Publicité

Cameroun : 304 MW retirés du réseau, 40% des abonnés touchés… la nouvelle crise électrique qui inquiète l’économie

Le retrait des centrales de Kribi et Dibamba du Réseau interconnecté Sud plonge le Cameroun dans une nouvelle crise énergétique. Près de 40% des usagers du Littoral et de l’Ouest subissent des délestages, tandis que les tensions financières de Socadel et le contentieux fiscal de Globeleq révèlent les fragilités du secteur électrique.

Publicité

Cameroun : le retrait de 304 MW des centrales de Kribi et Dibamba ravive les failles du système électrique


Le système électrique camerounais fait face à une nouvelle zone de turbulence. Depuis le 1er juin 2026, les centrales thermiques de Kribi et de Dibamba, exploitées par les filiales de Globeleq, ont retiré leurs capacités de production du Réseau interconnecté Sud (RIS), provoquant une onde de choc sur l'approvisionnement en énergie dans plusieurs régions du pays.


Dans une note d'information publiée le 2 juin, le ministère de l’Eau et de l’Énergie confirme que cette décision affecte directement l'équilibre du réseau national et entraîne déjà d'importantes perturbations dans les régions du Littoral et de l’Ouest.


Deux centrales stratégiques mises hors service


Les centrales concernées occupent une place essentielle dans le dispositif énergétique camerounais.


La centrale à gaz de Kribi dispose d’une capacité installée de 216 MW, tandis que la centrale thermique de Dibamba, fonctionnant au fuel lourd, apporte 88 MW supplémentaires, notamment lors des périodes de forte demande.


Au total, ce sont 304 MW qui ont été retirés du système, un volume considérable pour le Réseau interconnecté Sud qui alimente la majeure partie de l’activité économique nationale.


Un contentieux fiscal aux conséquences énergétiques


Selon les explications du ministère, l'arrêt des capacités de production intervient après le blocage des comptes bancaires du groupe Globeleq par l'administration fiscale dans le cadre d'une procédure de recouvrement forcé liée à des obligations fiscales impayées.


Cependant, les autorités soulignent que le problème dépasse largement le cadre fiscal.


La note ministérielle évoque également les difficultés de trésorerie provoquées par les impayés persistants du concessionnaire chargé de la distribution de l’électricité. Cette situation illustre la forte interdépendance des acteurs du secteur énergétique camerounais.


Lorsque le distributeur accumule les retards de paiement, les producteurs indépendants voient leurs capacités financières se dégrader, ce qui finit par affecter leur fonctionnement et, par ricochet, la continuité du service public.


40 % des usagers du Littoral et de l’Ouest impactés


Les conséquences de cette crise se font déjà ressentir sur le terrain.


Le ministère de l’Eau et de l’Énergie indique que près de 40 % des abonnés des régions du Littoral et de l’Ouest sont touchés par des perturbations de l’alimentation électrique et des délestages.


Cette situation est particulièrement préoccupante dans le Littoral, où se concentre une grande partie du tissu industriel camerounais autour de Douala, véritable poumon économique du pays.


Pour les entreprises, les interruptions d'électricité entraînent des pertes de productivité, tandis que les ménages doivent composer avec une dégradation du service énergétique.


L’État tente d’éviter une aggravation de la crise


Face à l'urgence, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a engagé des discussions avec le ministre des Finances, Louis-Paul Motaze.


L'objectif est de trouver rapidement une solution concertée entre les administrations concernées et les différentes parties prenantes afin de permettre le retour en exploitation des capacités retirées.


Le gouvernement affirme travailler à une résolution rapide des contraintes observées afin de stabiliser l'approvisionnement du Réseau interconnecté Sud et limiter l'impact sur les populations et les activités économiques.


Socadel au cœur des fragilités du secteur


Au-delà de l'incident actuel, la crise met en lumière les difficultés structurelles auxquelles fait face la Société camerounaise de distribution de l’électricité (Socadel), appelée à assurer la distribution de l’énergie après la reprise en main du secteur par l’État.


Selon les données du plan de restructuration, Socadel enregistre un déficit moyen de trésorerie estimé à environ 13 milliards de FCFA chaque mois.


La société collecte près de 31 milliards de FCFA mensuellement, alors que ses charges décaissables atteignent environ 44 milliards de FCFA.


Ce déséquilibre chronique fragilise l'ensemble de la chaîne de valeur du secteur électrique, depuis les producteurs jusqu’aux consommateurs finaux.


Une crise qui rappelle les précédents différends avec Globeleq


Cette situation n’est pas sans rappeler les tensions observées entre 2024 et 2025.


À cette période, les centrales de Kribi et Dibamba avaient déjà réduit ou suspendu leur production en raison des impayés accumulés par le distributeur envers Globeleq.


Selon plusieurs sources économiques, près de 137 milliards de FCFA de créances étaient alors réclamés à Eneo pour les factures dues aux exploitants des deux centrales.


Si le déclencheur immédiat diffère aujourd’hui, le fond du problème reste identique : l'instabilité financière persistante du secteur électrique camerounais.


Nachtigal ne suffit pas à éliminer tous les risques


La crise relance également les débats autour de la capacité du barrage hydroélectrique de Nachtigal à garantir durablement la sécurité énergétique du pays.


