femme de 65 ans morte le 23 octobre. Le Nigeria a fait état d'un cas, tandis qu'en Ouganda, 20 cas dont deux mortels avaient été enregistrés entre mai et juin, avant que l'OMS ne déclare la fin de l'épidémie à la fin du mois d'août. En octobre, l'épouse d'un diplomate suisse avait été évacuée du Nigeria vers Genève après confirmation de son infection. En juin, un médecin français revenu d'une mission humanitaire en RDC avait également été contaminé.
Depuis l'identification du virus en 1976, aucune épidémie n'avait progressé aussi vite sur le continent, selon les spécialistes.
Analyse : une double guerre pour Kinshasa
Pour le gouvernement de Félix Tshisekedi, la donne est claire : il faut tenir sur deux fronts simultanément.
Sur le plan militaire, l'offensive de Walungu vise à démontrer que l'armée reprend la main à l'Est. Mais la fusion du M23 et des autres groupes de l'AFC au sein du FRN signifie que l'adversaire dispose désormais d'une plateforme politique et militaire unifiée, incarnée par un ancien président qui connaît parfaitement les rouages de l'État.
Sur le plan sanitaire, l'absence de vaccin contre le virus Bundibugyo, combinée à l'insécurité qui paralyse l'accès aux soins dans l'Est, constitue une menace bien plus difficile à quantifier. Quand les routes sont coupées par les combats et que les centres d'isolement ferment pour raisons de sécurité, les chaînes de transmission deviennent impossibles à tracer.
La RDC de 2026 teste sa résilience de deux manières radicalement opposées : avec des balles, et avec un virus.
DR Congo: Kabila's Rebels Launch Assault on Power as War Engulfs the East — and Ebola Strikes Again
Fierce fighting in eastern DR Congo: Joseph Kabila's FRN rebels battle government forces in Walungu, roads cut. Meanwhile, a British medic infected with Ebola is urgently evacuated. Full coverage of a double crisis.
DR Congo: Kabila's Rebels Launch Assault on Power as War Engulfs the East — and Ebola Strikes Again
Kinshasa — The skies over eastern Democratic Republic of the Congo have once again been set ablaze. On Thursday, Congolese army units launched a major offensive against positions held by the Front for the Refoundation of the Nation (FRN), the rebel coalition led by former President Joseph Kabila, in the Walungu territory of South Kivu. At the same time, a British healthcare worker infected with the Ebola virus is preparing for an urgent evacuation to the United Kingdom — the first foreign case in an outbreak that shows no sign of slowing.
The FRN Takes the Stage: Walungu Under Fire
According to information relayed by the news site Actualité, fighting is raging in the localities of Nzibira, Lutunkulu, Kaniola, Nyamarege, and Tshishadu, as well as on the surrounding hills. Several strategic roads in the district have been cut, complicating humanitarian access and the flight of civilians.
The FRN is no improvised actor. Formed barely three weeks ago, it was created to replace the dissolved Alliance Fleuve Congo (AFC). The groups that made up the AFC — including the March 23 Movement (M23) — have all rallied to the FRN. And the objective set by Kabila leaves no room for ambiguity: to overthrow the current government of Félix Tshisekedi.
This ambition feeds on an explosive legal and diplomatic context. In September 2025, a DRC military court sentenced Joseph Kabila in absentia to death for high treason, war crimes, and collaboration with M23. Personal U.S. sanctions are also in force against the former head of state. But neither the verdict nor the sanctions have dented his capacity to destabilize the East: the absorption of M23 into the FRN speaks volumes about the scale of the threat.
Ebola: British Medic Evacuated, a Toll That Sends Chills
While weapons speak in the East, an invisible enemy continues to cut lives short across the country.
A British healthcare professional, deployed to the DRC by a humanitarian organization to fight the outbreak, has been infected with the Ebola virus. His condition is stable. He is due to be evacuated to the United Kingdom, where he will be treated in a specialized high-risk infectious disease unit. According to Reuters, citing a British government spokesperson, the risk to the British population remains low and the case should have no impact on international trade or tourism.
But the global picture is far darker. The current outbreak, caused by the Bundibugyo virus — a rare pathogen for which no medicine or vaccine has been certified by the WHO — was declared in the DRC in May 2026. According to the National Institute of Public Health (INSP), the country has recorded 10,668 confirmed cases and 5,198 deaths, a case fatality rate of 48.7%. The epicenter remains Ituri Province, which accounts for 70.2% of cases. The outbreak has affected 67 of the country's 178 health zones across eight provinces.
Contagion now extends beyond Congolese borders. Kenya has reported nine confirmed cases and two deaths, including a 65-year-old woman who died on October 23. Nigeria has reported one case, while Uganda recorded 20 cases, two of them fatal, between May and June, before the WHO declared the end of the outbreak there in late August. In October, the wife of a Swiss diplomat was evacuated from Nigeria to Geneva after her infection was confirmed. In June, a French doctor returning from a humanitarian mission in the DRC was also infected.
Since the virus was first identified in 1976, no outbreak has spread so fast on the continent, according to specialists.
Analysis: A Two-Front War for Kinshasa
For Félix Tshisekedi's government, the situation is clear: it must hold the line on two fronts simultaneously.
On the military front, the Walungu offensive aims to demonstrate that the army is regaining the upper hand in the East. But the merger of M23 and other AFC groups into the FRN means the adversary now has a unified political and military platform, embodied by a former president who knows the machinery of the state inside out.
On the health front, the absence of a vaccine against the Bundibugyo virus, combined with the insecurity paralyzing access to care in the East, poses a threat far harder to quantify. When roads are cut by fighting and isolation centers close for security reasons, transmission chains become impossible to trace.
The DRC of 2026 is testing its resilience in two radically opposed ways: with bullets, and with a virus.
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Didier Cebas K.