Cameroun : plus de 520 milliards FCFA d’impayés aux fournisseurs, les tensions de trésorerie de l’État inquiètent
Le signal devient de plus en plus préoccupant pour les finances publiques camerounaises. Au 31 mars 2026, l’État du Cameroun cumulait 520,2 milliards de FCFA de factures impayées auprès de ses fournisseurs de biens et services, selon la note de conjoncture sur la dette publique publiée par la Caisse autonome d’amortissement (CAA).
Ce montant représente à lui seul plus de la moitié des restes à payer (RAP) enregistrés par l’État. Globalement, les RAP ont atteint 1 026,3 milliards de FCFA à fin mars 2026, contre 853,7 milliards de FCFA un an auparavant, soit une hausse de 172,6 milliards de FCFA en glissement annuel.
Les fournisseurs de l’État apparaissent comme les principales victimes de cette détérioration. Leurs créances impayées sont passées de 386,7 milliards de FCFA au premier trimestre 2025 à 520,2 milliards de FCFA un an plus tard, traduisant une augmentation spectaculaire de 133,5 milliards de FCFA.
Une pression croissante sur les entreprises
Dans les finances publiques camerounaises, les restes à payer correspondent aux dépenses déjà engagées et validées par l’administration, mais qui n’ont pas encore été réglées par le Trésor public.
Derrière ces chiffres se cache une réalité économique lourde pour les entreprises locales. Retards de paiement des salaires, difficultés à honorer les échéances bancaires, ralentissement des investissements, tensions de trésorerie : l’impact se diffuse progressivement dans le tissu économique national.
La situation est d’autant plus préoccupante que les RAP de moins de trois mois ont plus que doublé en un an, passant de 126,3 milliards de FCFA en mars 2025 à 308,4 milliards de FCFA à fin mars 2026.
Selon plusieurs analystes, cette dynamique confirme l’existence de tensions persistantes sur la trésorerie publique dans un contexte marqué par le durcissement des conditions de financement sur le marché sous-régional.
Le Trésor sous pression
Pour financer ses besoins immédiats, l’État continue de recourir massivement au marché des titres publics de la Cemac via les émissions de bons et obligations du Trésor.
Mais ce mécanisme devient de plus en plus coûteux. Selon des données présentées par la Direction de la Trésorerie, les taux des BTA à 26 semaines, qui tournaient autour de 3,5 % avant la crise de liquidité, gravitent désormais autour de 7 %.
Le directeur de la Trésorerie, Samuel Tela, évoquait déjà en février 2026 une dégradation continue des délais de paiement de l’État : environ 120 jours en 2023, 160 jours en 2024 et plus de 200 jours en 2025.
Cette pression est alimentée par plusieurs facteurs : recettes budgétaires jugées trop optimistes, sous-budgétisation de certaines charges, faiblesse de la liquidité bancaire régionale et déséquilibre entre les engagements de dépenses et la capacité réelle de paiement du Trésor.
Une dette publique encore “maîtrisée”, mais…
Officiellement, le Cameroun reste encore en dessous du seuil communautaire de dette fixé à 70 % du PIB dans la zone Cemac.
Au 31 mars 2026, la dette publique du pays s’établissait à 15 416 milliards de FCFA, soit 44,3 % du PIB, en hausse de 6 % sur un an.
Le 24 avril 2026, l’agence Fitch Ratings a confirmé la note souveraine du Cameroun à “B” avec perspective négative. L’agence reconnaît une croissance encore résiliente et un profil d’échéances jugé gérable, mais pointe également plusieurs fragilités : faiblesse de la liquidité, accumulation des arriérés domestiques et difficultés de gestion budgétaire.
Car le vrai sujet dépasse désormais le simple ratio dette/PIB.
Le risque budgétaire camerounais se joue aussi dans les engagements périphériques : partenariats public-privé (PPP), restes à payer, dette des entreprises publiques, financements déjà signés mais non décaissés ou encore prêts rétrocédés.
Les engagements cachés qui inquiètent
La CAA estime les passifs conditionnels explicites liés principalement aux PPP à 4 895 milliards de FCFA, soit environ 14,1 % du PIB. À cela pourrait s’ajouter le projet de voie ferrée Cameroun-Congo estimé à 5 400 milliards de FCFA.
