Poulets et œufs du Cameroun : l’étude sur les métaux lourds divise, l’Ipavic dénonce un risque pour la filière
La polémique sur les métaux lourds détectés dans la volaille camerounaise change de terrain. Elle n’est plus seulement sanitaire, elle est désormais économique. L’Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic) redoute que l’étude publiée en septembre ruine la confiance des consommateurs et rouvre la porte aux importations.
L’Ipavic hausse le ton
Dans un communiqué signé le 6 octobre, le président de l’Ipavic, François Djonou, pose une question qui fait du bruit. Qui aurait intérêt à ce que le Cameroun « renoue avec les importations de poulets et d’œufs » ?
L’interprofession n’apporte toutefois aucun élément établissant que les chercheurs seraient liés à des importateurs. Elle ne prouve pas non plus qu’une procédure gouvernementale de réouverture du marché soit engagée. De leur côté, les auteurs de l’étude déclarent avoir autofinancé leurs travaux.
Ce que dit réellement l’étude, et ce qu’elle ne dit pas
L’étude à l’origine de la controverse a été menée par des chercheurs de l’Université de Yaoundé I et de l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales. Elle porte sur le Centre, le Littoral et l’Ouest. Six élevages de poulets de chair et six élevages de pondeuses ont été étudiés. Les 48 poulets et 180 œufs prélevés ont été regroupés en 18 échantillons composites : six de muscle, six de foie et six d’œufs.
L’Ipavic oppose ces 48 poulets à une production nationale qu’elle estime à près de 102 millions de poulets en 2026. Mais la vraie limite tient au périmètre. Les résultats renseignent sur les élevages étudiés dans trois régions. Ils ne permettent pas de savoir quelle part de la production nationale présenterait les mêmes concentrations.
Des références toxicologiques contestées
Un nouvel examen de la publication fait apparaître une autre difficulté. Des acteurs de la filière critiquent le fait que certaines valeurs ne correspondent plus aux références actuelles du Comité mixte FAO-OMS d’experts des additifs alimentaires (JECFA).
Le plomb. L’étude retient 3,57 µg/kg de poids corporel par jour. Ce chiffre correspond à l’ancienne dose hebdomadaire provisoirement tolérable de 25 µg/kg, divisée par sept. Or le JECFA a retiré cette valeur en 2010, estimant qu’elle ne protégeait plus la santé, sans fixer de nouvelle dose.
Cela ne veut pas dire que les teneurs mesurées sont dangereuses. Le maximum relevé dans le muscle atteint 7,5 µg/kg, contre une limite de 100 µg/kg pour la viande de volaille dans la réglementation européenne. Mais la conclusion d’apports inférieurs à une « dose tolérable » repose, pour le plomb, sur une référence que le JECFA ne reconnaît plus.
Le mercure. L’étude utilise une référence de 30 µg/kg de poids corporel par jour. Le JECFA retient pour le mercure inorganique une dose hebdomadaire provisoirement tolérable de 4 µg/kg par semaine. Elle s’applique aussi au mercure total issu d’aliments autres que les poissons et fruits de mer. Rapportée à une journée, elle représente environ 0,57 µg/kg/jour, soit plus de 50 fois moins.
Cet écart ne permet pas de recalculer directement le risque, car les chercheurs ont mesuré le mercure total sans préciser sa forme chimique. Il pose néanmoins la question du choix du seuil de 30 µg/kg/jour.
Le foie concentre le signal
Les concentrations les plus élevées de mercure se trouvent dans le foie : entre 798,3 et 845,5 µg/kg, contre un maximum de 2,3 µg/kg dans le muscle.
L’Ipavic juge qu’il faut nuancer les conclusions sur ce point. L’étude utilise une concentration moyenne construite à partir du muscle et du foie pour estimer l’exposition liée à la consommation de poulet. Elle ne publie pas de quantité quotidienne distincte de foie consommée. Si la consommation déclarée porte surtout sur la chair, le poids accordé au foie peut fortement influencer le résultat.
Les fortes concentrations observées dans les foies demeurent. Mais l’évaluation gagnerait à distinguer la consommation de chair de celle des abats.
Une vieille peur : le retour des importations
La réaction de l’Ipavic s’inscrit dans l’histoire de la filière. Le Cameroun a fortement limité les importations de poulets congelés à partir de 2005. Selon l’interprofession, la production annuelle est passée de 68 millions de poulets en 2011 à près de 102 millions en 2026, soit une hausse de 50 %. Celle des œufs aurait progressé de 2,5 à 2,9 milliards d’unités. L’organisation revendique plus de 320 000 emplois directs et près de 250 000 emplois indirects.
En 2016 déjà, pendant la crise de grippe aviaire, les producteurs craignaient que la contraction de l’offre nationale ne pousse le gouvernement à autoriser de nouveau les importations. Le ministre de l’Élevage avait alors exclu cette possibilité.
