CEMAC : le seuil de 1,5 % qui met les budgets 2027 sous pression
Les budgets 2027 des six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) pourraient devenir un passage obligé pour la conclusion de nouveaux programmes économiques et financiers avec le Fonds monétaire international (FMI). Une source autorisée, interrogée le 28 septembre 2026 à Yaoundé en marge de la troisième session ordinaire du Comité de politique monétaire de la BEAC, évoque une exigence régionale particulièrement stricte : maintenir le déficit budgétaire à 1,5 % du PIB au maximum.
Le message est clair : en 2027, les marges de manœuvre budgétaires des États de la CEMAC pourraient être fortement réduites.
Selon cette source, les six États membres — Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et République centrafricaine — devraient présenter des budgets respectant une limite de déficit de 1,5 % du PIB pour permettre la conclusion de nouveaux programmes économiques et financiers avec le FMI.
« Si en 2027 un seul pays présente un budget avec un déficit au-dessus de 1,5 % du PIB, aucun nouveau programme économique et financier ne sera conclu dans la sous-région par le FMI », affirme cette source.
Cette affirmation appelle toutefois une précision importante. Cette conditionnalité collective de 1,5 % n'apparaît pas, à ce stade, dans les documents publics du FMI consultés. Ces documents confirment néanmoins l'importance de la discipline budgétaire des États ainsi que des engagements régionaux de la CEMAC dans le cadre de la poursuite ou de l'approbation des soutiens financiers du Fonds.
Les assurances régionales, le premier verrou
Avant même d'en arriver aux budgets 2027, la CEMAC doit franchir une étape déterminante : la validation par le FMI de la revue des assurances régionales.
Cette revue est suspendue depuis décembre 2025. Sa validation constitue un préalable aux discussions devant permettre la conclusion de nouveaux programmes économiques et financiers avec le Fonds.
Ces assurances régionales portent notamment sur les engagements pris collectivement afin de préserver les réserves de change, la stabilité monétaire et financière ainsi que la solidité du système bancaire de la CEMAC.
Elles viennent compléter les engagements budgétaires et les réformes structurelles négociés individuellement entre le FMI et chacun des États membres.
Le calendrier est donc particulièrement sensible. Avant de parler de nouveaux programmes nationaux, la sous-région doit d'abord rassurer le Fonds sur la solidité de son cadre régional.
Cameroun, Congo et Gabon particulièrement concernés
L'enjeu est encore plus important pour trois pays : le Cameroun, le Congo et le Gabon, qui ne disposent actuellement plus d'un programme actif avec le FMI.
Le Congo a achevé en mars 2025 son programme conclu au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC).
Au Cameroun, les dernières revues du programme combinant la FEC et le Mécanisme élargi de crédit (MEDC) ont été approuvées en juillet 2025.
Au Gabon, le précédent accord, approuvé pour trois ans en juillet 2021, est arrivé à échéance en 2024.
La perspective de nouveaux accords revêt donc une importance particulière pour ces trois économies, alors que les besoins de financement demeurent élevés dans un environnement international marqué par un accès plus difficile aux ressources et des conditions financières plus contraignantes.
Le déficit de la CEMAC s'est fortement creusé en 2025
La contrainte évoquée pour 2027 intervient dans un contexte budgétaire particulièrement tendu.
Dans son Baromètre économique de la CEMAC publié en août 2026, la Banque mondiale estime que la situation budgétaire de la sous-région s'est détériorée en 2025, notamment sous l'effet de la baisse des recettes pétrolières et de pressions persistantes sur les dépenses.
Selon la Banque mondiale, le déficit budgétaire moyen de la CEMAC est passé de 1,6 % du PIB en 2024 à environ 3,3 % en 2025.
La BEAC affiche une estimation plus élevée selon son propre périmètre statistique. La banque centrale estime le déficit public de la sous-région à 4,5 % du PIB en 2025, avant un recul attendu à 3,3 % en 2026.
Ces deux chiffres ne doivent cependant pas être comparés directement comme s'ils reposaient nécessairement sur une méthodologie identique. Les périmètres statistiques et les méthodes de calcul peuvent différer selon les institutions.
Une chose ressort néanmoins : la CEMAC reste éloignée de l'objectif de 1,5 % évoqué pour 2027.
