Terres rares, hybrides, diplomatie : la Chine au cœur d’une semaine explosive, de Washington à Bruxelles en passant par Gaborone
Terres rares, voitures hybrides, visites d’État : la Chine est en ce moment au centre de plusieurs fronts diplomatiques et commerciaux. Entre les pressions de Washington, les menaces de Bruxelles et le ballet des visiteurs à Pékin, Xi Jinping garde le cap. Il ne cède rien. Voici ce qu’il faut retenir, et pourquoi cela concerne aussi l’Afrique.
Terres rares : Trump plaide pour le Japon, Xi reste de marbre
C’est le quotidien hongkongais South China Morning Post (SCMP) qui révèle l’information. Lors de leur rencontre à Washington, le président américain Donald Trump a demandé à son homologue chinois Xi Jinping de lever les restrictions à l’exportation qui visent le Japon.
Selon les sources du journal, Donald Trump a relayé les préoccupations de Tokyo concernant les mesures chinoises, notamment celles qui touchent les terres rares et pèsent sur l’industrie japonaise. Il a aussi présenté ces restrictions comme une menace pour les entreprises américaines qui dépendent de fournisseurs japonais. Toujours d’après le SCMP, il a estimé qu’elles constituent une violation indirecte de la trêve commerciale conclue à Busan entre les États-Unis et la Chine.
La réponse de Xi Jinping a été sans appel. Le dirigeant chinois “n’a pas manifesté un intérêt particulier” pour les propositions américaines. Pour lui, le différend entre Pékin et Tokyo doit être traité séparément des relations sino-américaines et ne doit pas les affecter.
Rappelons le contexte. La Chine a adopté des mesures de contrôle des exportations visant des organisations japonaises qui participent au renforcement des capacités militaires de Tokyo. Les exportateurs chinois ne peuvent plus leur fournir de produits à double usage, notamment des terres rares et d’autres minerais critiques. Les entreprises et particuliers situés hors de Chine n’ont pas non plus le droit de transférer des produits à double usage d’origine chinoise.
Le message est clair : Pékin utilise ses ressources stratégiques comme levier géopolitique, et il n’entend pas négocier sous pression.
Voitures hybrides : Pékin claque la porte à l’Union européenne
Autre front, autre refus. Selon le Financial Times (FT), qui cite deux sources diplomatiques, la Chine a rejeté la demande de l’Union européenne de limiter volontairement ses livraisons de voitures hybrides vers le marché européen.
À la mi-septembre, le journal rapportait que Bruxelles avait proposé à Pékin des limitations volontaires de l’ordre de 15 %, pour éviter une guerre commerciale. Cette offre précédait les négociations que le commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, Maros Sefcovic, devait entamer en Chine le 8 octobre. Il espérait obtenir au moins une mesure pour freiner l’excédent commercial de la Chine avec l’UE, qui progresse fortement, avant que l’Europe ne recoure à des sanctions commerciales.
Face au refus de Pékin, écrit le FT, la Commission européenne discute de l’application de mécanismes de sauvegarde temporaires. Ils pourraient être déclenchés même sans preuve de distorsion des conditions de marché, et permettraient d’imposer de nouveaux droits de douane élevés sur une partie des exportations automobiles chinoises.
Les chiffres rapportés expliquent la nervosité européenne :
- La part des hybrides chinois sur le marché de l’UE dépasse aujourd’hui un tiers, alors que Bruxelles vise environ 15 %.
- Entre octobre 2024 et juillet 2026, les importations d’hybrides chinois ont été multipliées par 13, de 3 800 à 50 000 véhicules par mois, malgré un droit d’importation de 10 %.
- Dans le même temps, leurs prix moyens ont baissé.
- Des constructeurs européens ont procédé à des licenciements massifs face à l’afflux de modèles chinois bon marché.
Le 16 septembre, devant le Parlement européen, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a affirmé que le déficit commercial entre l’UE et la Chine atteint 1 milliard d’euros par jour. La situation, selon elle, “a atteint un point critique” et s’apparente à un “second choc chinois”.
Diplomatie : Paris et Gaborone se tournent vers Pékin
Pendant que les tensions montent, les visites s’enchaînent en Chine.
La France d’abord. Le conseiller diplomatique du président Emmanuel Macron, Emmanuel Bonne, se rendra en Chine du 9 au 13 octobre, a annoncé la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning. Il coprésidera avec le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, une nouvelle édition du dialogue stratégique franco-chinois.
