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Cacao camerounais : pourquoi le nouveau pari de l’ONCC et Cooko arrive à un moment décisif

Cacao : l’ONCC et Cooko signent un accord de trois ans pour renforcer la traçabilité et la qualité. Un partenariat stratégique avant les nouvelles règles européennes.

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Cacao : l’ONCC et Cooko relancent leur partenariat, mais les chiffres restent attendus


À Douala, l’Office national du cacao et du café (ONCC) et l’entreprise allemande Cooko repartent pour trois années de collaboration. Au cœur de ce nouvel accord : la qualité des fèves, la traçabilité des exploitations et la préparation de la filière camerounaise aux nouvelles exigences du marché européen. Mais plusieurs indicateurs essentiels de la première phase restent encore inconnus.


L’Office national du cacao et du café (ONCC) et Cooko, entreprise allemande spécialisée dans la fermentation post-récolte et la traçabilité numérique du cacao, ont signé le 10 septembre 2026 à Douala un nouveau protocole d’accord d’une durée de trois ans.


Signé par Michael Ndoping, directeur général de l’ONCC, et Epanty Mbanda, directeur pays de Cooko, ce texte remplace le protocole conclu en septembre 2021.


Le nouveau partenariat entend agir sur plusieurs maillons stratégiques de la filière : qualité du cacao, recherche, infrastructures de données, revenus des producteurs, entrepreneuriat agricole et politiques publiques.


Mais au-delà de l’annonce, une question demeure : quelle a été l’ampleur réelle des résultats obtenus depuis 2021 ?


L’ONCC n’a pas publié, à l’occasion de la signature du nouvel accord, de bilan chiffré permettant de mesurer le nombre de producteurs accompagnés, le nombre de parcelles géolocalisées, les volumes de cacao effectivement tracés ou encore l’impact du dispositif sur les revenus des producteurs.


La traçabilité devient un enjeu stratégique


Le nouveau protocole accorde une place importante à la traçabilité dite du « premier kilomètre ».


L’objectif est notamment de cartographier les exploitations, d’assurer leur suivi géospatial, d’enregistrer les récoltes et de conserver des données sur les transactions susceptibles d’être contrôlées.


Pour la filière camerounaise, cette évolution est loin d’être anodine. Le marché international du cacao se dirige de plus en plus vers une traçabilité fine de l’origine des fèves, avec une pression croissante sur les opérateurs pour démontrer que le cacao commercialisé respecte les exigences environnementales et réglementaires.


Le problème est que le texte intégral du protocole n’a pas été rendu public avec le communiqué de l’ONCC. Il n’est donc pas possible, à ce stade, de déterminer s’il prévoit un budget précis, des sources de financement, des échéances intermédiaires ou des indicateurs de performance.


Autre inconnue : l’interopérabilité des données.


Les informations collectées par Cooko seront-elles intégrées à un système national ? Seront-elles accessibles aux exportateurs ? Quel sera leur niveau de compatibilité avec les dispositifs publics existants ?


Ces questions prennent une importance particulière alors que le Cameroun travaille déjà avec l’Union européenne et la FAO sur des outils de cartographie et de localisation des zones cacaoyères destinés notamment à faciliter les contrôles liés à la déforestation. Les premiers résultats de cette initiative nationale ont été présentés en novembre 2025.


Ntui, laboratoire grandeur nature de Cooko


Une partie du nouveau partenariat doit prolonger les travaux menés au centre de recherche et de fermentation de Cooko à Ntui, dans la région du Centre.


Le dispositif développé par l’entreprise repose sur une identification des fèves dès leur récolte. Selon les informations communiquées par Cooko, les fèves fraîches sont placées dans des contenants fermés et identifiés par des étiquettes RFID, avant d’être acheminées vers Ntui pour la fermentation et le séchage.


L’ambition est de pouvoir rattacher chaque lot à son exploitation d’origine et de conserver les informations relatives aux différentes étapes du traitement post-récolte.