Parallèlement, les soldes engagés non décaissés (SEND) atteignent 5 044 milliards de FCFA. Ces financements existent déjà sur le papier, mais leur mobilisation reste ralentie par les difficultés d’exécution des projets publics.
Autre point de vigilance : la dette directe des entreprises publiques atteint désormais 960 milliards de FCFA, tandis que les prêts rétrocédés par l’État représentent 825 milliards de FCFA.
Pour plusieurs économistes, ces engagements ne constituent pas encore une “dette cachée” au sens strict, mais ils augmentent progressivement l’exposition budgétaire de l’État.
Une marge d’endettement encore importante
Malgré ces tensions, les projections du FMI montrent que le Cameroun conserve encore une capacité théorique d’endettement relativement importante.
Avec un ratio actuel de 44,3 % du PIB, le pays disposerait d’une marge d’environ 18 000 milliards de FCFA avant d’atteindre le plafond communautaire Cemac de 70 % d’ici 2030.
Mais cette marge reste fragile.
La CAA considère déjà le risque de surendettement comme “élevé”, notamment à cause du poids du service de la dette extérieure rapporté aux recettes d’exportation.
Le principal danger n’est donc plus uniquement le volume de dette accumulé, mais la capacité réelle du Cameroun à générer suffisamment de devises, absorber efficacement les financements mobilisés et transformer l’endettement en investissements réellement productifs.
Le vrai débat : emprunter pour quoi faire ?
Le gouvernement camerounais prévoit encore plusieurs autorisations d’emprunt dans le cadre du triennat 2026-2028.
Pour de nombreux observateurs, le débat ne porte plus sur la possibilité d’emprunter, mais sur la qualité économique des projets financés.
Énergie, infrastructures routières, ports, chemins de fer, transformation industrielle, agro-industrie ou numérique : seuls des investissements capables de produire des recettes, de soutenir les exportations et de stimuler durablement la croissance permettront de maintenir l’équilibre budgétaire.
Dans le cas contraire, les tensions actuelles sur la trésorerie pourraient progressivement se transformer en véritable contrainte structurelle pour l’économie camerounaise.
Cameroon: Over CFA520 Billion in Unpaid Bills as State Cash Pressures Raise Concerns
Cameroon’s public finances are facing growing pressure as unpaid government bills to suppliers reached CFA520.2 billion as of March 31, 2026, according to the latest public debt report released by the Autonomous Sinking Fund (CAA).
This amount alone accounts for more than half of the country’s outstanding payment arrears, which climbed to CFA1,026.3 billion compared to CFA853.7 billion one year earlier.
Government suppliers have been the most affected by the worsening situation. Their unpaid claims surged by CFA133.5 billion year-on-year, rising from CFA386.7 billion in early 2025 to CFA520.2 billion in March 2026.
In Cameroon’s public finance system, these arrears refer to expenditures already approved and validated but not yet paid by the Treasury.
For businesses, the consequences are significant: liquidity shortages, delayed salaries, postponed investments, banking pressure and slowing economic activity.
The rise in short-term arrears highlights mounting liquidity tensions within the public sector. Arrears of less than three months more than doubled over one year, increasing from CFA126.3 billion to CFA308.4 billion.
To finance its obligations, the government continues to rely heavily on the CEMAC regional public securities market through Treasury bills and bonds. However, borrowing costs are rising sharply amid tighter liquidity conditions.
Despite these pressures, Cameroon’s public debt remains officially below the regional CEMAC ceiling of 70% of GDP. Public debt stood at CFA15,416 billion at the end of March 2026, representing 44.3% of GDP.
Fitch Ratings maintained Cameroon’s sovereign rating at “B” with a negative outlook in April 2026, citing persistent liquidity weaknesses, domestic arrears and public finance management challenges.
Beyond the headline debt ratio, analysts are increasingly concerned about broader fiscal risks including public-private partnerships, unpaid government obligations, public enterprise debt and undisbursed external financing commitments.
The CAA estimates explicit contingent liabilities linked mainly to PPP projects at CFA4,895 billion, or about 14.1% of GDP.
Although Cameroon still has theoretical borrowing space before reaching the regional debt ceiling, experts warn that the key issue is no longer how much the country can borrow, but whether future debt is directed toward productive investments capable of generating growth, exports and sustainable revenue.
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Ange NGO