CDEC : 80 % des investissements placés dans la dette camerounaise, un virage vers la diversification annoncé en 2028
La Caisse des dépôts et consignations du Cameroun (CDEC) mise massivement sur la dette publique nationale. Plus de 80 % de ses investissements sur le marché financier sont orientés vers les titres émis par l'État camerounais, selon les chiffres présentés le 30 octobre 2026 à Yaoundé. Sur les neuf premiers mois de l'année, l'institution a réalisé 61,2 milliards de FCFA de transactions en valeur nominale. Mais cette forte concentration pourrait progressivement évoluer. La CDEC prévoit de porter à plus de 20 % la part de ses placements réalisés en dehors des titres publics camerounais à l'horizon 2028. Un changement stratégique qui intervient dans un marché régional confronté à une saturation progressive et à une demande moins soutenue pour la dette souveraine.
61,2 milliards de FCFA de transactions en neuf mois : la CDEC renforce sa présence sur le marché financier
La CDEC prend progressivement du poids sur le marché des titres publics de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). Depuis le lancement de ses opérations de placement en décembre 2024, l'institution a considérablement accéléré son activité.
Les chiffres présentés lors de son déjeuner de presse du 30 octobre 2026 à Yaoundé témoignent de cette montée en puissance. Après un premier investissement de 9 milliards de FCFA en décembre 2024, la Caisse a réalisé 60 milliards de FCFA d'opérations en 2025, puis 61,2 milliards de FCFA entre janvier et septembre 2026.
Il s'agit de volumes de transactions en valeur nominale et non de la valeur totale des titres encore détenus dans le portefeuille de la CDEC. Cette distinction est importante : les opérations réalisées sur une période peuvent inclure des achats et des ventes successifs et ne permettent donc pas, à elles seules, de mesurer l'évolution réelle du patrimoine financier de l'institution.
Cette progression confirme néanmoins l'installation de la CDEC parmi les investisseurs institutionnels actifs sur le marché régional de la dette publique.
La dette de l'État camerounais absorbe plus de 80 % des placements
La particularité de la stratégie actuelle de la CDEC réside dans la forte concentration de ses investissements sur les titres publics camerounais.
En 2025, selon les données de la Direction de la Trésorerie du ministère des Finances, l'institution avait investi 59,65 milliards de FCFA dans les titres publics. Sur cette enveloppe, 51,15 milliards de FCFA avaient été consacrés aux souscriptions sur le marché primaire, contre 8,5 milliards sur le marché secondaire.
Cette performance lui avait permis de décrocher le prix du meilleur investisseur institutionnel du Cameroun en 2025, devant la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), qui avait occupé la première place en 2024.
La distinction entre les deux compartiments du marché est essentielle pour comprendre le rôle économique de ces investissements.
Sur le marché primaire, la CDEC souscrit directement aux émissions de bons et d'obligations du Trésor. Ces opérations permettent à l'État de mobiliser de nouvelles ressources pour financer ses besoins budgétaires et ses engagements financiers.
Sur le marché secondaire, en revanche, la Caisse achète des titres déjà émis et détenus par d'autres investisseurs. Ces transactions favorisent la liquidité et la circulation des valeurs du Trésor, mais ne procurent pas directement de nouveaux financements au Trésor camerounais.
La stratégie de la CDEC contribue ainsi au financement de l'État tout en participant à l'animation du marché financier régional.
Cameroun : 2 184 milliards de FCFA de titres publics en circulation
La forte exposition de la CDEC à la dette camerounaise intervient dans un contexte d'expansion du marché des titres publics de la CEMAC.
Selon les statistiques de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), publiées le 2 novembre 2026, l'encours des valeurs du Trésor camerounais s'élevait à 2 184,4 milliards de FCFA au 30 septembre 2026.
Ce montant représente 19,8 % de l'ensemble des titres publics en circulation dans la sous-région, dont l'encours global atteignait 11 016,7 milliards de FCFA.
