Route Douala-Bafoussam : la BID débloque 139,2 milliards de FCFA, les conditions du prêt interrogent
Le Cameroun franchit une nouvelle étape dans la réhabilitation de l’axe routier Douala-Bafoussam. Le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, a signé le 13 octobre 2026 à Bangkok, en Thaïlande, un accord de financement de 139,2 milliards de FCFA avec la Banque islamique de développement (BID). L’opération doit contribuer à la remise en état de 218,9 kilomètres de route, mais plusieurs paramètres financiers du prêt restent à préciser.
La signature est intervenue en marge des assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et du Groupe de la Banque mondiale, organisées dans la capitale thaïlandaise du 12 au 18 octobre 2026.
Pour le Cameroun, l’enjeu est majeur. L’axe Douala-Bafoussam constitue un corridor important pour la circulation des personnes et des marchandises entre le principal pôle économique du pays, la région du Littoral et l’Ouest. Sa réhabilitation doit contribuer à améliorer les conditions de circulation sur cet itinéraire stratégique.
Un financement de 139,2 milliards de FCFA sur 20 ans
L’accord signé avec la BID porte sur un financement de 139,2 milliards de FCFA, assorti d’une durée de 20 ans, dont cinq ans qualifiés de « période de gestation ».
Toutefois, les informations communiquées par l’institution financière ne précisent pas la portée exacte de cette période dans le calendrier de remboursement. Elles ne permettent pas non plus d’identifier le taux d’intérêt applicable, les éventuelles commissions, les garanties exigées, le profil d’amortissement ou le calendrier des décaissements.
Ces éléments sont déterminants pour apprécier le coût réel de l’opération. Sans connaître les modalités détaillées du financement, il demeure impossible de calculer avec précision le montant total à rembourser et les charges annuelles susceptibles de peser sur le budget de l’État camerounais.
Le montant annoncé constitue donc une donnée importante, mais il ne suffit pas, à lui seul, à mesurer l’effort financier que le pays devra supporter pendant la durée du prêt.
La BID finance plus de 92 % du projet
Le projet de réhabilitation de la route Douala-Bafoussam est évalué à 229,93 millions d’euros, soit environ 150,82 milliards de FCFA.
Sur cette enveloppe, la contribution de la Banque islamique de développement s’élève à 139,2 milliards de FCFA, correspondant à environ 92,35 % du coût total annoncé. Le reste, soit 17,58 millions d’euros, équivalant à environ 11,53 milliards de FCFA, devrait être apporté par l’État du Cameroun.
En mars 2025, une communication du ministère des Travaux publics présentait une répartition arrondie de 92 % pour la BID et de 8 % pour l’État. Les chiffres détaillés confirment ainsi que le principal partenaire financier du projet est l’institution multilatérale de développement.
L’accord signé à Bangkok n’est cependant pas une décision de financement entièrement nouvelle. Le conseil d’administration de la BID avait approuvé le projet le 19 mai 2025, lors de sa 360e réunion organisée à Alger, en Algérie. La signature du 13 octobre 2026 marque une nouvelle étape dans la formalisation de cet engagement financier.
Trois lots pour réhabiliter 218,9 kilomètres
Sur le plan opérationnel, le projet a déjà franchi plusieurs étapes administratives. Dès le 30 juillet 2025, la BID avait autorisé la passation anticipée des marchés destinés à sélectionner les entreprises de travaux, la mission de contrôle et le cabinet d’audit.
Le ministère des Travaux publics a ensuite engagé la procédure de préqualification des entreprises intéressées par l’exécution du chantier. Le projet est réparti en trois lots distincts :
Lot 1 : Bekoko-Penja, sur un linéaire de 70 kilomètres ;
Lot 2 : Penja-pont du Nkam, sur 77,7 kilomètres ;
Lot 3 : pont du Nkam-Bandjoun, sur 71,2 kilomètres.
Au total, les travaux concernent 218,9 kilomètres de route. Cette organisation en trois lots doit permettre de structurer l’exécution du chantier par sections, depuis Bekoko jusqu’à Bandjoun.
Selon une source proche du dossier, les rapports issus des procédures de préqualification avaient été transmis à la BID pour validation au début du mois de septembre 2026. La validation de ces dossiers et l’attribution des contrats constituent des étapes importantes avant le démarrage effectif des travaux.
Jusqu’à 48 mois de travaux après l’attribution des marchés
Le calendrier prévisionnel prévoit une durée d’exécution de 48 mois pour les deux premiers tronçons, Bekoko-Penja et Penja-pont du Nkam. Le troisième tronçon, entre le pont du Nkam et Bandjoun, devrait nécessiter 42 mois.
Ces délais sont prévus après l’attribution des contrats. Ils ne doivent donc pas être confondus avec une date ferme de démarrage ou d’achèvement du chantier, qui dépendra notamment de la finalisation des procédures de passation des marchés et des conditions effectives de mise en œuvre.
La réhabilitation de cet axe représente un enjeu économique important pour les transporteurs, les opérateurs commerciaux et les usagers. Une route en meilleur état peut contribuer à réduire les contraintes de circulation, à améliorer la régularité des déplacements et à faciliter l’acheminement des marchandises.
Les effets réels dépendront néanmoins de la qualité des travaux, du respect des délais et de la mise en place d’un entretien durable après la livraison des infrastructures.
Le coût du financement, principal point de vigilance
Au-delà de l’annonce des 139,2 milliards de FCFA, la transparence sur les conditions financières du prêt reste un élément essentiel. La durée de 20 ans et la mention d’une période de gestation de cinq ans ne suffisent pas à déterminer les échéances que le Cameroun devra honorer.
