Publicité

Cameroun : 5 milliards de dollars de la Banque mondiale… mais 881 millions restent encore dans les limbes

Le Cameroun affiche 5,01 milliards de dollars approuvés par la Banque mondiale, mais seulement 4,129 milliards sont réellement signés. Décryptage exclusif des écarts, des projets en attente et des exigences de Yaoundé à Bangkok.

Publicité

Cameroun : 5 milliards de dollars de la Banque mondiale… mais 881 millions restent encore dans les limbes


Yaoundé, 16 octobre 2026. Alors que les regards sont tournés vers Bangkok pour les Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (Minepat) a publié, le 15 octobre, un communiqué qui met les points sur les i. Le Cameroun totalise désormais 5,01 milliards de dollars de financements approuvés par le Conseil d’administration de la Banque mondiale, répartis sur 21 projets. Mais les accords de financement effectivement signés ne portent que sur 18 projets actifs, pour un montant de 4,129 milliards de dollars.


L’écart ? Environ 881 millions de dollars. Une somme qui n’est ni purement théorique ni automatiquement disponible. Elle révèle, une fois de plus, la mécanique complexe des financements internationaux : l’approbation par Washington précède la signature, qui elle-même précède les décaissements progressifs.


Douala-Bangui : le cas d’école des 425 millions


Le projet de corridor économique Douala-Bangui en offre une illustration parfaite. Le 12 juin 2026, la Banque mondiale a approuvé 425 millions de dollars pour le Cameroun (environ 248 milliards de FCFA au taux du 14 octobre). Ce financement se décompose en un prêt de 407 millions de dollars de la BIRD et un crédit de 18 millions de dollars de l’IDA.


Au 30 septembre, les deux concours figuraient encore au statut « Approved » dans la base de la Banque mondiale. Ce n’est que le 2 octobre qu’un décret présidentiel a autorisé la signature de l’accord avec la BIRD. Rien ne confirme, à la date du 15 octobre, que l’encre a réellement séché sur le document. Un exemple parmi d’autres de ce décalage entre annonce et concrétisation.


Des chiffres qui bougent… et qui posent question


Le portefeuille camerounais a connu plusieurs évaluations ces dernières semaines. Le 9 septembre, le Minepat le chiffrait à 3,2 milliards de dollars. La Banque mondiale, de son côté, recensait 22 projets actifs au 10 septembre, dont six régionaux. Difficile de suivre l’évolution exacte quand les périmètres changent d’une communication à l’autre.


Autre point qui interroge : les conversions en francs CFA publiées par le ministère. Les 4,129 milliards de dollars signés sont évalués à 2 271 milliards de FCFA, tandis que les 5,01 milliards approuvés correspondent à 2 915 milliards de FCFA. Les taux implicites utilisés (environ 550 et 582 FCFA pour un dollar) diffèrent du taux acheteur de la BEAC du 14 octobre (583,2579 FCFA). Résultat : un écart de 644 milliards de FCFA entre les deux enveloppes selon le Minepat, contre environ 514 milliards de FCFA au taux officiel. Le ministère ne précise pas sa méthode de calcul.


Décaissements et exigences camerounaises


Sur le terrain, le rythme des décaissements reste un sujet sensible. Au 30 juin 2026, les 21 projets suivis présentaient un taux global de décaissement de seulement 18,7 %. Un chiffre qui rappelle que l’approbation ne signifie pas argent immédiatement disponible.


À Bangkok, la délégation camerounaise a donc frappé fort. Elle a demandé une réduction des délais de traitement des avis de non-objection de la Banque mondiale, particulièrement critiques dans les procédures de passation des marchés, ainsi qu’un meilleur accompagnement des unités de gestion des projets. Le Minepat évoque également la possibilité de réorienter des financements vers les opérations les plus performantes. Pour l’instant, cette piste reste non chiffrée : ni les projets concernés ni les montants susceptibles d’être réaffectés n’ont été identifiés.


