Et si Christophe Colomb n’avait pas été le premier ?
L’histoire officielle enseignée dans les écoles est claire : Christophe Colomb découvre l’Amérique en 1492. Pourtant, depuis plusieurs décennies, une autre version émerge avec insistance dans les cercles académiques africains et européens.
Selon plusieurs historiens, un empereur africain du XIV? siècle, Bakari II (ou Aboubakri II), souverain du Mandé, aurait atteint les côtes américaines dès 1312, soit près de deux siècles avant le navigateur génois.
Une hypothèse qui ne relève ni du mythe ni de la simple tradition orale, mais qui s’appuie sur des sources écrites arabes contemporaines des faits, des recherches linguistiques, ethnologiques et archéologiques.
Une source écrite du XIV? siècle longtemps ignorée
Au cœur du débat se trouve un texte majeur : le Kitab Mas?lik al-ab??r f? mam?lik al-am??r, encyclopédie rédigée vers 1340 par l’historien et géographe arabe Al-Umari.
Dans cet ouvrage, Kankan Moussa — successeur de Bakari II et figure emblématique de l’empire du Mali — explique au fils du sultan du Caire comment il est monté sur le trône. Il révèle que son prédécesseur, convaincu que l’« océan des ténèbres » (l’Atlantique) avait une limite, avait lancé une expédition maritime… dont il ne revint jamais.
Un détail troublant : cette source était connue, traduite, exploitée par les milieux savants européens… mais le passage évoquant l’expédition maritime aurait été systématiquement marginalisé.
Pour l’historien sénégalais Pathé Diagne (1934-2023), il ne s’agit pas d’une coïncidence. Dans son ouvrage Bakari II (1312) et Christophe Colomb (1492) : À la rencontre de Tarana ou l’Amérique, il défend l’idée d’une traversée transatlantique réussie, s’appuyant sur des analyses linguistiques et culturelles comparatives entre populations mandingues et amérindiennes.
Une expédition maritime d’envergure
Selon le récit transmis par Kankan Moussa, Bakari II aurait d’abord envoyé 200 embarcations chargées d’hommes et de vivres, avec l’ordre de ne revenir qu’après avoir atteint l’extrémité de l’océan.
Une seule serait revenue, évoquant un violent courant marin ayant englouti le reste de la flotte.
Insatisfait, l’empereur aurait lancé une seconde expédition d’une ampleur inédite : 2 000 embarcations, dont 1 000 dédiées aux provisions. Cette fois, Bakari II aurait lui-même pris la mer.
Il ne reviendra jamais.
Silence des griots et mémoire censurée ?
Dans les années 1990, des chercheurs africains et européens ont parcouru le Sénégal, le Mali, la Gambie et la Guinée pour interroger les griots mandingues.
Constat étonnant : le silence autour de Bakari II.
Un griot gambien aurait expliqué que les griots chantent les vainqueurs. Or, un roi parti en mer avec l’or de l’empire et disparu à jamais représente un échec, voire une honte historique.
Pour certains chercheurs comme Mamadou Oury Diallo (Université Cheikh Anta Diop de Dakar), ce silence serait le fruit d’une véritable censure mémorielle.
Des indices archéologiques troublants
Plusieurs éléments alimentent le débat :
Des statuettes au Mexique représentant des visages aux traits africains.
Des peintures murales montrant des personnages noirs.
Les écrits du conquistador Balboa (1515) mentionnant la présence d’« Éthiopiens » en Amérique centrale avant l’arrivée massive des esclaves africains.
Des spécialistes de l’océanographie estiment que les courants atlantiques permettent une traversée depuis l’Afrique de l’Ouest vers le Brésil ou les Caraïbes.
Ces éléments ne constituent pas une preuve irréfutable. Mais ils soulèvent une question fondamentale : comment expliquer ces traces si aucune présence africaine n’a précédé les Européens ?
Réécrire l’histoire mondiale ?
Si la thèse de Bakari II était confirmée par des preuves archéologiques définitives, elle bouleverserait profondément la chronologie des grandes découvertes.
Elle repositionnerait l’Afrique médiévale non plus comme spectatrice, mais comme actrice de la première mondialisation maritime.
Pour certains historiens africains, l’enjeu dépasse la simple querelle académique : il s’agit de corriger une narration historique longtemps dominée par une vision eurocentrée.
Le débat reste ouvert. Mais une chose est certaine : l’histoire n’est jamais figée.
What If America Was Reached by an African Emperor in 1312?
History textbooks credit Christopher Columbus with the discovery of America in 1492. However, a growing body of African and European scholars argue that an African emperor, Bakari II of the Mali Empire, may have crossed the Atlantic nearly two centuries earlier.
The theory is largely based on a 14th-century Arabic source: the encyclopedia Kitab Mas?lik al-ab??r f? mam?lik al-am??r, written around 1340 by historian Al-Umari.
In it, Mansa Musa explains that his predecessor launched a massive Atlantic expedition in search of the ocean’s limits and never returned.
According to accounts, Bakari II first sent 200 ships. Only one came back, describing a powerful ocean current. Unsatisfied, he reportedly organized a second expedition of 2,000 vessels and personally joined it. He disappeared at sea.
Modern researchers point to linguistic parallels, oral traditions, archaeological artifacts in Mexico and Panama, and even early Spanish accounts mentioning “Ethiopians” in Central America before the transatlantic slave trade intensified.
While definitive proof remains elusive, oceanographic studies confirm that Atlantic currents could have carried West African vessels to the Americas.
If validated, this theory would profoundly reshape global history and the narrative of transatlantic exploration.
The debate continues.
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Viviane GEMELE