Le Minfi explique d’abord cette contreperformance par un effet de saisonnalité, le premier trimestre étant traditionnellement la période de grande production. Mais au-delà de cette lecture conjoncturelle, les chiffres révèlent une dégradation plus profonde de la filière.
Une baisse durable confirmée sur un an
En glissement annuel, la production accuse une baisse de 16 % par rapport au deuxième trimestre 2024. Sur l’ensemble du premier semestre 2025, la contraction atteint 12,7 %, traduisant un ralentissement structurel de la filière palmier à huile.
Le rapport du Minfi pointe deux causes majeures : le vieillissement avancé des plantations, qui affecte directement les rendements, et les difficultés croissantes de la Société camerounaise de palmeraies (Socapalm) à collecter les noix auprès des producteurs indépendants. Ces derniers réclament une revalorisation des prix d’achat, jugés insuffisants face à la hausse des coûts de production.
Productivité en berne et tensions foncières persistantes
À ces contraintes s’ajoutent d’autres freins structurels. La faible productivité des plantations existantes limite la capacité du pays à répondre à la demande nationale. Par ailleurs, l’extension de nouvelles superficies se heurte à des litiges fonciers récurrents et à des tensions avec les communautés locales, notamment dans les bassins de production traditionnels.
Le phénomène des exportations frauduleuses aggrave la situation. Une partie de la production échappe au circuit formel, réduisant l’offre disponible sur le marché local et accentuant le déséquilibre entre l’offre et la demande.
Opalm, un nouvel acteur pour relancer la dynamique
Dans ce contexte morose, l’arrivée de nouveaux investisseurs pourrait rebattre les cartes. L’entreprise Opalm annonce le lancement, au premier trimestre 2026, des travaux de construction d’une usine de production d’huile de palme dans le département du Nyong-et-Ekellé, dans la région du Centre.
Selon Tarek Daoud, directeur général d’Opalm, le projet s’inscrit dans une logique de structuration du monde rural et de renforcement de la production nationale.
« Le déficit actuel d’huile de palme au Cameroun est estimé à 300 000 tonnes. Le programme Opalm prévoit d’ajouter 108 000 tonnes aux capacités disponibles pour les industries locales, soit une réduction d’environ 50 % », précise-t-il.
Un enjeu stratégique pour la balance commerciale
Au-delà de la production, l’enjeu est aussi macroéconomique. Le développement de l’offre locale permettrait de réduire les importations et de soulager la balance commerciale, fortement pénalisée par l’huile de palme.
Selon le ministre de l’Agriculture, Gabriel Mbairobe, les importations d’huile de palme sont évaluées à environ 100 milliards de FCFA par an, faisant de ce produit l’un des principaux facteurs de déséquilibre commercial du Cameroun.
Entre restructuration de la filière, modernisation des plantations et arrivée de nouveaux acteurs industriels, l’huile de palme demeure un secteur stratégique, mais confronté à l’urgence de réformes profondes pour retrouver sa compétitivité.
Palm oil: Cameroon’s sector slows sharply despite new industrial ambitions
Cameroon’s palm oil sector is facing serious headwinds. According to the Economic Outlook Report of the Ministry of Finance, national crude palm oil production fell by 39.7% in the second quarter of 2025, dropping to 46,826 tonnes.
While the decline is partly explained by seasonal effects—Q1 being the peak production period—the downturn is also structural. Year-on-year, production decreased by 16%, and over the first half of 2025, the sector recorded a 12.7% contraction.
The Ministry of Finance attributes this trend mainly to aging plantations and difficulties faced by Socapalm in collecting palm nuts from independent producers, who are demanding higher purchase prices. Low productivity, land disputes, and illegal exports further weaken the sector.
In response, new investments could help reverse the trend. Opalm plans to begin construction of a palm oil production plant in Nyong-et-Ekellé (Centre Region) in early 2026. According to its CEO, Tarek Daoud, the project aims to add 108,000 tonnes to national capacity, potentially cutting Cameroon’s 300,000-tonne deficit by nearly half.
Beyond production, the stakes are economic. With palm oil imports estimated at 100 billion FCFA annually, boosting local output is seen as a key lever to reduce pressure on Cameroon’s trade balance.
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Mouahna Divine