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Cameroun : près de 292 milliards FCFA de la BAD menacés, pendant que la Boucle de la Lékié accumule encore les retards

Le Cameroun risque de perdre près de 292 milliards FCFA de financements de la BAD faute de signatures et de décaissements. Pendant ce temps, la Boucle de la Lékié accuse un nouveau retard avec seulement 57 % des travaux réalisés.

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Le Cameroun face à une double alerte sur ses grands projets d'investissement


Le Cameroun traverse une période délicate sur le front des investissements publics. D'un côté, près de 292 milliards de FCFA de financements approuvés par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) risquent d'être annulés en raison de retards administratifs et de l'absence de décaissements. De l'autre, le chantier stratégique de la Boucle de la Lékié continue d'accumuler les reports, avec une livraison désormais annoncée pour novembre 2026, soit près de deux ans après le calendrier initial.


Ces constats ont été présentés le 14 juillet 2026 à Yaoundé, lors de la revue conjointe du portefeuille entre le gouvernement camerounais et la BAD.


Près de 292 milliards FCFA de financements menacés


Selon les documents examinés lors de cette revue, sept opérations représentant 373,419 millions d'unités de compte (UC) sont aujourd'hui exposées à un risque d'annulation.


L'unité de compte est la monnaie de référence utilisée par la BAD. Les 373,419 millions d'UC correspondent à environ 292 milliards de FCFA.


Il ne s'agit pas de fonds déjà encaissés par le Cameroun, mais de prêts et de dons déjà approuvés par les instances de la Banque. Toutefois, ces financements doivent encore franchir plusieurs étapes administratives avant leur mobilisation effective, notamment la signature des accords, leur entrée en vigueur et le lancement des premiers décaissements.


Faute de respecter ces procédures dans les délais fixés par l'institution panafricaine, ces ressources pourraient être définitivement retirées.


La route Ngoura–Yokadouma concentre plus de 70 % du risque


Le projet le plus exposé concerne le Programme de désenclavement et de connectivité des bassins économiques transfrontaliers, qui prévoit notamment l'aménagement de la route Ngoura–Yokadouma.


À lui seul, ce programme représente 265,4 millions d'UC, soit environ 207 milliards de FCFA, ce qui équivaut à plus de 71 % de l'ensemble des financements menacés.


Pourtant approuvé le 18 février 2026, l'accord de financement n'était toujours pas signé au moment de la revue.


Universités, énergie, pont sur le Ntem : plusieurs projets concernés


Outre la route Ngoura–Yokadouma, cinq autres opérations attendent encore la signature de leurs accords de financement :



  • le Projet d'appui à l'Université panafricaine (Phase 2) ;

  • l'étude de l'aménagement hydroélectrique de Minkouma sur le fleuve Sanaga ;

  • les études de la future cité universitaire CUA-Y2 ;

  • le projet PROSTABLT consacré à la stabilisation du bassin du lac Tchad ;

  • le projet régional de facilitation du transport et du commerce comprenant la construction d'un pont sur le fleuve Ntem.


Ensemble, ces six opérations totalisent 339,419 millions d'UC, soit près de 265 milliards de FCFA.


PARZIK2 : un accord signé mais toujours sans décaissement


Le septième projet concerné est le Projet d'aménagement des routes de désenclavement de la zone industrielle et portuaire de Kribi (PARZIK2).


Contrairement aux autres opérations, son accord a bien été signé.


Mais plus de quinze mois après cette signature, aucun décaissement n'avait encore été effectué, exposant également ce financement de 34 millions d'UC (26,54 milliards FCFA) à une éventuelle annulation.


Cette situation illustre les lenteurs qui continuent de freiner la mise en œuvre des investissements publics.


Des retards largement supérieurs aux normes de la BAD


La revue du portefeuille révèle des délais particulièrement élevés.


En moyenne :



  • 12 mois séparent l'approbation d'un projet de la signature de son accord (contre 3 mois prévus par la BAD) ;

  • 16 mois sont nécessaires avant son entrée en vigueur (contre 5 mois attendus) ;

  • 21 mois s'écoulent avant le premier décaissement, alors que la Banque vise un délai maximal de 12 mois.


Ces retards ralentissent considérablement la réalisation des investissements financés par les partenaires techniques et financiers.


Le gouvernement reconnaît plusieurs difficultés


Le ministre de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, a identifié plusieurs facteurs expliquant cette situation.


Il a notamment évoqué :



  • la préparation insuffisante de certains projets ;

  • les lenteurs dans les procédures de passation des marchés publics ;

  • les difficultés d'exécution ;

  • les capacités limitées de certaines unités de gestion ;

  • la mobilisation tardive des fonds de contrepartie de l'État ;

  • le non-respect de certaines conditions contractuelles.


Selon les autorités, ces difficultés augmentent le risque de perdre des financements pourtant déjà validés par les bailleurs.