Un ajustement budgétaire considérable en perspective
Si cette trajectoire devait effectivement être retenue comme condition collective pour les nouveaux programmes du FMI, les gouvernements auraient devant eux un exercice budgétaire particulièrement délicat.
Passer d'un déficit régional de 3,3 % à 4,5 % du PIB selon les différentes estimations disponibles à un plafond de 1,5 % supposerait une réduction substantielle des déséquilibres.
Pour la source interrogée à Yaoundé, cet objectif n'est toutefois pas hors de portée.
« C'est possible. Il suffit que les gouvernants soient réalistes. Il ne sert à rien de faire des budgets nécessitant d'importants financements alors que ces financements se raréfient. Il suffit d'aligner les dépenses sur les recettes qu'on est sûr de mobiliser », estime-t-elle.
Derrière cette déclaration se trouve l'un des principaux défis des finances publiques de la sous-région : adapter les ambitions budgétaires à la capacité réelle de mobilisation des recettes et à l'accès effectif au financement.
Des écarts considérables entre les six pays
La situation n'est toutefois pas identique d'un État à l'autre.
Cameroun : un déficit proche du seuil
Au Cameroun, les estimations du déficit 2026 diffèrent selon les institutions et les périmètres retenus.
Le FMI table notamment sur un déficit global de 1,7 % du PIB. Malgré cet écart avec le seuil de 1,5 % évoqué pour 2027, le Fonds considère le Cameroun comme restant dans les limites du critère budgétaire de référence de la CEMAC.
Le défi pour Yaoundé serait donc moins celui d'un redressement spectaculaire que celui d'une poursuite de l'assainissement budgétaire, tout en maintenant les dépenses nécessaires au fonctionnement de l'État et au financement des investissements.
Gabon : le cas le plus tendu
La situation apparaît beaucoup plus délicate au Gabon.
Les projections disponibles pour 2026 font ressortir un déficit nettement supérieur au seuil régional de 1,5 %. Le FMI évoque un déficit d'environ 10 % du PIB, tandis que les estimations publiées par différentes agences de notation se situent dans une fourchette allant de 6,7 % à 12,2 % du PIB.
L'écart à combler serait donc particulièrement important si la cible de 1,5 % devait effectivement constituer une condition préalable à un nouveau programme.
RCA : des prévisions qui divergent
En République centrafricaine, le gouvernement prévoit un déficit de 1,2 % du PIB en 2026.
Les estimations de certains partenaires financiers sont cependant plus élevées, avec des projections autour de 3,5 % à 4 % du PIB.
La divergence illustre une difficulté récurrente dans l'analyse des finances publiques : les prévisions peuvent varier sensiblement selon les hypothèses de recettes, de dépenses et de financement retenues.
Tchad : encore au-dessus du seuil
Au Tchad, les autorités projettent un déficit d'environ 2 % du PIB en 2026.
Le pays devrait donc encore réduire son déficit pour atteindre le seuil de 1,5 % évoqué pour 2027.
Guinée équatoriale : entre 2,1 % et 3,3 %
Pour la Guinée équatoriale, les prévisions disponibles situent le déficit 2026 dans une fourchette comprise entre 2,1 % et 3,3 % du PIB.
L'évolution des recettes pétrolières sera déterminante pour les comptes publics du pays, comme pour plusieurs autres économies de la sous-région.
Congo : une position budgétaire différente
Le Congo présente une situation particulière.
Après avoir enregistré un excédent budgétaire en 2025, le pays devrait encore afficher un solde positif en 2026.
Sur le seul critère du solde budgétaire, il apparaît donc actuellement le plus proche de la trajectoire correspondant à un plafond régional de 1,5 %.
Cette situation ne signifie pas pour autant que les défis financiers du pays sont définitivement réglés : l'accès au financement, la dette, les recettes pétrolières et les engagements budgétaires restent des variables déterminantes.
Les budgets 2027 seront scrutés de près
Pour les six capitales de la CEMAC, l'élaboration des budgets 2027 pourrait ainsi prendre une dimension régionale inhabituelle.
