Pavillon camerounais : des navires liés à la « flotte fantôme » russe radiés, Yaoundé veut restaurer sa crédibilité maritime
Le Cameroun a engagé une opération d'assainissement de son registre maritime après la découverte de plusieurs navires étrangers soupçonnés d'avoir utilisé, de manière irrégulière ou frauduleuse, le pavillon camerounais. Dans un communiqué récent, le ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, a annoncé la radiation de plusieurs bâtiments immatriculés au Cameroun, dans un contexte international marqué par une surveillance accrue des navires impliqués dans le transport du pétrole russe sous sanctions.
Cette décision intervient alors que le nom du Cameroun a été cité ces derniers mois dans plusieurs rapports évoquant l'utilisation de son pavillon par des navires associés à la désormais célèbre « flotte fantôme » russe.
Une première liste aux motifs particulièrement sensibles
Une première version du document intitulé « Liste des navires de la liste de l'Union européenne, radiés du pavillon camerounais » mentionnait explicitement les raisons ayant conduit à la radiation de plusieurs navires.
Au moins huit bâtiments y étaient présentés comme étant liés au transport de pétrole russe, à la flotte fantôme russe ou à des opérations impliquant des pays sous sanctions internationales.
Parmi les navires concernés figuraient notamment Jasper, Deliver, Ira, Marquise et Tyche 1, identifiés comme étant associés au transport de brut ou de produits pétroliers russes.
Trois autres navires, Lia, Vikram et Lark, étaient quant à eux liés, selon cette première liste, à des activités impliquant des États sous sanctions ou à leur inscription sur des listes de sanctions internationales.
Plus surprenant, cette version détaillée aurait ensuite été retirée puis remplacée par une nouvelle liste ne faisant plus apparaître les motifs précis de radiation.
Des pratiques maritimes à haut risque dans le viseur
Les motifs initialement mentionnés soulignent la sensibilité du dossier.
Certains navires étaient accusés de participer au transport de pétrole russe, tandis que d'autres étaient associés à des pratiques irrégulières à haut risque, à une conduite trompeuse, ou encore à des opérations STS (Ship-to-Ship Transfer), une technique consistant à transférer une cargaison d'un navire à un autre en mer.
Des soupçons portaient également sur l'extinction volontaire ou la manipulation de l'AIS (Automatic Identification System), le dispositif permettant de suivre les mouvements des navires en temps réel.
D'autres bâtiments auraient effectué des escales dans des zones sous forte surveillance internationale, notamment en Crimée occupée, territoire au cœur des tensions géopolitiques liées à la guerre en Ukraine.
Une pression internationale croissante sur les pavillons de complaisance
Depuis le déclenchement du conflit russo-ukrainien, les pays occidentaux ont renforcé leur dispositif de contrôle afin de limiter les revenus tirés par Moscou des exportations pétrolières.
Dans cette stratégie, les autorités européennes et leurs partenaires surveillent particulièrement les navires utilisant des pavillons de complaisance, soupçonnés de servir à contourner les sanctions internationales.
Le Cameroun s'est ainsi retrouvé sous les projecteurs après des signalements faisant état de navires opérant ou tentant d'opérer sous pavillon camerounais.
Selon des sources proches du dossier maritime, près d'une quarantaine de navires auraient été immatriculés ou auraient cherché à bénéficier du pavillon national. Toutefois, ce chiffre reste à confirmer officiellement.
Un enjeu stratégique pour l'image du Cameroun
Au-delà de la radiation des navires concernés, cette affaire soulève des interrogations majeures sur la gouvernance du registre maritime national.
Pour les experts du secteur, un pavillon associé à des navires sanctionnés ou à des activités opaques peut nuire considérablement à la réputation d'un pays sur la scène maritime internationale.
Les conséquences peuvent être multiples : contrôles renforcés dans les ports étrangers, méfiance accrue des assureurs maritimes, réticences des affréteurs internationaux et possibles tensions diplomatiques avec certains partenaires stratégiques.
Conscient de ces enjeux, le gouvernement camerounais a engagé plusieurs concertations sous l'égide de la Primature afin de revoir les procédures d'immatriculation des navires étrangers.
Vers une réforme du système d'immatriculation maritime
Selon les informations disponibles, des missions d'enquête mandatées par la Primature ont effectué des descentes sur le terrain en mai dernier dans les circonscriptions maritimes de Douala, Kribi et Limbé, habilitées à délivrer le pavillon camerounais.
L'objectif affiché est clair : identifier les éventuelles failles du système, renforcer les mécanismes de contrôle et réviser les textes réglementaires encadrant l'attribution du pavillon national.
La radiation des navires apparaît ainsi comme une première mesure corrective. Toutefois, plusieurs zones d'ombre subsistent.
Comment ces navires ont-ils obtenu leur immatriculation ? Quels contrôles ont été effectués avant l'attribution du pavillon ? Des intermédiaires privés ont-ils joué un rôle dans le processus ? Et pourquoi la première liste détaillée a-t-elle été remplacée par une version moins explicite ?
À ce stade, le ministère des Transports n'avait pas encore apporté de réponses détaillées à ces interrogations. Une clarification officielle est désormais attendue sur l'ampleur réelle du phénomène, les éventuelles responsabilités administratives et les réformes destinées à protéger durablement la crédibilité du pavillon camerounais.
Cameroon removes ships linked to Russia's “shadow fleet” in major maritime registry cleanup
Cameroon has launched a major cleanup of its maritime registry after discovering several foreign vessels suspected of improperly or fraudulently operating under the Cameroonian flag.
In a recent statement, Minister of Transport Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe announced the removal of several vessels from the national registry amid growing international scrutiny of ships involved in transporting Russian oil under sanctions.
According to information reported by Investir au Cameroun, an initial document listing vessels removed from the Cameroonian registry explicitly cited links to Russian oil transportation, Russia's so-called "shadow fleet," and activities involving sanctioned countries.
The vessels named included Jasper, Deliver, Ira, Marquise, Tyche 1, Lia, Vikram, and Lark.
Some were allegedly involved in transporting Russian crude oil and petroleum products, while others were associated with high-risk maritime practices, deceptive conduct, ship-to-ship (STS) transfers, AIS manipulation, or operations connected to sanctioned territories.
The move comes as the European Union and its allies intensify efforts to prevent the circumvention of sanctions imposed on Russia following the war in Ukraine.
Reports have recently linked Cameroon to vessels operating under its flag while allegedly participating in sanction-evasion schemes.
The Cameroonian government has since initiated investigations and administrative reviews involving maritime authorities in Douala, Kribi, and Limbe, aiming to strengthen registration procedures and protect the credibility of the country's maritime flag.
While the deregistration of these vessels marks a significant first step, questions remain regarding how the ships obtained Cameroonian registration, whether adequate checks were conducted, and what reforms will be implemented to prevent future abuses.
Authorities are expected to provide further clarification on the number of vessels involved, possible administrative responsibilities, and upcoming regulatory changes.
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Mouahna Divine