Depuis 1972, le Groupe de la BAD a accordé au Cameroun 130 prêts et dons, représentant un volume cumulé d'environ 3 345 milliards de FCFA.


Pour la période 2023-2028, le programme prévoit encore 11 nouvelles opérations, évaluées à 833,8 milliards de FCFA.


Boucle de la Lékié : un chantier encore loin de son objectif


Parallèlement, le ministère des Travaux publics (Mintp) a confirmé un nouveau report de la livraison de la Boucle de la Lékié.


Initialement attendus en décembre 2024, les travaux devraient désormais s'achever en novembre 2026.


Au 13 juillet 2026, le chantier affichait un taux d'exécution physique de 57,03 %.


Le Mintp pointe surtout la responsabilité de l'entreprise


Si des retards de paiement existent, le ministère estime qu'ils ne constituent pas la principale explication.


Les décomptes impayés atteignent 519,452 millions de FCFA, mais le Mintp souligne que plus de 4,204 milliards de FCFA ont déjà été versés à Arab Contractors entre janvier et avril 2026.


Selon le ministère, les principaux freins restent :



  • une faible mobilisation des équipes ;

  • un nombre insuffisant d'engins ;

  • une organisation jugée peu efficace sur le chantier.


Le gouvernement demande ainsi à l'entreprise de renforcer rapidement ses moyens humains et matériels afin de respecter la nouvelle échéance.


Le pont sur la Ngobo toujours en attente


L'état d'avancement montre que plusieurs ouvrages restent inachevés.


À ce jour :



  • 43,4 km de couche de base ont été réalisés sur les 81,5 km du projet ;

  • 30,72 km disposent déjà d'une couche de roulement ;

  • 62 dalots sur 115 sont terminés ;

  • seulement 18,3 km de caniveaux et fossés ont été réalisés.


En revanche, les travaux du pont sur la rivière Ngobo n'avaient toujours pas démarré, alors qu'ils figurent désormais parmi les priorités du chantier.


Une nouvelle échéance sous forte pression


La Boucle de la Lékié est appelée à améliorer les échanges économiques entre plusieurs localités, faciliter l'évacuation des produits agricoles et renforcer la mobilité dans cette partie de la région du Centre.


Mais avec 57 % des travaux exécutés et plusieurs infrastructures encore à construire, l'entreprise dispose désormais de moins de quatre mois pour respecter la nouvelle date de livraison fixée par le gouvernement.


Parallèlement, le risque d'annulation de près de 292 milliards de FCFA de financements de la BAD rappelle que l'efficacité dans la préparation, la contractualisation et l'exécution des projets reste un enjeu majeur pour préserver les ressources destinées au développement des infrastructures camerounaises.




Cameroon risks losing nearly CFA292 billion in AfDB funding as Lekie Ring Road project faces fresh delays


Cameroon is facing growing pressure over the implementation of major public investment projects. According to documents presented during the Government–African Development Bank (AfDB) portfolio review held in Yaoundé on July 14, 2026, nearly 373.419 million Units of Account (about CFA292 billion) in approved financing is at risk of cancellation.


The funds have already been approved by the AfDB but have not yet been mobilized because financing agreements remain unsigned or no disbursements have been made within the required deadlines.


The largest project at risk is the Ngoura–Yokadouma road, representing 265.4 million Units of Account (around CFA207 billion), or more than 71% of the threatened financing.


Six projects have not yet reached the agreement-signing stage, while the PARZIK2 project, aimed at improving roads serving the Kribi industrial and port area, has signed its financing agreement but has recorded no disbursement for more than fifteen months.


The portfolio review also highlights significant implementation delays. On average, Cameroon takes 12 months to sign financing agreements after project approval, 16 months for agreements to become effective, and 21 months before the first disbursement—well above AfDB benchmarks.


Minister of Economy Alamine Ousmane Mey acknowledged that weak project preparation, slow procurement procedures, delayed counterpart funding, and limited implementation capacity continue to hamper project execution.


Meanwhile, the Lekie Ring Road project has been postponed once again. Completion is now expected in November 2026, almost two years later than initially planned.


As of July 13, 2026, physical progress stood at 57.03%. The Ministry of Public Works stated that while outstanding payments amount to CFA519.45 million, the main causes of delay are the contractor's poor organization, insufficient workforce, and inadequate equipment.


The Egyptian contractor Arab Contractors reportedly received more than CFA4.2 billion between January and April 2026, yet several critical components—including the Ngobo River bridge—have yet to begin.


The AfDB has financed 130 loans and grants in Cameroon since 1972, totaling approximately CFA3.345 trillion. For the 2023–2028 period, the Bank plans 11 additional operations worth about CFA833.8 billion.


The current situation underscores the importance of accelerating administrative procedures and project implementation to prevent the loss of strategic development financing.


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Didier Cebas K.

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