Le poids du Cameroun sur le marché régional des titres publics
2 184,4 milliards
FCFA de titres du Trésor camerounais en circulation au 30 septembre 2026
19,8 %
Part du Cameroun dans la CEMAC
Encours régional total
11 016,7 milliards FCFA
Cette progression de l'endettement sur le marché régional pose toutefois la question de la capacité d'absorption des investisseurs.
Dans son rapport sur les consultations de 2026 au titre de l'article IV, publié en avril, le Fonds monétaire international (FMI) avait déjà alerté sur la saturation progressive du marché régional. L'institution financière internationale relevait également une diminution de l'appétit des investisseurs pour les titres camerounais.
Parmi les facteurs de préoccupation figure la forte exposition des banques locales à la dette souveraine. Le FMI recommande notamment d'élargir la base des investisseurs et de développer davantage le marché secondaire afin d'améliorer le fonctionnement et la résilience du marché régional.
Les dernières statistiques de la BEAC confirment les tensions sur la demande. En septembre 2026, le taux régional de souscription aux émissions s'établissait à 70,99 %, contre 76,48 % en août.
Autrement dit, les investisseurs ne souscrivent plus systématiquement à la totalité des montants proposés par les États de la sous-région.
La CDEC veut réduire sa dépendance aux titres camerounais
C'est dans cet environnement que la CDEC envisage de revoir progressivement la répartition de ses placements.
L'institution a déjà commencé, en 2026, à investir dans les titres publics d'autres pays de la CEMAC. Cette ouverture doit lui permettre de réduire sa dépendance à un seul émetteur souverain et de mieux répartir les risques associés à ses investissements.
L'objectif annoncé est de consacrer, à fin 2028, plus de 20 % des placements à des supports autres que les titres publics de l'État camerounais.
Cette diversification constitue un changement stratégique important. En concentrant actuellement plus de 80 % de ses investissements sur la dette nationale, la CDEC reste fortement exposée à la situation financière et aux capacités de remboursement du même État.
L'investissement dans les titres d'autres pays de la CEMAC permet de répartir cette exposition entre plusieurs émetteurs. Il ne supprime cependant pas les risques souverains, puisque les différents États de la sous-région peuvent être confrontés à des difficultés budgétaires, de liquidité ou de remboursement.
La diversification annoncée pourrait également conduire la Caisse à explorer progressivement d'autres catégories de placements, même si les supports précis et les montants envisagés n'ont pas été détaillés.
Des rendements de 6,5 % en 2026, mais un objectif moyen supérieur à 3 % en 2028
La recherche de rendement constitue un autre élément central de la stratégie d'investissement de la CDEC.
L'institution fait état de rendements indicatifs d'environ 6 % en 2025 et de 6,5 % en 2026. À l'horizon 2028, elle vise un rendement moyen supérieur à 3 % sur l'ensemble des ressources mobilisées.
Ces différents indicateurs doivent toutefois être interprétés avec prudence, car ils ne reposent pas nécessairement sur les mêmes bases de calcul. Le rendement des placements financiers ne doit notamment pas être confondu avec le rendement global des ressources collectées par la Caisse.
La CDEC doit en outre composer avec une contrainte particulière : les fonds qu'elle gère ne constituent pas tous des ressources librement immobilisables sur de longues périodes.
Au 30 septembre 2026, elle déclarait avoir encaissé 162,3 milliards de FCFA depuis le début de ses activités en 2023. Sur ce montant, 30,5 milliards avaient déjà été restitués aux bénéficiaires.
Le solde arithmétique entre les encaissements et les restitutions s'élevait donc à 131,8 milliards de FCFA. Il ne correspond cependant pas nécessairement aux liquidités disponibles pour de nouveaux investissements.
Une partie des sommes confiées à la CDEC doit rester mobilisable pour répondre aux demandes de restitution des ayants droit. La gestion des échéances, des besoins de liquidité et des risques de placement devient ainsi déterminante.
