Apouh à Ngog contre l’État et la Socapalm : le bras de fer foncier de plusieurs centaines d’hectares entre dans une phase décisive
Le contentieux foncier qui oppose les populations d’Apouh à Ngog, dans l’arrondissement d’Édéa Ier, à l’État du Cameroun sur fond de différend avec la Société camerounaise de palmeraies (Socapalm), s’apprête à franchir une étape importante. Après le report de la première audience en raison d’une panne d’électricité au palais de justice, le dossier sera de nouveau examiné le 2 juillet 2026.
Cette affaire, qui suscite un vif intérêt dans les milieux fonciers, agricoles et communautaires, soulève des questions sensibles liées à la gestion des terres, aux concessions agro-industrielles et aux droits des populations riveraines.
Une audience reportée avant l’ouverture du fond du dossier
Prévue le 4 juin 2026 devant la juridiction administrative compétente, la première audience n’a finalement pas pu se tenir. Selon les informations disponibles, une panne d’électricité au palais de justice a conduit au renvoi de l’affaire au 2 juillet prochain.
Cette prochaine échéance devrait permettre la désignation d’un magistrat rapporteur chargé d’analyser les éléments du dossier et d’éclairer la formation de jugement sur les enjeux juridiques et administratifs du contentieux.
Cinq titres fonciers au cœur du litige
Le différend porte principalement sur cinq titres fonciers attribués à la Socapalm le 10 août 1960 : les titres 183 SN, 184 SN, 195 SN, 196 SN et 197 SN.
Selon les populations requérantes, regroupées autour des autorités traditionnelles locales et de l’Association des femmes riveraines de la Socapalm Édéa (AFRISE), des investigations menées par le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf) auraient révélé des écarts entre les superficies officiellement couvertes par ces titres et les terrains effectivement exploités par l’entreprise agro-industrielle.
Les riverains estiment que certaines zones exploitées dépasseraient les limites foncières légalement reconnues.
Une action dirigée contre l’État du Cameroun
Contrairement à ce que pourrait laisser croire la médiatisation du dossier, les populations n’ont pas choisi de porter leur action judiciaire directement contre la Socapalm.
Selon Me Jean-Marc Touon, avocat des requérants, il s’agit avant tout d’un recours administratif contre l’État du Cameroun pour excès de pouvoir.
« Nous n’avons pas voulu orienter l’action uniquement contre Socapalm, parce que les titres fonciers, les arrêtés du ministre et les actes administratifs sont pris par l’État du Cameroun », explique l’avocat.
Les demandeurs ne sollicitent pas l’annulation des titres fonciers délivrés en 1960. Ils souhaitent plutôt que la justice établisse l’existence éventuelle d’empiétements et ordonne, le cas échéant, la restitution des superficies litigieuses aux communautés concernées.
Une commission annoncée mais jamais mise en place ?
Le dossier trouve également son origine dans une correspondance administrative datant du 20 septembre 2023.
À cette date, le Mindcaf aurait demandé au préfet de la Sanaga-Maritime de mettre en place une commission de reconstitution des bornes avec les services compétents afin de clarifier les limites foncières concernées.
D’après les représentants des populations locales, cette instruction n’aurait jamais été exécutée.
Cette absence de suivi administratif aurait finalement conduit les autorités traditionnelles d’Apouh à Ngog à saisir la juridiction administrative afin d’obtenir une clarification judiciaire du dossier.
Des tensions ravivées par les campagnes de replantation
Depuis 2023, les opérations de renouvellement des plantations de palmiers à huile menées par la Socapalm dans la région ont ravivé les tensions entre l’entreprise et plusieurs communautés riveraines.
Les populations concernées dénoncent une réduction progressive de leur accès aux terres qu’elles considèrent comme ancestrales. Elles affirment également que cette situation affecte leurs activités agricoles ainsi que leurs moyens de subsistance.
