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CEMAC : Le gouverneur de la BEAC joue son va-tout à Washington pour débloquer 300 milliards FCFA attendus par le Cameroun

Suspendue depuis décembre 2025, la revue des assurances régionales de la CEMAC pourrait être validée en décembre 2026. Pour le Cameroun, l'enjeu est colossal : 300 milliards FCFA d'appuis budgétaires attendus d'un nouveau programme FMI. Récit d'une bataille diplomatique et financière.

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CEMAC–FMI : Yvon Sana Bangui joue son va-tout à Washington pour débloquer 300 milliards FCFA attendus par le Cameroun


C'est une bataille discrète mais décisive qui se joue loin des caméras. À Washington, le gouverneur de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a posé ses cartes sur la table du Fonds monétaire international (FMI). Objectif : remettre sur les rails une revue des assurances régionales de la CEMAC suspendue depuis décembre 2025 — un préalable incontournable pour que le Cameroun et ses voisins puissent à nouveau bénéficier des programmes financiers du Fonds.


Et l'enjeu est loin d'être anodin. Pour Yaoundé, c'est ni plus ni moins 300 milliards de FCFA d'appuis budgétaires qui sont en jeu pour 2027, selon le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEB) 2027-2029.


 Une réunion stratégique à Washington


Le 8 septembre 2026, la délégation conduite par Yvon Sana Bangui a rencontré Zeine Zeidane, directeur du département Afrique du FMI, dans la capitale américaine. Au menu des discussions : « les conditions de validation de la revue des assurances régionales suspendue depuis décembre 2025 » et les modalités de poursuite des programmes soutenus par l'institution dans la sous-région.


Selon un communiqué publié par la BEAC le 14 septembre, les échanges ont permis d'envisager une possible validation de cette revue en décembre 2026, après de nouvelles missions des services du FMI prévues en octobre.


Mais attention : rien n'est encore acquis. Ni la BEAC ni le FMI n'ont annoncé de décision ferme du Conseil d'administration. La prudence reste de mise.


Pourquoi cette revue est-elle si importante ?


Les assurances régionales, c'est le socle sur lequel repose la crédibilité financière de la CEMAC. Elles regroupent les engagements pris au niveau régional pour préserver les réserves de change, la stabilité monétaire et financière, ainsi que la solidité du secteur bancaire.


Elles complètent les engagements budgétaires et structurels que chaque État négocie séparément avec le FMI. Autrement dit : pas de validation des assurances régionales, pas d'accord financier national possible. C'est un passage obligé.


Or, la revue attendue fin 2025 a été reportée. Les documents officiels de la BEAC  pointent deux causes : « le non-alignement des politiques budgétaires à la stratégie régionale » et « l'incomplétude des accords sur les assurances régionales en appui aux réformes ».


Les réformes sur la table


Face au FMI, Yvon Sana Bangui a déroulé le tapis des mesures engagées depuis le report. La BEAC cite notamment :



  • Le rétablissement de trajectoires budgétaires jugées plus crédibles et soutenables ;

  • Le renforcement des effectifs de la Commission bancaire de l'Afrique centrale (Cobac) ;

  • La préparation d'une nouvelle législation bancaire ;

  • La révision du dispositif communautaire de surveillance multilatérale.


Le gouverneur a également plaidé pour une adaptation du dispositif des assurances régionales aux réalités économiques de la CEMAC. Selon la BEAC, cette approche « ne vise ni à remettre en cause les principes de bonne gouvernance, ni à relâcher la discipline macro-économique, mais à mieux articuler les engagements régionaux avec les programmes conclus entre les États membres et le FMI ».


Un calendrier sous haute tension


Les missions du FMI annoncées pour octobre devront évaluer l'état d'avancement de ces réformes. Ensuite, la BEAC situe en décembre 2026 la perspective d'une validation de la revue. Une échéance conditionnelle, donc.


L'enjeu concerne directement plusieurs États de la sous-région qui ne disposent plus d'un accord financier actif avec le Fonds :



  • Le Congo a achevé en mars 2025 son programme au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC).

  • Le Cameroun a vu les dernières revues de son programme FEC-MEDC approuvées en juillet 2025.

  • Le Gabon a vu son accord, approuvé pour trois ans en juillet 2021, arriver à échéance en 2024.