Sur le papier, le modèle répond donc à deux enjeux : améliorer la qualité du cacao et renforcer la connaissance de son origine.


Mais son poids dans la filière nationale reste encore limité et difficile à apprécier faute de données actualisées publiées sur les volumes effectivement traités.


En mai 2025, le directeur général de Cooko, Ferdinand van Heerden, indiquait au média spécialisé CocoaRadar que l’entreprise disposait d’une capacité de 15 tonnes par mois et visait une production annuelle de 300 tonnes.


À titre purement arithmétique, 300 tonnes représenteraient environ 0,12 % des 247 914 tonnes de cacao commercialisées au Cameroun pendant la campagne 2025-2026, si cet objectif était effectivement atteint.


Cooko n’a toutefois pas publié le volume réellement traité à Ntui au cours de cette campagne. Il est donc prématuré d’en déduire une contribution précise à l’ensemble de la production ou des exportations nationales.


L’Europe, un marché devenu incontournable


L’urgence autour de la traçabilité s’explique aussi par l’évolution de la réglementation européenne.


À compter du 30 décembre 2026, les grands et moyens opérateurs qui mettent du cacao ou des produits dérivés sur le marché de l’Union européenne devront notamment démontrer que leurs approvisionnements ne proviennent pas de terres déboisées après le 31 décembre 2020.


Ils devront également démontrer la conformité de la production avec la législation du pays d’origine et déposer une déclaration de diligence raisonnée.


Pour la plupart des micro et petites entreprises européennes, l’échéance est fixée au 30 juin 2027, selon le calendrier de la Commission européenne.


Ces obligations pèsent juridiquement sur les opérateurs et négociants concernés par la mise sur le marché européen. Mais, en amont, elles créent une exigence nouvelle pour les chaînes d’approvisionnement : les exportateurs et leurs fournisseurs camerounais devront être en mesure de fournir les données nécessaires sur les parcelles, l’origine et les périodes de production.


Et le Cameroun est particulièrement exposé à cette évolution.


Selon le bilan de l’ONCC, 84,62 % des exportations camerounaises de cacao de la campagne 2025-2026 étaient destinées à l’Europe.


Dans le même temps, les volumes exportés ont fortement reculé, passant de 192 012 tonnes à 125 469 tonnes, soit une baisse de 34,65 %.


Attention toutefois : le chiffre de 84,62 % concerne l’Europe au sens large, et non exclusivement l’Union européenne. Il permet de mesurer la forte orientation européenne de la filière camerounaise, mais ne permet pas d’isoler la part exacte des exportations soumises au règlement européen contre la déforestation.


Le cacao fin camerounais : une reconnaissance déjà acquise


Autre volet du partenariat : la recherche sur les caractéristiques aromatiques du cacao camerounais.


Le communiqué de l’ONCC évoque le dossier de reconnaissance du Cameroun comme producteur de cacao fin ou aromatique au titre de l’annexe C de l’Accord international sur le cacao.


Une précision est toutefois nécessaire : le Cameroun bénéficie déjà de cette reconnaissance.


Le Conseil international du cacao a inscrit le pays dans l’annexe C de l’Accord international sur le cacao de 2010 à la suite d’une décision adoptée le 26 avril 2024.


L’Organisation internationale du cacao reconnaît l’existence d’exportations camerounaises de cacao fin ou aromatique, mais précise que son groupe d’experts n’a pas encore pu déterminer la proportion exacte de ces exportations.


Le Ghana, la Malaisie et le Venezuela sont également concernés par cette situation.


Le nouvel Accord international sur le cacao, adopté le 13 février 2026, reprend cette classification. Au 13 septembre 2026, il n’était toutefois pas encore entré en vigueur.


Son article 39 prévoit notamment que l’annexe C et les proportions attribuées aux différents pays puissent être réexaminées avec l’appui d’un groupe d’experts.


