Mais derrière cette dynamique globalement positive se cache une transformation profonde des stratégies d’investissement. L’INS souligne en effet que les entreprises opérant au Cameroun privilégient désormais de plus en plus les investissements immatériels au détriment des investissements physiques. Autrement dit, l’achat de machines, d’équipements industriels ou d’outils de production cède progressivement le pas aux opérations financières.
Dans son analyse, l’organisme en charge de la statistique officielle explique que la dynamique observée en 2024 est « marquée par une réorientation des stratégies d’investissement des entreprises, portées de plus en plus sur des opérations d’acquisition d’actifs financiers au détriment d’équipements physiques ». Concrètement, les entreprises préfèrent investir dans l’achat d’actions, la souscription aux appels publics à l’épargne (APE), les placements privés ou encore les titres publics, plutôt que dans le renouvellement ou la modernisation de leur outil productif.
Cette tendance contribue à expliquer le dynamisme observé sur plusieurs segments du marché financier sous-régional. Il s’agit notamment de la montée en puissance des sociétés de gestion d’actifs, du succès croissant du marché des valeurs du Trésor animé par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), mais aussi des levées de fonds répétées à la Bourse de Douala par les États de la Cemac — Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et République centrafricaine — ainsi que par certaines entreprises et institutions communautaires.
Cependant, cette nouvelle orientation n’est pas sans conséquences sur l’économie réelle. L’INS alerte sur une dégradation progressive de l’outil de production. En 2024, le taux de vieillissement des immobilisations a atteint 60,6%, contre 60,3% en 2023. En clair, l’outil de production des entreprises camerounaises a perdu près de six dixièmes de sa valeur initiale, sous l’effet combiné de l’usure, de l’obsolescence technologique et du faible renouvellement des équipements.
À moyen terme, cette situation pourrait poser un défi majeur à la compétitivité des entreprises locales, à leur capacité d’innovation et à la création d’emplois durables. Si les investissements financiers offrent des rendements rapides et une meilleure liquidité, la modernisation de l’outil productif demeure un levier essentiel pour soutenir la croissance, la productivité et l’industrialisation du Cameroun.
Cameroon: Corporate Investment Surges, but Productive Equipment Left Behind
Corporate investment activity in Cameroon remained strong in 2024, according to the report “Economic and Financial Situation of Companies in 2024” published on January 21, 2026, by the National Institute of Statistics (INS). The report indicates that spending on equipment, software, financial assets and other investment items rose by 28.5%, compared to 8.8% in 2023, confirming a sharp acceleration in overall investment.
However, this growth masks a significant shift in corporate strategy. The INS notes that companies operating in Cameroon are increasingly favoring financial and intangible investments over physical capital expenditures. Investments in shares, public offerings, private placements and government securities are now preferred to the acquisition of production equipment.
This trend partly explains the strong performance of asset management firms, the Treasury securities market managed by the Bank of Central African States (BEAC), and the success of fundraising operations on the Douala Stock Exchange by CEMAC member states and regional institutions.
The downside is a gradual deterioration of production capacity. In 2024, the aging rate of fixed assets rose to 60.6%, up from 60.3% in 2023, meaning that nearly two-thirds of production assets have lost their initial value due to wear and technological obsolescence. This raises concerns about the long-term competitiveness and industrial growth of Cameroon’s economy.
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Mouahna Divine