Le Botswana ensuite. Le président Duma Boko effectuera une visite d’État en Chine du 12 au 17 octobre, à l’invitation de Xi Jinping. Selon Mao Ning, ce sera sa première visite en Chine depuis son entrée en fonction en novembre 2024. Il s’entretiendra avec Xi Jinping, le premier ministre Li Qiang et Zhao Leji, président du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire.
Ce que cela change pour l’Afrique
Le Botswana n’est pas un cas isolé. De nombreux pays africains, dont le Cameroun, entretiennent des relations étroites avec Pékin, premier partenaire commercial du continent. Cette actualité montre que la Chine négocie en position de force avec les grandes puissances, et que les dirigeants africains qui s’y rendent le font dans un monde où ses minerais critiques sont une arme stratégique. Les pays riches en ressources naturelles ont donc une carte à jouer, à condition de savoir la négocier.
Rare earths, hybrid cars, state visits: China at the centre of a explosive week
Rare earths, hybrid cars and high-level visits: China is at the centre of several diplomatic and trade fronts. Under pressure from Washington and Brussels, Xi Jinping is holding firm. Here is what to know, and why it matters for Africa too.
Rare earths: Trump pleads Japan’s case, Xi stays unmoved
The South China Morning Post (SCMP) reports that during their meeting in Washington, US President Donald Trump urged Chinese President Xi Jinping to lift export restrictions targeting Japan.
According to the paper’s sources, Trump relayed Tokyo’s concerns about the Chinese measures, particularly those on rare earths, which have hit Japanese industry. He also framed them as a threat to American companies that rely on Japanese suppliers, and reportedly called them an indirect violation of the US-China trade truce reached in Busan.
Xi was unmoved. He “did not show particular interest” in the proposals, the sources said, and argued that the Beijing-Tokyo dispute should be handled separately from US-China relations.
China had earlier announced export controls on Japanese organisations that contribute to Tokyo’s military buildup. Chinese exporters are barred from supplying them with dual-use goods, including rare earths and other critical minerals, and companies and individuals outside China may not re-transfer Chinese-origin dual-use items.
Hybrid cars: Beijing rejects the European Union’s request
The Financial Times (FT), citing two diplomatic sources, reports that China has rejected the EU’s request for voluntary limits on hybrid car shipments to Europe.
In mid-September the paper had reported that Brussels proposed voluntary caps of around 15% to avoid a trade war, ahead of talks that European Trade Commissioner Maros Sefcovic was due to begin in China on 8 October. With Beijing refusing to cooperate, the European Commission is discussing temporary safeguard mechanisms. These could be triggered even without proof of market distortions and would allow high additional tariffs on part of China’s car exports.
The figures explain Europe’s concern:
- Chinese hybrids now hold more than a third of the EU market, against the roughly 15% Brussels wants.
- Between October 2024 and July 2026, imports of Chinese hybrids rose 13-fold, from 3,800 to 50,000 vehicles a month, despite a 10% import duty.
- Average prices fell over the same period.
- European carmakers have carried out mass layoffs as cheap Chinese models flood the market.
On 16 September, European Commission President Ursula von der Leyen told the European Parliament that the EU’s trade deficit with China stands at €1 billion a day, saying the situation “has reached a critical point” and amounts to a “second China shock”.
Diplomacy: Paris and Gaborone turn to Beijing
French President Emmanuel Macron’s diplomatic adviser, Emmanuel Bonne, will visit China from 9 to 13 October, according to Chinese Foreign Ministry spokesperson Mao Ning. He will co-chair a new round of the France-China strategic dialogue with Foreign Minister Wang Yi.
Botswana’s President Duma Boko will make a state visit to China from 12 to 17 October at Xi Jinping’s invitation. It will be his first visit since taking office in November 2024. He will meet Xi, Premier Li Qiang and Zhao Leji, chairman of the Standing Committee of the National People’s Congress.
Why it matters for Africa
Many African countries, Cameroon included, have close ties with Beijing, the continent’s top trading partner. This news shows China negotiating from a position of strength with the world’s major powers, in a world where critical minerals are a strategic weapon. Resource-rich African nations hold a real card, if they know how to play it.
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Didier Cebas K.