Dans ce contexte, les recherches conduites à Ntui pourraient surtout contribuer à mesurer et caractériser la part du cacao camerounais susceptible d'être classée comme fin ou aromatique, plutôt qu’à obtenir une première reconnaissance internationale du pays.


Et cette distinction est importante pour les producteurs : la reconnaissance comme producteur de cacao fin ou aromatique ne garantit pas automatiquement une prime de prix. L’accord international ne fixe ni prix particulier ni mécanisme automatique de rémunération des producteurs.


Le véritable test sera celui des résultats


Avec ce nouveau protocole, le Cameroun cherche clairement à renforcer la qualité, la traçabilité et la compétitivité de son cacao dans un marché international de plus en plus exigeant.


Mais la réussite du partenariat ne se mesurera pas au nombre de protocoles signés.


Elle dépendra surtout de plusieurs indicateurs concrets : nombre de producteurs couverts, nombre de parcelles géolocalisées, volumes effectivement traçables, qualité des fèves, compatibilité des données avec les systèmes des exportateurs, extension géographique du dispositif et évolution des revenus des producteurs.


Pour l’instant, ces données ne sont pas publiquement disponibles.


L’enjeu pour l’ONCC et Cooko est donc désormais de transformer l’expérimentation de Ntui en un outil à l’échelle de la filière. Avec l’entrée en application progressive des nouvelles règles européennes, la traçabilité ne constitue plus seulement un argument technologique ou commercial : elle devient une condition de l’accès durable à un marché qui absorbe une part majeure du cacao camerounais.


Les trois prochaines années permettront ainsi de vérifier si le partenariat ONCC-Cooko peut passer d’une logique de démonstration à un dispositif suffisamment large pour produire un impact mesurable sur la filière et, surtout, sur les revenus des producteurs.




Cocoa: ONCC and Cooko renew partnership as Cameroon faces a crucial traceability challenge


Cameroon’s National Cocoa and Coffee Board (ONCC) and German company Cooko have signed a new three-year agreement focused on cocoa quality, traceability and post-harvest research. The partnership comes at a critical time, as European market requirements on deforestation and supply-chain traceability are tightening. Yet key figures from the previous phase remain unpublished.


The National Cocoa and Coffee Board (ONCC) and Cooko, a German company specialising in post-harvest cocoa fermentation and digital traceability, signed a new three-year memorandum of understanding in Douala on September 10, 2026.


The agreement was signed by Michael Ndoping, Director General of ONCC, and Epanty Mbanda, Cooko’s Country Director.


It replaces an earlier agreement signed in September 2021 and covers several strategic areas, including cocoa quality, research, data infrastructure, farmers’ incomes, agricultural entrepreneurship and public policy.


The agreement also places particular emphasis on so-called “first-mile” traceability, including farm mapping, geospatial monitoring, harvest registration and transaction data that can be audited.


However, the announcement leaves several important questions unanswered.


The full text of the agreement was not released with ONCC’s statement. As a result, it is not possible to determine whether the three-year programme includes a specific budget, financing sources, interim deadlines or measurable performance indicators.


Nor have ONCC and Cooko publicly disclosed the number of farmers and plots registered since 2021, the total area geolocated or the volume of cocoa currently covered by the traceability system.


Ntui at the centre of Cooko’s strategy


The new partnership is expected to continue work at Cooko’s research and fermentation centre in Ntui, in Cameroon’s Centre Region.


According to information provided by the company, fresh cocoa beans are placed immediately after harvesting into sealed containers identified with RFID labels. They are then transported to Ntui for fermentation and drying.


The system is designed to link each cocoa lot to its farm of origin while preserving data generated throughout the post-harvest process.


The potential benefits are significant: improved quality control, better traceability and more reliable information about the origin of cocoa beans.


But the scale of the Ntui operation within Cameroon’s national cocoa industry remains difficult to assess.