En 2026, la situation est différente : l’offre n’est pas touchée par une épizootie comparable. Ce que l’Ipavic estime menacé, c’est la confiance dans la qualité sanitaire des produits locaux.
Ce qu’il faut retenir
L’étude établit la présence des six métaux recherchés dans les échantillons analysés. Elle révèle de fortes concentrations de mercure dans les foies. Mais elle ne permet pas de mesurer l’ampleur du phénomène à l’échelle de la filière. Une campagne de surveillance plus large permettrait de la mesurer et de clarifier les références toxicologiques utilisées. Pour les consommateurs comme pour les éleveurs, c’est la seule voie pour sortir de la polémique par la preuve.
Cameroon’s Chicken and Eggs: Heavy Metals Study Sparks Row as Poultry Sector Fears a Return of Imports
Heavy metals in Cameroonian chicken and eggs: Ipavic disputes the study and fears a return of imports. Study limits, JECFA thresholds and liver data explained.
Cameroon’s Chicken and Eggs: Heavy Metals Study Sparks Row as Poultry Sector Fears a Return of Imports
The controversy over heavy metals found in chickens and eggs produced in Cameroon has taken on an economic dimension. The Cameroon Poultry Interprofession (Ipavic) fears that a study published in September will erode consumer confidence and strengthen the case for a wider return of poultry imports.
Ipavic raises its voice
In a statement signed on October 6, Ipavic president François Djonou asked who would benefit from Cameroon “returning to imports of chickens and eggs.”
The organisation, however, provides no evidence that the researchers are linked to importers, or that the government has launched any procedure to reopen the market. The study’s authors say they funded their work themselves.
What the study does and does not show
The study was carried out by researchers from the University of Yaoundé I and the Institute of Medical Research and Medicinal Plant Studies, in the Centre, Littoral and West regions. It covered six broiler farms and six laying-hen farms. The 48 chickens and 180 eggs sampled were pooled into 18 composite samples: six of muscle, six of liver and six of eggs.
Ipavic contrasts the 48 chickens with a national output it estimates at nearly 102 million chickens in 2026. But the main limit is the study’s scope. Its results describe the farms studied in three regions. They cannot show what share of national production has the same concentrations.
Disputed toxicological references
A fresh look at the publication reveals another problem. Industry players say some values used to assess dietary exposure no longer match current references of the FAO/WHO Joint Expert Committee on Food Additives (JECFA).
Lead. The study uses 3.57 micrograms per kilogram of body weight per day. This equals the old provisional tolerable weekly intake of 25 µg/kg, divided by seven. But JECFA withdrew that value in 2010, finding it no longer protected health, and set no new tolerable dose.
That does not mean the measured levels are necessarily dangerous. The highest level found in muscle is 7.5 µg/kg, against a limit of 100 µg/kg for poultry meat under European rules. But the conclusion that intakes fall below a “tolerable dose” rests, for lead, on a reference JECFA no longer recognises.
Mercury. The study uses a reference of 30 µg/kg of body weight per day. For inorganic mercury, JECFA sets a provisional tolerable weekly intake of 4 µg/kg per week. It also applies to total mercury from foods other than fish and shellfish. Spread over one day, that is about 0.57 µg/kg/day, more than 50 times lower.
This gap does not allow the risk to be recalculated directly, because the researchers measured total mercury without specifying its chemical form. It does, however, raise the question of why the 30 µg/kg/day threshold was chosen.
The liver carries the signal
The highest mercury concentrations are in the liver: between 798.3 and 845.5 µg/kg, against a maximum of 2.3 µg/kg in muscle.
Ipavic says the study’s conclusions deserve more nuance here. The study uses an average concentration built from muscle and liver to estimate exposure from eating chicken. It does not publish a separate daily quantity of liver eaten. If reported consumption is mostly meat, the weight given to the liver can strongly affect the result.
The high liver concentrations remain. But the assessment would benefit from separating meat consumption from offal consumption.
An old fear: the return of imports
Ipavic’s reaction fits the sector’s history. Cameroon sharply restricted frozen chicken imports from 2005. According to the interprofession, annual output rose from 68 million chickens in 2011 to nearly 102 million in 2026, a 50% increase. Egg output reportedly grew from 2.5 billion to 2.9 billion units. The organisation claims more than 320,000 direct jobs and nearly 250,000 indirect jobs.
In 2016, during the bird flu crisis, producers already feared that a shrinking domestic supply would push the government to allow imports again. The Minister of Livestock ruled it out at the time.
The 2026 situation is different: supply is not hit by a comparable epidemic. What Ipavic says is at stake is confidence in the health quality of local products.
Key takeaways
The study establishes the presence of the six metals in the samples analysed, with high mercury concentrations in livers. But it cannot show how widespread the problem is across the sector. A broader surveillance campaign would measure it and clarify the toxicological references used. For consumers and farmers alike, that is the only way out of the controversy: through evidence.
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Mouahna Divine