En résumé, le Cameroun dispose d’un portefeuille conséquent auprès de la Banque mondiale. Mais entre l’approbation, la signature et le décaissement, le chemin reste long et semé d’embûches administratives. Les 881 millions de dollars d’écart ne sont pas perdus. Ils attendent simplement que toutes les conditions soient réunies pour sortir des limbes.




Cameroon: $5 Billion from the World Bank… But $881 Million Still Stuck in Limbo


Yaoundé, 16 October 2026. As attention focuses on Bangkok for the Annual Meetings of the IMF and the World Bank, Cameroon’s Ministry of Economy, Planning and Regional Development (Minepat) released a statement on 15 October that clarifies the country’s portfolio. Cameroon now totals $5.01 billion in financing approved by the World Bank’s Board of Directors across 21 projects. However, signed financing agreements cover only 18 active projects, amounting to $4.129 billion.


The gap stands at roughly $881 million. This amount is neither purely theoretical nor automatically available. It highlights once again the complex mechanics of international financing: Board approval precedes the signing of agreements, which in turn precedes gradual disbursements.


Douala-Bangui: A Textbook Case of $425 Million


The Douala-Bangui economic corridor project provides a clear illustration. On 12 June 2026, the World Bank approved $425 million for Cameroon (approximately CFAF 248 billion at the 14 October indicative rate). This financing consists of a $407 million loan from the International Bank for Reconstruction and Development (IBRD) and an $18 million credit from the International Development Association (IDA).


As of 30 September, both facilities still appeared with “Approved” status in the World Bank’s financial database. Only on 2 October did a presidential decree authorise the signing of the credit agreement with the IBRD. There is no confirmation that the loan had actually been signed by 15 October. This is one example among others of the lag between announcement and concrete implementation.


Figures That Shift… and Raise Questions


Cameroon’s portfolio has seen several different valuations in recent weeks. On 9 September, Minepat put it at $3.2 billion. The World Bank, for its part, listed 22 active projects as of 10 September, including six regional ones. Tracking exact evolution is difficult when the scope changes from one official communication to another.


Another point that raises questions concerns the CFA franc conversions published by the ministry. The $4.129 billion in signed commitments is valued at CFAF 2,271 billion, while the $5.01 billion approved corresponds to CFAF 2,915 billion. The implicit exchange rates used (approximately 550 and 582 CFA francs per dollar) differ from the BEAC buying rate of 14 October (583.2579 CFA francs). The result is a gap of CFAF 644 billion between the two envelopes according to Minepat, compared with around CFAF 514 billion at the official rate. The ministry does not specify its conversion method.


Disbursements and Cameroonian Demands


On the ground, the pace of disbursements remains a sensitive issue. As of 30 June 2026, the 21 projects previously monitored showed an overall disbursement rate of only 18.7%. This figure serves as a reminder that approval does not mean money is immediately available.


In Bangkok, the Cameroonian delegation therefore pressed its case. It called for shorter processing times for World Bank no-objection notices, which are particularly critical in procurement procedures, as well as stronger support for project management units. Minepat also mentioned the possibility of reallocating financing toward the best-performing operations. For now, this remains an unquantified option: neither the projects concerned nor the amounts that could be reallocated have been identified.


In summary, Cameroon holds a substantial portfolio with the World Bank. But between approval, signature and disbursement, the road remains long and strewn with administrative hurdles. The $881 million gap is not lost. It is simply waiting for all conditions to be met before it can leave limbo.


Banque mondiale Cameroun, financements Banque mondiale Cameroun 2026, projets Banque mondiale Cameroun, corridor Douala-Bangui, MINEPAT, Assemblées annuelles FMI Banque mondiale Bangkok, décaissements Banque mondiale Cameroun, portefeuille Banque mondiale Cameroun, prêt BIRD Cameroun, IDA Cameroun


Didier Cebas K.

Publicité