In May 2025, Cooko CEO Ferdinand van Heerden told specialised cocoa media CocoaRadar that the company had a capacity of 15 tonnes per month and was targeting annual production of 300 tonnes.


If achieved, that target would represent approximately 0.12% of the 247,914 tonnes of cocoa marketed in Cameroon during the 2025-2026 season.


Cooko has not publicly disclosed the volume actually processed at Ntui during that season.


Europe raises the stakes


The traceability issue has become increasingly important because of changes in European regulation.


From December 30, 2026, large and medium-sized operators placing cocoa and cocoa products on the European Union market will have to demonstrate that their supplies do not originate from land deforested after December 31, 2020.


They will also have to demonstrate compliance with the legislation of the country of production and submit a due diligence statement.


For most micro and small companies, the applicable deadline is June 30, 2027, according to the European Commission.


These legal obligations directly concern operators and traders placing products on the EU market. However, they also create new requirements further upstream in the supply chain.


Cameroonian exporters and their suppliers will increasingly need to provide information such as farm coordinates, production periods and other data required to verify the origin and legality of cocoa supplies.


Cameroon is particularly exposed to these requirements because of its strong orientation towards the European market.


According to ONCC figures, 84.62% of Cameroon’s cocoa exports during the 2025-2026 season went to Europe.


At the same time, exported volumes fell sharply, from 192,012 tonnes to 125,469 tonnes, a decline of 34.65%.


The 84.62% figure, however, refers to Europe as a broader geographical area rather than exclusively to the European Union. It therefore confirms the importance of the European market without establishing the exact share subject to the EU deforestation regulation.


Cameroon already recognised as a fine-flavour cocoa producer


Another component of the partnership concerns research into the aromatic characteristics of Cameroonian cocoa.


ONCC’s statement refers to work related to Cameroon’s recognition as a producer of fine or flavour cocoa under Annex C of the International Cocoa Agreement.


There is, however, an important clarification: Cameroon has already received this recognition.


The International Cocoa Council included Cameroon in Annex C of the 2010 International Cocoa Agreement following a decision adopted on April 26, 2024.


The International Cocoa Organization recognises that Cameroon exports fine or flavour cocoa, but says its expert group has not yet been able to determine the proportion of such exports.


Ghana, Malaysia and Venezuela are in a similar position.


The new International Cocoa Agreement, adopted on February 13, 2026, maintains this classification. As of September 13, 2026, however, the agreement had not yet entered into force.


Article 39 provides for a possible review of Annex C and the proportions attributed to countries with the support of an expert group.


Research conducted at Ntui could therefore help measure and characterise the share of Cameroonian cocoa that can be classified as fine or flavour cocoa, rather than securing an initial international recognition for Cameroon.


This distinction is important for farmers. Recognition as a fine or flavour cocoa-producing country does not automatically guarantee a price premium. The international agreement does not establish a specific price or an automatic mechanism for remunerating producers.


The real test will be measurable results


The renewed ONCC-Cooko partnership comes at a critical moment for Cameroon’s cocoa sector.


The country needs to strengthen quality, traceability and competitiveness while adapting its supply chains to increasingly demanding international standards.


But the success of the agreement will ultimately depend on measurable outcomes: the number of farmers covered, the number of geolocated plots, the volume of traceable cocoa, quality improvements, compatibility with exporters’ systems, geographical expansion and changes in farmers’ incomes.


For now, these figures remain unavailable publicly.


The challenge for ONCC and Cooko over the next three years will therefore be to determine whether the Ntui experience can move beyond a technological demonstration and become a traceability system operating at a meaningful scale across Cameroon’s cocoa sector.


With the implementation of the European deforestation regulation approaching, traceability is no longer simply a technological or commercial selling point.


For Cameroon, it is becoming a strategic condition for maintaining access to a market that absorbs a major share of the country’s cocoa exports.


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Christ Ndiffong (Stagiaire)

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