Une réforme qui concerne tous les opérateurs portuaires, sans distinction : importateurs, exportateurs, transitaires, commissionnaires en douane et logisticiens. Décidée au plus haut niveau de l’État par son excellence Paul BIYA, Président de la République du Cameroun, cette évolution met fin à des années de pratiques hétérogènes, parfois imprévisibles, et introduit un dispositif fondé sur la clarté des procédures, la sécurité intégrale des flux et la traçabilité numérique.
Un tournant opérationnel attendu par les acteurs du port
Le port de Douala concentre plus de 90 % des échanges commerciaux du Cameroun. Toute réforme qui y est appliquée a donc un impact immédiat sur l’économie nationale. Or, ces dernières années, les opérateurs ont souvent dénoncé un manque de lisibilité des procédures de scanning : règles variables selon les flux, interprétations divergentes, incertitudes sur les délais et traitements différenciés selon le type de conteneur.
Cette situation entretenait une forme d’insécurité opérationnelle. « Un conteneur passait sans problème, un autre restait bloqué sans explication claire. On travaillait à l’aveugle », raconte un responsable logistique d’une entreprise d’import-export. À long terme, cette opacité pesait sur la compétitivité du port et renchérissait les coûts pour les entreprises.
Le nouveau dispositif mis en œuvre à partir de janvier 2026 vise précisément à corriger ces dysfonctionnements. Il repose sur une logique simple : une règle unique, applicable à tous, dans un périmètre sécurisé et sous contrôle électronique.
Procédure claire en 3 étapes
La réforme introduit un schéma opérationnel désormais standardisé, conçu pour être compris et appliqué sans ambiguïté.
1. Paiement direct et identifié
Première nouveauté majeure : le paiement des frais de scanning est désormais effectué directement auprès de Transatlantic D, au bureau situé à l’immeuble Quifferou, en pleine zone portuaire de Douala-Bonabéri.
Ce point unique met fin aux circuits complexes et aux intermédiaires multiples. Pour les opérateurs, cela signifie :
- un interlocuteur clairement identifié ;
- une facturation standardisée ;
- une meilleure traçabilité des paiements.
« On sait où aller, combien payer et à qui s’adresser. C’est un gain de temps et de sérénité », souligne un commissionnaire en douane.
2. Scanning obligatoire pour tous les flux
Deuxième étape incontournable : le scanning non intrusif devient obligatoire pour tous les conteneurs, qu’ils soient à l’importation ou à l’exportation. La réforme marque également la fin d’une zone longtemps controversée : les conteneurs vides sont désormais systématiquement scannés.
Cette mesure répond à une préoccupation sécuritaire évidente. Dans de nombreux ports internationaux, les conteneurs vides figurent parmi les vecteurs privilégiés de trafics illicites. Leur intégration dans le dispositif camerounais constitue donc une mise à niveau stratégique.
3. Validation électronique aux points de contrôle
Troisième étape : la validation électronique. Chaque conteneur se voit attribuer un statut numérique vérifié automatiquement aux points de contrôle portuaires. Sans validation conforme, le conteneur ne peut ni poursuivre son parcours logistique ni sortir de l’enceinte portuaire.
Cette automatisation réduit considérablement les marges d’interprétation humaine et sécurise l’ensemble de la chaîne.
Des changements concrets sur le terrain
Au-delà des procédures, ce sont surtout les conditions opérationnelles qui évoluent pour les acteurs du port.
Déploiement de plusieurs sites de scanning
Contrairement à l’ancien dispositif, limité et concentré, le nouveau modèle repose sur le déploiement de plusieurs sites de scanning répartis à l’intérieur du Port Autonome de Douala.
Objectif : désengorger les points critiques, réduire les files d’attente et absorber les pics de trafic.
Pour les transporteurs routiers et les transitaires, cela se traduit par une meilleure rotation des camions et une diminution des temps morts, souvent coûteux.
Une séquence enfin lisible
Autre avancée majeure : la clarification de la séquence de traitement. Le processus suit désormais un ordre logique et constant :
sécurité → douane → sortie.
Le scanning intervient en amont, comme une fonction de sécurité, distincte des formalités douanières. Cette séparation permet d’éviter les recontrôles inutiles et les blocages inexpliqués qui ralentissaient les opérations.
Traçabilité numérique et prévisibilité
Grâce à la numérisation du processus, chaque conteneur devient traçable de bout en bout. Les opérateurs peuvent anticiper les étapes, planifier leurs enlèvements et mieux gérer leurs coûts logistiques.
« La prévisibilité, c’est la clé. Quand on peut planifier, on réduit les surcoûts », résume un importateur de produits industriels.
Un impact direct sur la compétitivité du port
Cette réforme ne vise pas uniquement la sécurité. Elle s’inscrit aussi dans une logique de compétitivité économique. Un port fluide, prévisible et sécurisé attire davantage de flux, rassure les armateurs et améliore l’image du pays auprès des partenaires internationaux.
À Douala-Bonabéri, les opérateurs espèrent que cette nouvelle organisation permettra :
- une réduction progressive des délais de passage portuaire ;
- une meilleure fiabilité des calendriers de livraison ;
- une diminution des coûts liés aux stationnements prolongés.
Dans un contexte régional concurrentiel, ces éléments sont déterminants pour maintenir le rôle du port de Douala comme hub logistique d’Afrique centrale.
Une réforme qui change les habitudes
Toute réforme structurelle implique une phase d’adaptation. Certains opérateurs redoutent encore les premiers jours d’application. Mais sur le terrain, beaucoup reconnaissent que le changement était devenu inévitable.
« Au début, ça va demander de la discipline. Mais à long terme, tout le monde y gagne », estime un logisticien installé depuis plus de vingt ans dans la zone portuaire.
L’enjeu principal sera désormais la rigueur dans l’application et la capacité à maintenir ce cadre dans la durée, sans dérogations ni retours aux pratiques anciennes.
Avec ce nouveau dispositif, le Port Autonome de Douala engage une réforme structurante fondée sur la sécurité, la clarté et la traçabilité. Les règles sont désormais identiques pour tous, les zones grises disparaissent et la fluidité devient un objectif assumé. Une question reste sur toutes les lèvres des opérateurs : les délais portuaires vont enfin baisser durablement.