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Vision 4 : le bras de fer qui secoue le CNC et le ministre Sadi

Vision 4 suspendue par le CNC, rétablie par le ministre Sadi, puis re-visée par le régulateur. Décret de 2012, lettres officielles : les faits.

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Vision 4 : quand une lettre ministérielle défie le régulateur de l'audiovisuel


Yaoundé, 6 octobre 2026. Le feuilleton Vision 4 vient de franchir un nouveau cap. Suspendue pour un mois par le Conseil national de la communication (CNC), la chaîne d'Amougou Belinga a été rétablie sur les bouquets de Canal+ sur instruction du ministre de la Communication. Mardi, le président du CNC a répliqué par écrit : le signal doit être coupé à nouveau, « sans délai ». Au-delà de la chaîne, une question traverse le débat : qui a autorité pour sanctionner un média au Cameroun ?


Les faits : trois courriers en une semaine



  • 29 septembre 2026 : lors de sa 48e session extraordinaire, le CNC suspend Vision 4 pour un mois. Les journalistes Boney Philippe (un mois) et Martial Owona (six mois) sont également sanctionnés et interdits d'exercer pendant la durée de leur peine.

  • 2 octobre 2026 : le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, écrit à la directrice générale de Canal+ Cameroun. Il juge la décision du CNC contraire à la consolidation des acquis de la liberté d'expression et de l'État de droit. Selon lui, elle menace l'équilibre de l'espace médiatique, les nombreux emplois de l'organe de presse et l'économie nationale. Il demande la reprise « sans délai » de la diffusion de Vision 4.

  • 6 octobre 2026 : Joseph Chebonkeng Kalabubsu, président du CNC, écrit à son tour à Canal+ International (Paris). Il dit avoir appris par les réseaux sociaux que le signal avait été réactivé, sans en avoir été informé. Il rappelle que le CNC est une autorité administrative indépendante, comparable à l'ARCOM en France, et « nullement placée sous la tutelle du Ministère de la Communication ». Il somme Canal+ de retirer à nouveau Vision 4, faute de quoi le Conseil prendra acte de sa « défiance » et se réserve le droit d'actionner les mesures réglementaires de sa compétence.


Ce que dit le décret de 2012


Les documents que nous avons consultés incluent le décret n° 2012/038 du 23 janvier 2012 portant réorganisation du CNC. L'article 2 précise que le Conseil est un organe de régulation et de consultation, doté de la personnalité juridique et de l'autonomie financière, et qu'il est placé auprès du Premier ministre, Chef du Gouvernement. Son siège est à Yaoundé. L'article 31 abroge le décret de 1991 qui régissait auparavant l'institution.


Dans les pages que nous avons pu examiner, le ministère de la Communication n'est mentionné nulle part comme autorité de tutelle ou instance de recours. Nous n'avons toutefois pas eu accès à l'intégralité du texte ni à la loi de 1990 sur la communication sociale, visée par ce décret : seul un examen juridique complet permettra de trancher.


Ce qui est en jeu


Pour les défenseurs du ministre, l'enjeu est la préservation des emplois et du pluralisme médiatique. Pour ceux du CNC, c'est la crédibilité d'un régulateur dont les sanctions pourraient être neutralisées par une simple lettre. Une chose est sûre : Canal+ se retrouve pris entre deux courriers contradictoires, et la suite dépendra de sa décision et des mesures que le CNC choisira d'actionner.




CNC vs MINCOM: Can a Minister Cancel a Regulator's Sanction With a Single Letter?


Vision 4 suspended by the CNC, restored on the minister's order, then targeted again by the regulator. Decree, official letters and the facts.


Vision 4: When a ministerial letter defies the broadcasting regulator


Yaoundé, October 6, 2026. The Vision 4 saga has entered a new phase. Suspended for one month by the National Communication Council (CNC), the channel owned by Amougou Belinga was put back on Canal+ bouquets on the Minister of Communication's instruction. On Tuesday, the CNC president replied in writing: the signal must be cut again, "without delay." Beyond one channel, a bigger question is at stake: who has the authority to sanction a media outlet in Cameroon?


The facts: three letters in one week



  • September 29, 2026: at its 48th extraordinary session, the CNC suspends Vision 4 for one month. Journalists Boney Philippe (one month) and Martial Owona (six months) are also sanctioned and barred from practising during their suspensions.

  • October 2, 2026: Communication Minister René Emmanuel Sadi writes to the managing director of Canal+ Cameroon. He considers the CNC decision a threat to the balance of the media landscape, to the many jobs at the outlet and to the national economy, and asks for broadcasts of Vision 4 to resume without delay.

  • October 6, 2026: CNC president Joseph Chebonkeng Kalabubsu writes to Canal+ International in Paris. He says he learned from social media that the signal had been reactivated and that he was not informed. He stresses that the CNC is an independent administrative authority, comparable to France's ARCOM, and "in no way under the supervision of the Ministry of Communication." He orders Canal+ to remove Vision 4 again, failing which the Council will note its "defiance" and reserves the right to use the regulatory measures within its remit.


What the 2012 decree says


The documents we reviewed include Decree No. 2012/038 of January 23, 2012 reorganising the CNC. Article 2 states that the Council is a regulatory and consultative body, with legal personality and financial autonomy, placed under the Prime Minister's office. Its seat is in Yaoundé. Article 31 repeals the 1991 decree that previously governed the institution.


In the pages we examined, the Ministry of Communication is not mentioned anywhere as a supervisory or appeal authority. However, we did not have access to the full text or to the 1990 law on social communication referenced in the decree: only a complete legal review can settle the matter.


What is at stake


For the minister's supporters, the issue is protecting jobs and media pluralism. For the CNC's, it is the credibility of a regulator whose sanctions could be neutralised by a letter. Canal+ is now caught between two contradictory letters, and what happens next depends on its decision and on the measures the CNC chooses to take.


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Silognhia Edwige

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