La situation est différente pour les trois autres pays :



  • Le Tchad bénéficie depuis juillet 2025 d'un nouvel accord de 48 mois au titre de la FEC.

  • La Guinée équatoriale est engagée dans un programme de suivi par les services du FMI, sans financement.

  • La République centrafricaine a vu son accord FEC conclu en avril 2023 expirer le 26 juin 2026.


Les États de la CEMAC avaient déjà pris, lors d'une réunion à Paris le 17 mars 2026, l'engagement « d'œuvrer collectivement et individuellement » à la bonne exécution des programmes existants et à la conclusion de nouveaux accords avec le FMI.


Le Cameroun, premier concerné


Pour le Cameroun, le calendrier de la revue régionale se superpose désormais à celui de la préparation budgétaire. Dans son DPEB 2027-2029, le gouvernement prévoit 300 milliards de FCFA d'appuis budgétaires en 2027, sous l'hypothèse de la conclusion d'un nouveau programme avec le FMI.


Cette enveloppe représente environ 9,5 % des besoins globaux de financement projetés pour 2027, évalués à 3 161,5 milliards de FCFA.


Le DPEB précise que « le bouclage financier des budgets des exercices 2027 à 2029 repose sur des appuis budgétaires attendus de la conclusion d'un nouveau Programme économique et financier avec le FMI » et classe l'absence d'accord parmi les risques pesant sur la soutenabilité des finances publiques à moyen terme.


Le montant attendu ne correspond pas nécessairement à des décaissements directs du seul FMI. Un programme avec l'institution de Washington peut également conditionner ou faciliter des appuis de partenaires tels que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l'Union européenne ou des bailleurs bilatéraux.


La mise en garde de Louis Paul Motazé


Le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motazé, avait tiré la sonnette d'alarme dès le 30 octobre 2025, à l'issue du Conseil de cabinet.


« Nous ne les aurions plus en cas de non-conclusion d'un nouveau programme avec le FMI. Cela signifie qu'il faudrait trouver d'autres ressources. C'est pourquoi nous estimons nécessaire d'ouvrir une réflexion sur un nouvel accord », avait-il déclaré.


Entre 2017 et 2025, les deux programmes mis en œuvre ont permis de mobiliser environ 2 600 milliards de FCFA d'appuis budgétaires auprès du FMI et d'autres partenaires. Un magot que Yaoundé ne veut pas voir s'évaporer.


Ce qu'il faut retenir



  1. La réunion de Washington ne règle pas à elle seule la question du futur programme camerounais. Elle porte sur le préalable régional.

  2. La prochaine échéance, c'est octobre 2026, avec les missions du FMI.

  3. Décembre 2026 pourrait voir la validation des assurances régionales — ou pas.

  4. Pour le Cameroun, l'enjeu est de 300 milliards FCFA dans le budget 2027.

  5. Sans accord FMI, c'est tout le bouclage financier 2027-2029 qui vacille.


Alors, décembre 2026 sera-t-il le mois de la délivrance pour la CEMAC ? Réponse dans les prochaines semaines. Une chose est sûre : Yvon Sana Bangui a mis tout son poids dans la balance. Reste à savoir si le FMI suivra.




CEMAC–IMF: BEAC Governor Yvon Sana Bangui Bets Big in Washington to Unlock CFAF 300 Billion for Cameroon


It's a discreet but decisive battle being fought far from the cameras. In Washington, the Governor of the Bank of Central African States (BEAC), Yvon Sana Bangui, has laid his cards on the IMF's table. His goal: to get the CEMAC regional assurances review—suspended since December 2025—back on track. This is a prerequisite for Cameroon and its neighbors to regain access to the Fund's financial programs.


And the stakes are far from trivial. For Yaoundé, it's nothing less than CFAF 300 billion in budget support on the line for 2027, according to the Medium-Term Economic and Budgetary Programming Document (DPEB) 2027-2029.


A Strategic Meeting in Washington


On September 8, 2026, the delegation led by Yvon Sana Bangui met with Zeine Zeidane, Director of the IMF's African Department, in the U.S. capital. On the agenda: *"the conditions for validating the regional assurances review suspended since December 2025"* and the terms for continuing the institution's supported programs in the sub-region.


According to a BEAC statement published on September 14, the talks opened the possibility of validating the review in December 2026, following new IMF staff missions scheduled for October.