Le débat dépasse désormais le simple cadre local et s’inscrit dans une problématique plus large de coexistence entre les grands investissements agro-industriels et les droits fonciers des communautés rurales.
Le rapport de Green Development Advocates relance le débat
Un rapport publié par l’organisation de la société civile camerounaise Green Development Advocates (GDA) apporte également de nouveaux éléments au dossier.
Le document évoque notamment une superficie de 874 hectares attribuée à Apouh par arrêté préfectoral du 3 mars 2021. Selon GDA, l’exploitation agricole de cet espace aurait commencé avant l’aboutissement complet des procédures administratives nécessaires à son attribution définitive.
Ces éléments alimentent davantage les interrogations autour de la régularité de certaines occupations foncières dans la zone.
La Socapalm rejette toute irrégularité
Face aux accusations portées par les populations et certaines organisations de la société civile, la Socapalm maintient sa position.
L’entreprise affirme que l’ensemble de ses titres fonciers a été délivré par l’État du Cameroun et soutient qu’elle exerce ses activités dans le respect des dispositions légales en vigueur.
La société indique également participer à un processus de clarification foncière impliquant l’administration publique et les communautés riveraines.
Acteur majeur de la filière huile de palme au Cameroun, la Socapalm est une société anonyme de droit camerounais dont le capital est détenu à 67,46 % par Socfinaf, à 22,36 % par l’État du Cameroun, le reste étant coté à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale à Douala.
Une décision attendue bien au-delà d’Apouh à Ngog
L’audience prévue le 2 juillet 2026 pourrait marquer un tournant dans ce dossier complexe mêlant enjeux fonciers, administratifs, économiques et sociaux.
Au-delà du cas spécifique d’Apouh à Ngog, cette affaire pose la question de la sécurisation des droits fonciers des communautés locales, de la transparence dans la gestion des concessions agro-industrielles et du rôle de l’État dans la prévention et la résolution des conflits liés à l’exploitation des terres.
Pour de nombreux observateurs, l’issue de cette procédure pourrait constituer un précédent important dans la gouvernance foncière au Cameroun.
Apouh-Ngog vs. the State and Socapalm: Major Land Dispute Enters a Crucial Judicial Phase
The land dispute opposing the Apouh-Ngog community in Edéa I subdivision to the State of Cameroon, with palm oil producer Socapalm at the center of the controversy, is entering a critical legal stage.
The first court hearing scheduled for June 4, 2026, was postponed due to a power outage at the courthouse and has been rescheduled for July 2, 2026.
At the heart of the case are five land titles (183 SN, 184 SN, 195 SN, 196 SN, and 197 SN) granted to Socapalm on August 10, 1960. Community representatives argue that investigations conducted by the Ministry of State Property, Surveys and Land Tenure revealed discrepancies between the officially registered land areas and the areas currently exploited by the company.
According to lawyer Jean-Marc Touon, representing local residents through the Association of Women Living Near Socapalm Edéa (AFRISE), the lawsuit primarily targets the Cameroonian State rather than Socapalm itself, as the disputed land titles and administrative decisions were issued by public authorities.
The plaintiffs are not seeking the cancellation of the historical land titles. Instead, they want the court to determine whether encroachments have occurred and, if confirmed, order the return of disputed land to local communities.
Tensions have intensified since 2023 following Socapalm’s replanting campaigns, which residents claim have reduced access to ancestral lands and negatively affected farming activities and livelihoods.
A report by Green Development Advocates (GDA), a Cameroonian civil society organization, has further fueled the debate by questioning the legality of certain land occupations within the area.
Socapalm firmly rejects allegations of land irregularities, stating that all its land titles were legally granted by the State of Cameroon and that it operates within the legal framework while participating in ongoing land clarification discussions involving public authorities and local communities.
The July 2 hearing is expected to open a new chapter in a case that goes beyond Apouh-Ngog, raising broader questions about land governance, agro-industrial concessions, community land rights, and the role of the State in balancing investment interests with local populations' rights.
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Ange NGO