Le Nigeria a frappé deux grands coups cette semaine. D'un côté, le palais royal de Benin City attend le retour de plus de 40 pièces volées par les troupes britanniques en 1897, restituées par la Suède. De l'autre, l'homme d'affaires Aliko Dangote a officiellement lancé, à Walvis Bay, un projet de stockage et de transport de produits pétroliers estimé à 2,5 milliards de dollars. Deux actualités, deux visages d'un même pays qui veut reprendre la main sur son histoire et sur son économie.
Les trésors du palais reviennent
C'est la chaîne Arise News qui a relayé l'information, citant un descendant des souverains, Omo n'Oba n'Edo, Oba Ewuare II. Selon le souverain, les pièces volées dans le palais de ses ancêtres en 1897 arriveront dans les prochains jours à Benin City, dans le sud-ouest du Nigeria. La remise officielle des trésors restitués par Stockholm se tiendra à Lagos, capitale économique du pays.
Le détail qui change tout : cette fois, le transfert de propriété juridique et la remise physique des objets se feront en même temps. Fini les promesses sans livraison. Le roi l'a dit sans détour devant le président de la commission nationale antidrogue, Bouba Malwa, reçu au palais.
Cette victoire n'est pas tombée du ciel. Le combat remonte à loin. Le grand-père d'Ewuare II a lancé les premières démarches. Son père a poursuivi le dossier. Lui-même, quand il était ambassadeur du Nigeria en Suède, en Norvège et au Danemark, a eu l'occasion de plaider directement auprès du roi de Suède. Il raconte qu'un entretien protocolaire de deux ou trois minutes s'est transformé en plus de douze minutes de discussion. C'est dans ce laps de temps que la cause a avancé.
Ce n'est pas le premier retour du genre. En juin dernier, la Suisse avait déjà rendu 18 pièces au Nigeria. Mais avec plus de 40 objets, la restitution suédoise compte parmi les plus importantes de ces dernières années.
Rappelons ce que sont ces pièces. Les bronzes du Bénin désignent une collection de plus d'un millier de statuettes raffinées, réalisées par des maîtres fondeurs et conservées dans le palais du souverain. Les troupes coloniales britanniques les ont découvertes et emportées lors de la prise du palais en 1897. Elles ont ensuite rejoint des musées du monde entier et des collections privées. Les historiens datent ces figurines, considérées comme l'un des plus parfaits exemples de fonte artistique, des XIIIe-XVIe siècles.
Héritier d'un puissant empire forestier d'Afrique de l'Ouest médiévale, le royaume du Bénin a connu son apogée au XVe siècle. Les premiers obas de cet État fondé au XIIe siècle étaient originaires d'Ife, ville sacrée du peuple yoruba, l'un des plus importants du Nigeria.
Pour le souverain, l'enjeu dépasse largement les vitrines de musée. Il parle de restauration de l'histoire, de l'identité et de la dignité du peuple béninois.
Dangote pose ses billes en Namibie
Pendant ce temps, à Walvis Bay, Aliko Dangote, première fortune d'Afrique, a lancé son projet de transport et de stockage de produits pétroliers en Namibie, estimé à 2,5 milliards de dollars. C'est le site d'information La Nouvelle Tribune qui rapporte l'information.
Le projet prévoit la construction d'installations de stockage de carburants d'une capacité totale de 600 millions de litres, dont 360 millions réservés au gazole. Les travaux devraient durer de 18 à 20 mois, selon l'homme d'affaires.
Mettez ce chiffre en perspective : les installations actuelles de la société publique namibienne Namcor totalisent 75 millions de litres. Le terminal de Dangote serait huit fois plus grand.
Le projet prévoit également la construction d'un pipeline de 1 700 km reliant Walvis Bay au Botswana, au Zimbabwe et à la Zambie. Celui-ci pourrait ensuite être prolongé jusqu'en République démocratique du Congo (RDC). Attention toutefois : le tracé final et la longueur exacte du pipeline restent soumis aux études d'ingénierie et aux autorisations réglementaires. Il s'agit d'une proposition, pas encore d'un chantier engagé.
La présidente namibienne, Netumbo Nandi-Ndaitwah, a souligné la logique stratégique du projet : dans un contexte de tensions géopolitiques qui secouent le marché pétrolier mondial et fragilisent les routes maritimes, les infrastructures portuaires de Walvis Bay et les corridors de transport existants donnent à la Namibie un avantage naturel pour devenir un hub de distribution de carburants dans la région. Elle a aussi exigé que les emplois générés profitent d'abord aux Namibiens, ensuite aux autres citoyens africains.
Le 28 septembre, Aliko Dangote avait annoncé son intention de porter les bénéfices annuels de Dangote Group à 35 milliards de dollars d'ici à 2030 et d'investir 8 milliards de dollars dans la construction d'une usine de liquéfaction de gaz à Lamu, au Kenya. Au total, les nouveaux investissements de l'homme d'affaires sur le continent africain devraient atteindre près de 50 milliards de dollars d'ici à 2030.
Selon Aliko Dangote, son groupe entend également étendre ses activités à plusieurs pays africains, notamment l'Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie et la Namibie.
Pourquoi ces deux nouvelles vont ensemble
À première vue, la restitution d'objets d'art et la construction de terminaux pétroliers n'ont rien en commun. Pour le Nigeria, pourtant, les deux racontent la même chose : un pays qui refuse de subir son passé et qui veut peser sur son avenir.