But caution: nothing is set in stone. Neither the BEAC nor the IMF has announced a firm Board decision. Prudence remains the order of the day.


Why Is This Review So Critical?


Regional assurances are the foundation on which the CEMAC's financial credibility rests. They encompass commitments made at the regional level to preserve foreign exchange reserves, monetary and financial stability, and the soundness of the banking sector.


They complement the budgetary and structural commitments that each state negotiates separately with the IMF. In other words: no validation of regional assurances, no national financial agreement. It's a mandatory passage.


Yet the review expected in late 2025 was postponed. Official BEAC documents  point to two causes: "the misalignment of budgetary policies with the regional strategy" and "the incompleteness of agreements on regional assurances in support of reforms."


The Reforms on the Table


Before the IMF, Yvon Sana Bangui laid out the measures undertaken since the postponement. The BEAC cites in particular:



  • The restoration of budgetary trajectories deemed more credible and sustainable;

  • The strengthening of the Central African Banking Commission (COBAC) staff;

  • The preparation of new banking legislation;

  • The revision of the community multilateral surveillance framework.


The Governor also advocated for adapting the regional assurances framework to the economic realities of the CEMAC. According to the BEAC, this approach "neither calls into question the principles of good governance nor relaxes macroeconomic discipline, but rather better articulates regional commitments with the programs concluded between member states and the IMF."


A Calendar Under High Tension


The IMF missions announced for October will assess the progress of these reforms. Then, the BEAC targets December 2026 for a possible validation of the review. A conditional deadline, therefore.


The stakes directly concern several states in the sub-region that no longer have an active financial agreement with the Fund:



  • Congo completed its Extended Credit Facility (ECF) program in March 2025.

  • Cameroon saw the last reviews of its ECF-MEDC program approved in July 2025.

  • Gabon's previous agreement, approved for three years in July 2021, expired in 2024.


The situation differs for the other three countries:



  • Chad has benefited from a new 48-month ECF agreement since July 2025.

  • Equatorial Guinea is engaged in an IMF staff-monitored program without financing.

  • The Central African Republic's ECF agreement concluded in April 2023 expired on June 26, 2026.


CEMAC states had already committed, at a meeting held in Paris on March 17, 2026, to "work collectively and individually" toward the proper execution of existing programs and the conclusion of new agreements with the IMF.


Cameroon: First in Line


For Cameroon, the regional review calendar now overlaps with budget preparation. In its DPEB 2027-2029, the government forecasts CFAF 300 billion in budget support for 2027, assuming a new IMF program is concluded.


This envelope represents about 9.5% of the total financing needs projected for 2027, estimated at CFAF 3,161.5 billion.


The DPEB states that "the financial closing of the 2027 to 2029 budgets relies on budget support expected from the conclusion of a new Economic and Financial Program with the IMF" and classifies the absence of an agreement among the risks weighing on the sustainability of public finances in the medium term.


The expected amount does not necessarily correspond to direct disbursements from the IMF alone. A program with the Washington-based institution can also condition or facilitate support from partners such as the World Bank, the African Development Bank, the European Union, or bilateral donors.


Louis Paul Motazé's Warning


Cameroonian Finance Minister Louis Paul Motazé sounded the alarm as early as October 30, 2025, following the Cabinet Council.


"We would no longer have them if a new program with the IMF is not concluded. That means we would have to find other resources. That is why we believe it is necessary to open a reflection on a new agreement," he stated.


Between 2017 and 2025, the two implemented programs mobilized approximately CFAF 2,600 billion in budget support from the IMF and other partners. A windfall Yaoundé does not want to see evaporate.


Key Takeaways



  1. The Washington meeting alone does not settle the future Cameroonian program. It addresses the regional prerequisite.

  2. The next milestone is October 2026, with the IMF missions.

  3. December 2026 could see the validation of regional assurances—or not.

  4. For Cameroon, the stakes are CFAF 300 billion in the 2027 budget.

  5. Without an IMF agreement, the entire 2027-2029 financial closing is at risk.


So, will December 2026 be the month of deliverance for the CEMAC? The answer lies in the coming weeks. One thing is certain: Yvon Sana Bangui has thrown his full weight into the balance. The question is whether the IMF will follow.


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Silognhia Edwige

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