Un portefeuille dont la composition reste à préciser
Malgré les performances annoncées, plusieurs données essentielles manquent encore pour apprécier précisément la solidité de la stratégie financière de la CDEC.
L'institution n'a notamment pas communiqué la valeur exacte de son portefeuille de titres au 30 septembre 2026, sa répartition détaillée par pays émetteur ou encore sa ventilation selon les différentes échéances.
Ces informations permettraient de mesurer plus finement le niveau réel d'exposition de la Caisse à la dette camerounaise et sa capacité à réorienter ses placements vers d'autres supports.
La question est d'autant plus importante que la CDEC gère des ressources dont certaines peuvent être réclamées par leurs bénéficiaires. Elle doit donc concilier trois impératifs : préserver le capital, garantir la disponibilité des fonds et obtenir un rendement suffisant.
Avec 61,2 milliards de FCFA de transactions réalisées en neuf mois et une diversification de plus de 20 % annoncée à l'horizon 2028, la CDEC entre dans une nouvelle phase de son développement financier.
Mais dans un marché régional où le FMI alerte déjà sur la saturation de la demande de dette souveraine, le véritable enjeu ne sera plus seulement d'investir davantage. Il s'agira surtout de diversifier intelligemment les placements, sans compromettre la sécurité et la disponibilité des ressources confiées à l'institution.
Cameroon’s CDEC invests over 80% in government securities, plans diversification by 2028
Cameroon’s Deposits and Consignments Fund (CDEC) has allocated more than 80% of its investments in the financial market to securities issued by the Cameroonian government. According to its financial report presented on October 30, 2026, in Yaoundé, the institution carried out CFAF 61.2 billion in nominal-value transactions during the first nine months of the year.
However, the CDEC plans to reduce this concentration by increasing the share of investments made outside Cameroonian government securities to more than 20% by the end of 2028. This strategic shift comes as the regional public debt market faces growing saturation and weaker investor demand.
CFAF 61.2 billion in transactions in nine months: CDEC expands its market presence
The CDEC is gradually strengthening its position in the Central African Economic and Monetary Community (CEMAC) public securities market.
The institution began investing in December 2024 with CFAF 9 billion in transactions. Its activity increased to CFAF 60 billion in 2025, followed by CFAF 61.2 billion between January and September 2026.
These figures represent nominal transaction volumes, not the total value of securities still held in the CDEC's portfolio. Transactions over a given period may include successive purchases and sales and therefore cannot, on their own, establish the actual growth in the institution's investment portfolio.
Nevertheless, the figures confirm the CDEC's growing role among institutional investors in the regional public debt market.
Cameroonian government securities account for more than 80% of investments
The main feature of the CDEC's current investment strategy is its strong concentration in securities issued by the Cameroonian government.
According to data from the Treasury Department of the Ministry of Finance, the institution invested CFAF 59.65 billion in public securities in 2025.
Of this amount, CFAF 51.15 billion went into primary market subscriptions, while CFAF 8.5 billion was invested in the secondary market.
This performance earned the CDEC the award for Cameroon’s Best Institutional Investor in 2025, ahead of the National Social Insurance Fund (CNPS), which had received the distinction in 2024.
The distinction between the two market segments is important.
On the primary market, the CDEC subscribes directly to newly issued Treasury bills and bonds. These transactions provide the government with fresh financing to meet budgetary and financial obligations.
On the secondary market, the institution purchases securities that have already been issued and are held by other investors. These transactions support market liquidity and the circulation of government securities but do not directly provide new funding to the issuing government.
The CDEC therefore contributes both to government financing and to the development of the regional financial market.
Cameroon’s outstanding government securities reach CFAF 2,184.4 billion
The CDEC's strong exposure to Cameroonian government debt comes amid continued expansion of the CEMAC public securities market.