Traditionnellement, les lois de finances sont préparées en fonction des contraintes et priorités propres à chaque État. Mais si la condition évoquée à Yaoundé devait être confirmée dans le cadre des discussions avec le FMI, la politique budgétaire de chaque pays pourrait avoir des conséquences sur l'ensemble de la sous-région.
C'est précisément ce caractère collectif qui rend le dossier sensible.
Un dépassement du seuil par un seul État pourrait, selon la source interrogée, empêcher la conclusion de nouveaux programmes du FMI dans les six pays.
À ce stade, cette affirmation doit rester présentée comme une information issue d'une source autorisée et non comme une condition officiellement publiée par le FMI.
La prochaine étape sera donc déterminante : la validation des assurances régionales de la CEMAC, puis les discussions entre le Fonds et les États permettront de préciser les conditions exactes attachées à d'éventuels nouveaux programmes.
Une chose est déjà certaine : à l'approche des budgets 2027, la question du déficit public s'impose comme l'un des principaux dossiers économiques de la CEMAC. Entre baisse des recettes pétrolières, besoins de financement élevés et accès plus contraint aux marchés, les gouvernements devront arbitrer de plus en plus finement entre dépenses publiques, investissement et stabilité financière.
Et dans cette équation régionale, le chiffre de 1,5 % du PIB pourrait devenir le seuil autour duquel se joueront les prochains rapports de force financiers entre la CEMAC et le FMI.
CEMAC: Why the 1.5% Deficit Threshold Could Put 2027 Budgets Under Pressure
The 2027 budgets of the six countries of the Central African Economic and Monetary Community (CEMAC) could become a key test for the conclusion of new economic and financial programmes with the International Monetary Fund (IMF). An authorised source interviewed in Yaoundé on September 28, 2026, on the sidelines of the third ordinary session of the BEAC Monetary Policy Committee, said that each member state should keep its budget deficit within 1.5% of GDP.
The issue could significantly reshape fiscal policy across Central Africa.
According to the source, the six CEMAC members — Cameroon, Congo, Gabon, Equatorial Guinea, Chad and the Central African Republic (CAR) — would have to submit 2027 budgets consistent with a maximum deficit of 1.5% of GDP in order for new IMF economic and financial programmes to be concluded.
“If in 2027 one country presents a budget with a deficit above 1.5% of GDP, no new economic and financial programme will be concluded in the sub-region by the IMF,” the source said.
However, an important qualification is necessary. This collective 1.5% condition does not currently appear in the IMF's publicly available documents consulted for this report. Those documents nevertheless confirm the importance of fiscal discipline and regional commitments in the continuation or approval of IMF financial support in the CEMAC region.
Regional assurances are the first hurdle
Before the discussion moves to the 2027 budgets, CEMAC countries must first obtain IMF validation of the bloc's regional assurances.
The review has been suspended since December 2025. Its validation is considered a prerequisite for resuming discussions aimed at concluding new economic programmes with the Fund.
Regional assurances cover commitments designed to safeguard foreign-exchange reserves, monetary and financial stability, and the soundness of the banking sector.
They complement the fiscal and structural commitments negotiated separately by each country with the IMF.
The process is therefore highly sensitive. Before new national programmes can be discussed, the regional framework itself must first reassure the Fund.
Cameroon, Congo and Gabon face a particular challenge
The issue is especially important for Cameroon, Congo and Gabon, the three CEMAC countries that currently no longer have an active IMF programme.
Congo completed its Extended Credit Facility (ECF) programme in March 2025.
In Cameroon, the latest reviews under the combined Extended Credit Facility and Extended Fund Facility framework were approved in July 2025.
Gabon’s previous three-year programme, approved in July 2021, expired in 2024.
The prospect of new agreements therefore carries particular significance for these three economies at a time when financing conditions have become more challenging and access to funding is increasingly constrained.
CEMAC's fiscal deficit widened sharply in 2025
The reported 2027 constraint comes against a difficult fiscal backdrop.
In its CEMAC Economic Barometer published in August 2026, the World Bank said the region's fiscal situation deteriorated in 2025, driven partly by lower oil revenues and persistent spending pressures.
According to the World Bank, the region's average fiscal deficit increased from 1.6% of GDP in 2024 to an estimated 3.3% in 2025.
