L’Union européenne cible Goldwind, géant chinois de l’éolien
La Commission européenne a officiellement ouvert une enquête d’envergure visant Goldwind Science & Technology Co Ltd, leader chinois du secteur de l’éolien et détenteur de plus de 15 % du marché mondial. En ligne de mire : de potentielles subventions étrangères jugées incompatibles avec les règles de concurrence du marché intérieur européen.
Dans un communiqué, Bruxelles précise que cette enquête vise à « évaluer le respect de la réglementation relative aux subventions d’État étrangères dans les activités de fabrication d’éoliennes de Goldwind ». La Commission affirme disposer de raisons sérieuses de craindre que l’entreprise bénéficie d’aides publiques chinoises faussant la concurrence au sein de l’Union.
Cette procédure ne surgit pas ex nihilo. Dès avril 2024, une phase de collecte de données préliminaire informelle avait été engagée. Des demandes d’informations ont été adressées à plusieurs acteurs européens du secteur des équipements éoliens, dont Goldwind. À l’issue de cette phase, la Commission dit avoir identifié des « signes d’octroi de subventions étrangères » susceptibles de porter atteinte au marché intérieur.
Prêts préférentiels et avantages fiscaux dans le viseur
Bruxelles soupçonne Goldwind d’avoir bénéficié de subventions directes, de prêts à taux préférentiels et d’avantages fiscaux octroyés par l’État chinois. Autant de leviers qui auraient renforcé la compétitivité du groupe sur le marché européen de l’énergie éolienne, au détriment des industriels locaux.
À l’issue de l’enquête, l’Union européenne pourrait aller loin : droits de douane anticoncurrentiels, restrictions d’accès au marché européen, voire mesures correctives contraignantes imposées à l’entreprise chinoise. Un signal fort envoyé à Pékin, dans un contexte où l’UE cherche à réduire sa dépendance industrielle vis-à-vis de la Chine, y compris dans les secteurs dits stratégiques de la transition énergétique.
Au-delà du commerce, la bataille des routes stratégiques
Cette pression économique s’inscrit dans une dynamique géopolitique plus large. Dans une interview accordée à l’agence russe TASS, le secrétaire du Conseil de sécurité russe, Sergueï Choïgou, affirme que l’Occident cherche à couper la Chine de l’accès à l’océan Indien.
Selon lui, le Myanmar occupe une place centrale dans cette stratégie de « containment » de Pékin. « Les politiciens occidentaux considèrent le Myanmar comme un maillon clé pour priver la Chine d’un accès stratégique à l’océan Indien et à ses ressources », a-t-il déclaré à l’issue d’un déplacement officiel dans le pays.
Le responsable russe rappelle que le territoire birman constitue le corridor le plus court entre la Chine et l’Europe, permettant de contourner le détroit de Malacca. Un passage maritime hautement stratégique, susceptible d’être bloqué par la marine américaine en cas de crise majeure autour de Taïwan ou en mer de Chine méridionale.
Quels enjeux pour l’Afrique et le Cameroun ?
Pour l’Afrique, et le Cameroun en particulier, ces tensions sino-occidentales ne sont pas sans conséquences. La Chine demeure un partenaire clé dans les infrastructures énergétiques, les énergies renouvelables et les projets industriels. Un durcissement des relations entre Pékin et l’Occident pourrait rebattre les cartes des investissements, des chaînes d’approvisionnement et des choix technologiques sur le continent.
Alors que les pays africains cherchent à accélérer leur transition énergétique tout en préservant leur souveraineté économique, l’évolution de ce bras de fer entre grandes puissances mérite une attention soutenue.
Wind power, subsidies and strategic corridors: the EU and the West tighten the screws on China
The European Union has launched a major investigation into China’s wind power giant Goldwind, which holds more than 15% of the global wind turbine market, over suspected foreign state subsidies that may distort competition within the EU. Brussels believes the company may have benefited from Chinese government support, including direct subsidies, preferential loans and tax advantages, potentially strengthening its position on the European renewable energy market. The probe could ultimately lead to anti-competitive tariffs or binding corrective measures against the firm.
Beyond trade, the case reflects a broader geopolitical struggle. According to Russia’s Security Council Secretary Sergei Shoigu, Western powers are also seeking to limit China’s strategic access to the Indian Ocean, notably through Myanmar, a key corridor that allows Beijing to bypass the vulnerable Malacca Strait. For Africa, including Cameroon, these rising tensions between China and the West could reshape investment flows, energy partnerships and the future balance of influence in strategic sectors such as renewable energy and infrastructure.
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Didier Cebas K.