According to statistics published by the Bank of Central African States (BEAC) on November 2, 2026, the outstanding value of Cameroonian Treasury securities stood at CFAF 2,184.4 billion as of September 30, 2026.
This represented 19.8% of the CFAF 11,016.7 billion in public securities outstanding across the CEMAC region.
However, the expansion of the regional debt market is raising concerns about investors' capacity to absorb increasing government borrowing.
In its 2026 Article IV consultation report, published in April, the International Monetary Fund (IMF) warned of growing saturation in the regional market and declining investor appetite for Cameroonian securities.
The IMF also highlighted the significant exposure of local banks to sovereign debt. It recommended broadening the investor base and developing the secondary market to improve the resilience and functioning of the regional financial system.
BEAC statistics point to weakening demand. The regional subscription rate for public securities issuances fell to 70.99% in September 2026, compared with 76.48% in August.
This means investors are no longer consistently subscribing to the full amounts offered by governments in the region.
CDEC plans to reduce its exposure to Cameroonian government debt
Against this backdrop, the CDEC intends to gradually change the composition of its investments.
In 2026, the institution began investing in government securities issued by other CEMAC member states. This approach is intended to reduce dependence on a single sovereign issuer and spread investment risks across several countries.
The CDEC's target is to allocate more than 20% of its investments to assets other than Cameroonian government securities by the end of 2028.
This represents an important strategic shift. With more than 80% of its current investments concentrated in domestic public debt, the institution remains significantly exposed to the financial position and repayment capacity of the Cameroonian state.
Investing in securities issued by other CEMAC countries allows the CDEC to diversify its sovereign exposure. However, this does not eliminate sovereign risk, as other countries in the region may also face budgetary, liquidity or repayment difficulties.
The announced diversification could also lead the institution to explore other investment categories, although specific asset classes and projected amounts have not yet been disclosed.
Investment returns of 6.5% in 2026, but an overall target above 3% by 2028
Investment returns are another key component of the CDEC's financial strategy.
The institution reported indicative returns of approximately 6% in 2025 and 6.5% in 2026. By 2028, it aims to achieve an average return above 3% across all resources mobilised.
However, these indicators should be interpreted carefully because they may not be based on identical calculation methods or investment scopes. Returns on financial investments should not be confused with the overall return generated by all resources collected by the institution.
The CDEC must also take into account the specific nature of the funds under its management. Not all resources can be locked into long-term investments because some may need to be returned to their rightful beneficiaries.
As of September 30, 2026, the institution reported cumulative collections of CFAF 162.3 billion since the beginning of its operations in 2023.
Of this amount, CFAF 30.5 billion had already been returned to beneficiaries.
The arithmetic balance between cumulative collections and repayments therefore stood at CFAF 131.8 billion. However, this figure does not necessarily represent immediately available cash.
Some of the funds managed by the CDEC must remain accessible to meet repayment requests from beneficiaries. Managing investment maturities, liquidity requirements and financial risks is therefore essential.
Investment portfolio details remain undisclosed
Despite the reported performance, several important details are still missing to fully assess the CDEC's investment strategy.
The institution has not disclosed the exact value of its securities portfolio as of September 30, 2026, its detailed allocation by issuing country or its breakdown by maturity.
Such information would make it possible to assess more accurately the CDEC's exposure to Cameroonian government debt and its capacity to redirect investments towards other assets.
This issue is particularly important because the CDEC manages funds that may be claimed by their beneficiaries. It must therefore balance three priorities: protecting capital, ensuring liquidity and generating sufficient returns.
With CFAF 61.2 billion in transactions during the first nine months of 2026 and a diversification target exceeding 20% by 2028, the institution is entering a new phase of its financial development.
However, in a regional market where the IMF has already raised concerns about the saturation of sovereign debt demand, the main challenge will no longer be simply to invest more.
The CDEC will need to diversify its portfolio intelligently while preserving the security and availability of the funds entrusted to it.
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Ange NGO