La publication du taux applicable, des commissions éventuelles, du calendrier des remboursements et des modalités de décaissement permettrait d’apprécier plus précisément le coût budgétaire de l’opération. Elle faciliterait également l’évaluation de la contribution réelle de ce financement à la soutenabilité de la dette publique.
Pour l’heure, le projet dispose d’une enveloppe globale annoncée, d’un partenaire financier majoritaire et d’un découpage technique en trois lots. La prochaine étape consistera à finaliser les procédures de sélection des entreprises, à attribuer les marchés et à préciser les conditions de mise en œuvre.
Le défi pour le Cameroun est désormais double : réhabiliter efficacement cet axe routier stratégique et garantir une gestion transparente du financement mobilisé pour y parvenir.
Douala-Bafoussam Road: Cameroon Signs CFAF 139.2 Billion Financing Deal with IsDB, but Loan Costs Remain Unclear
Cameroon has taken another step towards rehabilitating the Douala-Bafoussam road corridor. On October 13, 2026, in Bangkok, Thailand, Minister of Economy, Planning and Regional Development Alamine Ousmane Mey signed a CFAF 139.2 billion financing agreement with the Islamic Development Bank (IsDB) to support the rehabilitation of 218.9 kilometres of road. However, several key financial terms of the loan remain undisclosed.
The agreement was signed on the sidelines of the annual meetings of the International Monetary Fund (IMF) and the World Bank Group, held in the Thai capital from October 12 to 18, 2026.
The project is strategically important for Cameroon. The Douala-Bafoussam corridor connects the country's main economic hub in the Littoral Region with the West Region and supports the movement of passengers and goods. Its rehabilitation is expected to improve traffic conditions along this major transport route.
A CFAF 139.2 billion loan over 20 years
The financing agreement provides CFAF 139.2 billion over a period of 20 years, including five years described as a “gestation period”.
However, the financial institution has not specified exactly how this period fits into the loan repayment schedule. The published information also does not disclose the applicable interest rate, potential fees, guarantees, amortisation profile or disbursement timetable.
These details are essential to determining the actual cost of the financing. Without them, it is not possible to calculate the total amount Cameroon will have to repay or the annual financial burden the loan could place on the state budget.
The announced amount is therefore an important indicator of the funding committed to the project, but it does not, on its own, establish the full financial cost to the country.
IsDB covers more than 92% of the project cost
The Douala-Bafoussam road rehabilitation project is estimated to cost €229.93 million, equivalent to approximately CFAF 150.82 billion.
The Islamic Development Bank's contribution of CFAF 139.2 billion represents around 92.35% of the total project cost. The remaining €17.58 million, or approximately CFAF 11.53 billion, is expected to be provided by the Cameroonian government.
In March 2025, a statement from the Ministry of Public Works presented a rounded funding breakdown of 92% for the IsDB and 8% for the state.
The financing agreement signed in Bangkok was not an entirely new funding decision. The IsDB's Board of Directors had already approved the project on May 19, 2025, during its 360th meeting in Algiers, Algeria. The October 13, 2026, signing represents another step in formalising the financial commitment.
Three construction lots covering 218.9 kilometres
The project has already progressed through several administrative stages. On July 30, 2025, the IsDB authorised advance procurement procedures to select the construction companies, the works supervision consultant and the audit firm.
The Ministry of Public Works subsequently initiated the prequalification process for companies interested in carrying out the project. The road rehabilitation programme is divided into three lots:
Lot 1: Bekoko-Penja, covering 70 kilometres.
Lot 2: Penja-Nkam Bridge, covering 77.7 kilometres.
Lot 3: Nkam Bridge-Bandjoun, covering 71.2 kilometres.
Together, the three sections cover 218.9 kilometres, extending from Bekoko to Bandjoun.
According to a source close to the project, reports resulting from the prequalification procedures were submitted to the IsDB for validation in early September 2026. Approval of these documents and the subsequent award of contracts are important steps before construction can begin.
Construction expected to take up to 48 months
The provisional schedule provides for a 48-month implementation period for the Bekoko-Penja and Penja-Nkam Bridge sections. The Nkam Bridge-Bandjoun section is expected to take 42 months.
These periods are planned to run after the contracts have been awarded. They should not be interpreted as confirmed construction start or completion dates, as implementation will depend on the completion of procurement procedures and the effective mobilisation of the contractors.
The rehabilitation is expected to be significant for transport operators, businesses and road users. Improved road conditions could help reduce transport constraints, make journeys more predictable and facilitate the movement of goods.
The actual benefits will depend on the quality of the works, compliance with contractual deadlines and the establishment of sustainable road maintenance arrangements after completion.
Loan transparency remains a key concern
Beyond the CFAF 139.2 billion headline figure, transparency regarding the loan's financial terms remains essential. A 20-year maturity and a five-year gestation period are not enough to establish the repayment obligations Cameroon will face.
Disclosure of the applicable rate, any fees, the repayment schedule and disbursement arrangements would make it possible to assess the financing's budgetary implications more accurately. Such information would also help determine how the loan fits into the country's public debt sustainability framework.
For now, the project has an announced overall budget, a major multilateral financing partner and a technical structure divided into three lots. The next steps include completing the contractor selection process, awarding the contracts and clarifying the implementation arrangements.
Cameroon's challenge is twofold: to rehabilitate this strategic road corridor efficiently and to ensure transparent management of the financing used to deliver the project.
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Didier Cebas K.