Le retour des bronzes corrige une injustice historique. Chaque pièce qui rentre au pays redessine la réponse à une question simple : à qui appartient la mémoire africaine ? Le terminal de Dangote à Walvis Bay, lui, comble un vide d'infrastructures qui oblige depuis trop longtemps les économies africaines à commercer vers l'extérieur plutôt qu'entre elles.
Le roi attend le colis de Stockholm. Dangote a déjà posé la première pierre. Deux chantiers, une même ambition.
40 royal treasures leave Sweden for Nigeria — as Dangote puts $2.5 billion on the table in Namibia
Nigeria's Benin Kingdom is getting back more than 40 artefacts looted in 1897, with Sweden sending them home to Benin City. At the same time, Aliko Dangote has launched a $2.5 billion petroleum project in Namibia. Two sides of one Nigerian ambition.
Nigeria hit two major notes this week. On one side, the royal palace of Benin City is waiting for the return of more than 40 pieces looted by British troops in 1897, now being restituted by Sweden. On the other, businessman Aliko Dangote has officially launched a petroleum storage and transport project in Walvis Bay, valued at $2.5 billion. Two stories, two faces of a country determined to take back control of its history and its economy.
The palace treasures are coming home
Arise News reported the development, citing a descendant of the royal line, Omo n'Oba n'Edo, Oba Ewuare II. According to the monarch, the pieces looted from his ancestors' palace in 1897 will arrive in Benin City, in south-western Nigeria, within days. The official handover of the treasures restituted by Stockholm will take place in Lagos, the country's economic capital.
The detail that changes everything: this time, the transfer of legal ownership and the physical handover of the objects will happen at the same time. No more promises without delivery. The king said it plainly during a palace meeting with the chairman of the National Drug Law Enforcement Agency, Buba Marwa.
This victory did not fall from the sky. The fight goes back a long way. Ewuare II's grandfather launched the first efforts. His father kept the file alive. And he himself, while serving as Nigeria's ambassador to Sweden, Norway and Denmark, had the chance to plead the case directly with the King of Sweden. He recalls that a protocol meeting scheduled for two or three minutes stretched into more than twelve minutes of discussion. That is where the cause moved forward.
This is not the first return of its kind. Last June, Switzerland had already handed back 18 pieces to Nigeria. But with more than 40 objects, the Swedish restitution ranks among the most significant in recent years.
A reminder of what these pieces are. The Benin Bronzes refer to a collection of more than a thousand refined statuettes, crafted by master casters and kept in the sovereign's palace. British colonial troops discovered and carried them off when they seized the palace in 1897. They later ended up in museums around the world and in private collections. Historians date these figures, considered among the finest examples of artistic metal casting, to the 13th-16th centuries.
Heir to a powerful medieval West African forest empire, the Kingdom of Benin reached its peak in the 15th century. The first obas of this state, founded in the 12th century, came from Ife, the sacred city of the Yoruba people, one of Nigeria's largest groups.
For the monarch, the stakes go far beyond museum display cases. He speaks of restoring the history, identity and dignity of the Benin people.
Dangote places his bets in Namibia
Meanwhile, in Walvis Bay, Aliko Dangote, Africa's richest man, launched his petroleum storage and transport project in Namibia, valued at $2.5 billion. The news site La Nouvelle Tribune reported the development.
The project plans fuel storage facilities with a total capacity of 600 million litres, including 360 million litres reserved for diesel. Construction is expected to take 18 to 20 months, according to the businessman.
Put that figure in perspective: the current facilities of Namibia's state-owned Namcor total 75 million litres. Dangote's terminal would be eight times larger.
The project also includes a 1,700 km pipeline linking Walvis Bay to Botswana, Zimbabwe and Zambia. It could later be extended to the Democratic Republic of Congo (DRC). A caveat, though: the final route and exact length of the pipeline remain subject to engineering studies and regulatory approvals. It is a proposal, not yet a committed build.
Namibian President Netumbo Nandi-Ndaitwah stressed the project's strategic logic: in a context of geopolitical tensions shaking the global oil market and weakening maritime routes, Walvis Bay's port infrastructure and existing transport corridors give Namibia a natural advantage to become a regional fuel distribution hub. She also demanded that the jobs created benefit Namibians first, then other African citizens.
On 28 September, Aliko Dangote had announced his intention to raise Dangote Group's annual profits to $35 billion by 2030 and to invest $8 billion in building a gas liquefaction plant in Lamu, Kenya. In total, the businessman's new investments on the African continent should reach nearly $50 billion by 2030.
According to Aliko Dangote, his group also intends to expand its operations to several African countries, including Ethiopia, Kenya, Tanzania and Namibia.
Why these two stories belong together
At first glance, art restitution and petroleum terminals have nothing in common. For Nigeria, however, both tell the same story: a country that refuses to endure its past and wants to shape its future.
The return of the bronzes corrects a historical injustice. Every piece that comes home redraws the answer to a simple question: who owns African memory? Dangote's terminal in Walvis Bay, for its part, fills an infrastructure gap that has for too long forced African economies to trade outward rather than with each other.
The king waits for Stockholm's shipment. Dangote has already laid the first stone. Two projects, one ambition.
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Moussa Nassourou