BEAC's own statistical framework gives a higher estimate. The central bank puts the region's public deficit at 4.5% of GDP in 2025, before forecasting a decline to 3.3% in 2026.
The two figures should not be treated as directly interchangeable, since statistical coverage and calculation methods may differ.
Nevertheless, the broad picture is clear: the region remains well above the 1.5% threshold mentioned for 2027.
A major fiscal adjustment may be required
If the 1.5% target is ultimately confirmed as a collective condition for new IMF programmes, governments would face a difficult budget exercise.
Reducing a regional deficit of between roughly 3.3% and 4.5%, depending on the statistical framework used, to 1.5% would require significant fiscal adjustment.
The source interviewed in Yaoundé nevertheless believes the target can be achieved.
“It is possible. Governments simply need to be realistic. There is no point preparing budgets that require substantial financing when such financing is becoming scarce. Spending simply needs to be aligned with revenues that can realistically be mobilised,” the source said.
The underlying issue is one of fiscal credibility: public spending ambitions increasingly have to match actual revenue-raising capacity and realistic access to financing.
Very different situations across the six countries
The fiscal position varies considerably from one CEMAC member to another.
Cameroon: close to the threshold
For Cameroon, 2026 deficit estimates differ depending on the institution and statistical perimeter.
The IMF puts the overall deficit at around 1.7% of GDP. Despite being above the 1.5% figure mentioned for 2027, Cameroon is considered to remain within the CEMAC reference fiscal criterion.
The challenge would therefore be to continue fiscal consolidation while maintaining essential public spending and investment.
Gabon: the most difficult adjustment
Gabon starts from a considerably weaker fiscal position.
Available 2026 projections put the deficit well above the 1.5% regional threshold. The IMF estimates it at around 10% of GDP, while credit-rating agencies have published estimates ranging from 6.7% to 12.2% of GDP.
The adjustment required to reach 1.5% would therefore be substantial if the threshold is confirmed as a condition for a new programme.
Central African Republic: significant discrepancies
In the Central African Republic, the government projects a 1.2% of GDP deficit in 2026.
Some development partners, however, estimate the deficit at around 3.5% to 4% of GDP.
The discrepancy highlights how fiscal projections can vary according to assumptions about revenue, spending and financing.
Chad: still above the threshold
Chad's authorities project a deficit of approximately 2% of GDP in 2026.
The country would therefore still need to reduce its deficit to reach the 1.5% figure mentioned for 2027.
Equatorial Guinea: between 2.1% and 3.3%
For Equatorial Guinea, available forecasts place the 2026 deficit between 2.1% and 3.3% of GDP.
Oil revenue trends will remain an important determinant of public finances, as they are for several other economies in the region.
Congo: a different fiscal position
Congo stands out from the other five countries.
After recording a budget surplus in 2025, the country is also expected to post a positive fiscal balance in 2026.
Based solely on the fiscal balance criterion, Congo is therefore currently the closest to a trajectory consistent with a 1.5% regional ceiling.
That does not mean its broader financial challenges have disappeared. Financing conditions, debt, oil revenues and public-sector commitments remain important variables.
2027 budgets will face close scrutiny
For the six CEMAC governments, the preparation of the 2027 budgets could therefore take on an unusually strong regional dimension.
National budgets are normally designed around each country's own priorities and constraints. But if the condition reported in Yaoundé is confirmed during IMF negotiations, the fiscal decisions of one country could have consequences for the entire regional bloc.
This collective dimension is what makes the issue particularly sensitive.
According to the source, one country exceeding the threshold could prevent new IMF programmes from being concluded across the six-member bloc.
For now, however, that claim should be treated as information provided by an authorised source rather than as an officially published IMF condition.
The next steps will be crucial. The validation of CEMAC's regional assurances and subsequent discussions between the IMF and individual governments should clarify the precise conditions attached to any future programmes.
One point is already clear: as the 2027 budget cycle approaches, fiscal deficits are emerging as one of the most important economic issues facing CEMAC.
With lower oil revenues, high financing needs and tighter access to funding, governments will have to make increasingly difficult choices between public spending, investment and financial stability.
And in that regional equation, the 1.5% of GDP figure could become the threshold around which the next phase of relations between CEMAC and the IMF is shaped.
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Mouahna Divine