Selon le décret présidentiel, les ressources levées serviront à résorber ces arriérés de paiement qui, d’après les chiffres officiels du gouvernement, atteignaient 485,4 milliards de FCFA à fin septembre 2025. Un niveau préoccupant, tant pour les PME que pour les grandes entreprises dépendantes de la commande publique, dont l’activité et l’emploi sont directement impactés.
400 milliards sur le marché intérieur, 1 000 milliards à l’extérieur
Le texte présidentiel précise les canaux de financement retenus. Sur le marché financier intérieur, l’État prévoit de lever 400 milliards de FCFA à travers des émissions d’Obligations du Trésor (OT) et/ou d’Obligations du Trésor assimilables (OTA). À ce montant s’ajoutent 250 milliards de FCFA sous forme de prêts directs contractés auprès d’organismes privés nationaux.
À l’international, le Cameroun envisage de mobiliser 1 000 milliards de FCFA sur les marchés financiers extérieurs, confirmant son recours accru à l’endettement externe pour soutenir ses équilibres budgétaires.
Cette démarche s’inscrit dans une pratique désormais récurrente : chaque année, un décret présidentiel autorise le ministre des Finances à engager les opérations d’emprunts prévues par la loi de finances, afin de combler le déficit budgétaire et assurer la continuité de l’action publique.
Un déficit budgétaire structurel à financer
La loi de finances 2026 fait apparaître un solde budgétaire déficitaire de 631 milliards de FCFA. En intégrant les autres charges de financement, le besoin global de financement de l’État pour l’exercice 2026 s’élève à 3 104,2 milliards de FCFA.
Autrement dit, au-delà des recettes internes projetées à 5 887 milliards de FCFA, le Cameroun devra recourir massivement à l’endettement pour couvrir l’ensemble de ses dépenses. Le schéma de financement prévoit notamment :
- 826,7 milliards de FCFA de tirages sur des prêts projets ;
- 1 000 milliards de FCFA d’emprunts extérieurs ;
- 167,8 milliards de FCFA de financements exceptionnels ;
- 120 milliards de FCFA d’appuis budgétaires ;
- 589,7 milliards de FCFA d’emprunts bancaires ;
- et 400 milliards de FCFA via des émissions de titres publics sur le marché monétaire.
Le décret du 21 janvier 2026 vient ainsi activer concrètement ces mécanismes, conformément aux plafonds arrêtés par le Parlement.
Une dette sous surveillance accrue
Ces nouveaux emprunts interviennent dans un contexte de vigilance accrue sur la soutenabilité de la dette publique. Le Cameroun est classé parmi les pays à risque élevé de surendettement par la Banque africaine de développement (BAD) et le Fonds monétaire international (FMI).
Le gouvernement soutient néanmoins que les indicateurs demeurent maîtrisés. Selon ses projections, le ratio dette/PIB en 2026 resterait nettement en dessous du seuil communautaire de 70 %, fixé par les critères de convergence de la CEMAC.
Au 30 septembre 2025, l’encours de la dette publique camerounaise s’élevait à 14 591 milliards de FCFA, soit 43,9 % du PIB, selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA). Cette dette est très majoritairement portée par l’administration centrale (93,3 %), loin devant les entreprises et établissements publics (6,5 %) et les collectivités territoriales décentralisées (0,2 %).
Autre source de préoccupation : la forte proportion d’emprunts non concessionnels, contractés à des conditions de marché plus coûteuses. Entre janvier et septembre 2025, le Cameroun a déjà remboursé plus de 1 030 milliards de FCFA, dont 226,2 milliards de FCFA au titre des intérêts et commissions, soit 22 % du total.
Entre nécessité de relancer l’économie, pression des créanciers et exigences de discipline budgétaire, le Cameroun avance ainsi sur une ligne de crête financière, où chaque nouvel emprunt renforce autant les marges de manœuvre que les risques futurs.
Cameroon: Government Turns to Capital Markets to Raise CFAF 1.65 Trillion Amid Rising Debt Pressure
By a decree signed on January 21, 2026, President Paul Biya authorized the Minister of Finance, Louis Paul Motazé, to raise up to CFAF 1.65 trillion on domestic and international capital markets. The funds are intended to finance development projects and clear outstanding payment arrears owed by the State.
According to official data, unpaid bills—known as restes-à-payer (RAP)—stood at CFAF 485.4 billion at the end of September 2025, weighing heavily on companies dependent on public procurement.
The financing plan includes CFAF 400 billion raised domestically through Treasury bonds, CFAF 250 billion in loans from local private institutions, and CFAF 1 trillion on international financial markets.
This borrowing strategy is part of the implementation of the 2026 Finance Law, which shows a budget deficit of CFAF 631 billion and total financing needs of CFAF 3.1 trillion.
However, the new loans add to a public debt already under close scrutiny. As of September 30, 2025, Cameroon’s public debt stood at CFAF 14.6 trillion, or 43.9% of GDP, according to the Debt Management Agency (CAA). International institutions such as the IMF and AfDB classify the country as facing a high risk of debt distress, despite government assurances that debt levels remain below regional thresholds.
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Mouahna Divine