Cicam sous scellés à Garoua : la CNPS exige ses 4,5 milliards et met l’entreprise publique au pied du mur
Garoua, le 15 juillet 2026 – Coup de tonnerre dans le secteur industriel camerounais. La Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) a placé sous scellés, le 8 juillet 2026, plusieurs installations de la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam) à Garoua. Cette mesure radicale vise à recouvrer près de 4,5 milliards de FCFA d’arriérés de cotisations sociales.
La source interne confirme à la fois la fermeture effective des usines et magasins concernés et le montant exact de la dette. Face à cette pression, la direction de la Cicam a entamé des négociations serrées avec la CNPS pour établir un nouvel échéancier de remboursement. « Les négociations sont en bonne voie », assure notre interlocuteur. L’entreprise prévoit de verser rapidement un premier montant pour démontrer sa bonne foi et solliciter la reconduction du moratoire dont elle bénéficiait jusqu’ici.
À la date de publication de cet article, aucun nouvel accord n’avait encore été conclu. Les détails du précédent moratoire – durée, nombre d’échéances honorées et raisons précises ayant conduit à la pose des scellés – demeurent confidentiels, mais ils seront déterminants dans les discussions en cours.
Une entreprise au bord du gouffre
Cette nouvelle crise intervient alors que la Cicam traverse l’une des périodes les plus sombres de son existence. Affaiblie par l’invasion des vêtements de seconde main, la concurrence féroce des tissus et vêtements asiatiques et ouest-africains, ainsi que par la contrebande, l’entreprise publique a vu ses parts de marché fondre comme neige au soleil.
Résultat : pertes cumulées, outil de production obsolète et investissements insuffisants. Une étude diagnostique réalisée par le cabinet Mazars pour le ministère de l’Industrie et le Bureau de mise à niveau chiffre le coût de la restructuration entre 30,7 et 48,2 milliards de FCFA, selon les scénarios. Dans l’hypothèse d’un financement purement étatique, le besoin net s’élèverait à 40,6 milliards. L’arrivée d’un investisseur privé pourrait le ramener à 21,7 milliards. Dans tous les cas, une injection massive de capitaux s’impose pour moderniser l’appareil industriel et relancer l’activité.
Arise toujours dans l’attente, Camtext en embuscade
Depuis fin 2024, les discussions entre l’État camerounais et Arise Integrated Industrial Platforms pour une entrée au capital de la Cicam piétinent. Cette absence d’accord maintient un flou total sur le futur financement et le partenaire stratégique de la relance.
Parallèlement, un ambitieux projet émerge : la création de Camtext SA, complexe textile intégré évalué à 180 milliards de FCFA dans la zone industrielle de Dibamba. Porté par un consortium associant Panafritex (filiale d’Arise), la Sodecoton, la CNPS et Marlo Properties Fincorp, ce projet vise à transformer localement 12 000 tonnes de coton par an, dans la droite ligne de l’objectif gouvernemental de 50 % de transformation locale à l’horizon 2030.
La présence de la CNPS dans ce consortium – alors qu’elle est créancière majeure de la Cicam – interroge. L’organisme cumule les casquettes de recouvreur de dettes et d’investisseur dans le futur de la filière. Sans constituer une contradiction en soi, cette double position renforce les interrogations sur le positionnement futur de la Cicam dans une industrie textile en pleine recomposition.
La levée des scellés permettrait de rouvrir les installations de Garoua, mais ne résoudrait qu’une partie du problème. La survie durable de la Cicam dépendra de la mobilisation effective des financements, de l’arrivée ou non d’un partenaire stratégique et d’une clarification claire de son rôle dans la nouvelle architecture de la filière coton-textile camerounaise.
L’enjeu dépasse largement le sort d’une entreprise : il s’agit de l’avenir d’une industrie stratégique pour l’industrialisation du Cameroun.
Cicam Factories Sealed in Garoua: CNPS Demands 4.5 Billion FCFA in Arrears and Tightens the Screw
Garoua, July 15, 2026 – A major shockwave has hit Cameroon’s industrial sector. On July 8, 2026, the National Social Insurance Fund (CNPS) placed several facilities of the Cameroon Industrial Cotton Company (Cicam) in Garoua under seal. This recovery measure targets approximately 4.5 billion FCFA in unpaid social contributions.
The internal source confirms both the closure of the affected factories and shops and the exact amount of the debt. The company’s management is now negotiating a new repayment schedule with the CNPS. “Negotiations are progressing well,” the source assures. Cicam plans to make an initial payment to demonstrate good faith and request the renewal of the moratorium it previously enjoyed.
As of the publication date, no new schedule had yet been agreed upon.
A company on the brink
This latest episode comes as Cicam faces one of the most critical periods in its history. Hit hard by the flood of second-hand clothing, fierce competition from Asian and West African imports, and smuggling, the public company has steadily lost market share.
Its commercial and financial difficulties have led to mounting losses and a severely degraded, largely obsolete production tool due to chronic underinvestment. A diagnostic study conducted by Mazars for the Ministry of Industry estimates the cost of restructuring at between 30.7 and 48.2 billion FCFA. Full state funding would require a net 40.6 billion FCFA, while bringing in a private investor could reduce it to 21.7 billion. In both cases, a massive capital injection is deemed essential.
Arise talks stalled, Camtext on the horizon
Discussions underway since late 2024 between the Cameroonian State and Arise Integrated Industrial Platforms for an equity stake in Cicam have yet to yield a public agreement. Meanwhile, a major new project is advancing: Camtext SA, a 180 billion FCFA integrated textile complex in the Dibamba industrial zone. The consortium includes Panafritex (Arise), Sodecoton, CNPS, and Marlo Properties Fincorp. It aims to locally process 12,000 tonnes of cotton annually, supporting the government’s target of 50% local cotton processing by 2030.
The CNPS’s dual role as both creditor to Cicam and investor in Camtext raises questions about the future positioning of the historic public operator in a rapidly evolving textile sector.
While lifting the seals would reopen access to Garoua facilities, it would not solve Cicam’s structural challenges. The company’s long-term revival remains dependent on securing financing, attracting a strategic partner, and defining its place in the country’s restructured cotton-textile value chain.
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Moussa Nassourou