Depuis mars 2025, l'infrastructure fonctionne à pleine capacité avec une puissance annoncée de 420 MW.


Toutefois, la disponibilité de nouvelles capacités de production ne résout pas automatiquement les problèmes liés à la trésorerie, aux contrats d'achat d'énergie, aux infrastructures de transport ou encore à la gouvernance du secteur.


L’épisode actuel démontre que la sécurité énergétique dépend autant de la solidité financière des acteurs que du volume de mégawatts disponibles.


Globeleq prépare son départ du Cameroun


Cette crise intervient également dans un contexte de transition stratégique.


Le groupe Globeleq a engagé des discussions concernant une éventuelle cession de ses actifs au Cameroun, notamment les centrales de Kribi et Dibamba.


Ces négociations pourraient déboucher sur une refonte des contrats existants afin de réduire les charges supportées par le distributeur et d'améliorer l'équilibre financier global du secteur.


Le dossier revêt donc une importance particulière pour l'avenir énergétique du pays.


Une alerte pour toute l’économie camerounaise


Le retrait simultané de 304 MW du Réseau interconnecté Sud dépasse le simple cadre d’un différend administratif ou fiscal.


Il révèle les vulnérabilités profondes d’un système où les difficultés financières d’un acteur peuvent rapidement provoquer des conséquences nationales sur l’approvisionnement électrique.


Pour les experts du secteur, l'urgence est désormais double : rétablir rapidement la production des centrales de Kribi et Dibamba, tout en engageant des réformes durables capables de restaurer la viabilité financière de l'ensemble de la chaîne électrique camerounaise.


Car derrière les délestages qui touchent aujourd’hui le Littoral et l’Ouest se joue une question essentielle : la capacité du Cameroun à garantir une énergie fiable et stable pour soutenir sa croissance économique.




Cameroon: 304 MW Removed from the Grid as Power Crisis Exposes Structural Weaknesses


Cameroon's electricity sector is facing a fresh crisis after the withdrawal of 304 MW from the Southern Interconnected Grid (RIS) by Kribi Power Development Company (KPDC) and Dibamba Power Development Company (DPDC), both subsidiaries of Globeleq.


According to a statement released by the Ministry of Water Resources and Energy on June 2, 2026, the production capacities of the two thermal power plants were removed from the grid on June 1 following the freezing of Globeleq's bank accounts by tax authorities as part of a forced tax recovery procedure.


The decision has significantly reduced available generation capacity and triggered widespread power outages affecting nearly 40% of electricity users in the Littoral and West regions.


Strategic power plants offline


Kribi's gas-fired plant contributes 216 MW, while the Dibamba heavy-fuel-oil plant provides an additional 88 MW, particularly during peak demand periods.


Together, they account for 304 MW of installed capacity, making them critical components of Cameroon's electricity supply system.


Financial tensions spreading across the sector


The ministry emphasized that the crisis is not solely linked to tax issues.


Persistent payment delays from the electricity distributor, Socadel, have created severe cash-flow constraints throughout the sector. As distributors struggle to meet obligations, independent power producers face mounting financial pressure, affecting operations and electricity generation.


40% of customers affected


The immediate consequence has been widespread load shedding and power disruptions across key economic regions, particularly around Douala, Cameroon's industrial and commercial hub.


Businesses and households are already experiencing the impact of reduced power availability.


Government seeks emergency solution


Energy Minister Gaston Eloundou Essomba has initiated discussions with Finance Minister Louis-Paul Motaze to facilitate negotiations between all stakeholders and restore the affected generation capacity as quickly as possible.


Structural weaknesses remain


The crisis highlights deeper financial challenges within the electricity value chain.


Socadel reportedly faces an average monthly cash deficit of approximately CFA 13 billion, collecting around CFA 31 billion per month while facing operating expenses of about CFA 44 billion.


These imbalances continue to undermine the stability of the entire sector.


Nachtigal not enough on its own


Although the Nachtigal Hydropower Plant has been operating at its full 420 MW capacity since March 2025, the current situation demonstrates that generation capacity alone cannot guarantee energy security.


Financial sustainability, grid management, payment discipline, and infrastructure reliability remain equally important.


A warning for Cameroon's energy future


As Globeleq prepares a potential exit from Cameroon through the sale of its assets, the latest crisis underscores the urgent need for reforms capable of restoring financial stability across the electricity sector.


Without structural solutions, recurring payment disputes and financial pressures may continue to threaten electricity supply and economic growth.



Cameroun électricité, crise électrique Cameroun, Globeleq Cameroun, KPDC Kribi, DPDC Dibamba, centrale de Kribi, centrale de Dibamba, délestages Cameroun, Réseau Interconnecté Sud, RIS Cameroun, Socadel, Gaston Eloundou Essomba, Louis-Paul Motaze, déficit Socadel, énergie Cameroun, production électrique Cameroun, Nachtigal, barrage Nachtigal, secteur énergétique Cameroun, coupures d'électricité Cameroun, fiscalité Globeleq, impayés électricité Cameroun, économie Cameroun, actualité énergie Cameroun


Ange NGO

Publicité