Publicité

?nergie : l'état serre la vis sur sa facture électrique et relance le solaire et la Sonara pour s?curiser l?avenir énergétique du Cameroun

Le Cameroun s?engage dans une s?quence d?cisive de rationalisation et de transformation de son secteur énergétique. De la ma?trise de la consommation électrique des administrations publiques ? la relance de grands projets structurants dans le solaire et le raffinage pétrolier, l'état affiche une double ambition : r?duire les charges budg?taires immédiates et renforcer durablement la souveraineté énergétique du pays.

Publicité

Vers une baisse de 10 % de la facture électrique de l’État


L’État camerounais ambitionne de réduire d’environ 10 % la facture d’électricité des édifices publics dès 2026. L’annonce a été faite par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, fin novembre 2025, devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale. La stratégie repose à la fois sur une meilleure maîtrise des consommations et sur l’amélioration de la qualité de la facturation appliquée aux administrations.


Ces mesures s’inscrivent dans le cadre du Programme national de maîtrise de l’énergie (Proname), dont l’objectif est clair : permettre à l’État de payer « le juste coût » de l’électricité effectivement consommée. L’assainissement des points de livraison, la réduction des pertes techniques, la promotion de la sobriété énergétique, l’usage d’équipements performants et l’optimisation de l’éclairage public figurent parmi les leviers activés.


Les premiers résultats sont encourageants. Selon le ministre, l’ajustement des puissances souscrites des abonnés en moyenne tension a déjà permis de générer 4,15 milliards de FCFA d’économies à la fin du premier semestre 2025, malgré un taux d’exécution encore limité à 7 %, bien en deçà de l’objectif de 30 %. Un signal fort, qui révèle l’ampleur du potentiel d’économies encore inexploité dans le parc public.


Une facture annuelle de 84 milliards de FCFA sous tension


L’enjeu financier est majeur. Eneo, le concessionnaire de la distribution d’électricité, affirme facturer en moyenne 7 milliards de FCFA par mois aux entités publiques, soit près de 84 milliards de FCFA par an. Une grande partie de ces montants demeure toutefois impayée, en raison de l’insolvabilité chronique de certaines administrations et de contestations récurrentes sur la fiabilité de la facturation.


Pour éviter une fragilisation financière du distributeur, le Trésor public est régulièrement contraint de se substituer aux entités défaillantes. La réforme engagée vise ainsi à réduire la facture globale de l’État, mais aussi à apaiser les tensions persistantes entre l’administration et Eneo, souvent accusé de surfacturation, en renforçant la transparence et le contrôle des consommations.


Ngaoundéré : le solaire enfin sur les rails


Dans le même temps, le gouvernement s’apprête à franchir une étape clé dans le développement du solaire. Le contrat autorisant la société GDS Orion Solar à construire et exploiter une centrale solaire à Ngaoundéré est en voie de finalisation. Selon le ministre de l’Eau et de l’Énergie, les études techniques sont achevées, le projet de contrat d’achat d’énergie est prêt et le ministère des Finances a donné un avis favorable pour la couverture des risques financiers.


Annoncé depuis 2018 par le consortium français Générale du Solaire–Arborescence Capital, le projet entre enfin dans sa phase de concrétisation après sept années de gestation. Initialement prévu pour 20 MWc, il a été révisé à la hausse et portera désormais sur une capacité de 30 MWc, assortie d’un système de stockage de 20 MWh. L’infrastructure sera implantée à Massiwol, dans la région de l’Adamaoua.


Ce projet renforce le positionnement stratégique du Nord camerounais comme pôle de l’énergie solaire. Après Maroua et Guider, dont les capacités cumulées atteindront bientôt 64 MWc, Ngaoundéré vient confirmer la concentration des projets solaires dans les régions les plus insolées du pays, où l’irradiation moyenne atteint 5,8 kWh/m²/jour, selon l’Arsel.


Sonara : une relance progressive mais coûteuse


Autre chantier majeur : la relance de la Société nationale de raffinage (Sonara), à l’arrêt depuis l’incendie de 2019. Six ans plus tard, l’État a validé une trajectoire de redémarrage progressif, avec un objectif de doublement de capacité à terme, de 3,5 à 7 millions de tonnes de brut par an.


Sur la base des conclusions du cabinet français EKIUM, le Conseil d’administration a adopté en août 2025 une mise à jour du Plan d’actions de restructuration et de réhabilitation/reconstruction. La solution retenue privilégie une remise en service graduelle des installations existantes, avant les investissements lourds de modernisation.


La première phase du plan, baptisée Parras 24 et prévue entre 2026 et 2027, vise un retour à la configuration opérationnelle de 2019. L’audit technique révèle qu’au moins 75 % des équipements de la zone sinistrée seraient réutilisables. Le coût de cette phase est désormais estimé à 300 milliards de FCFA, un montant réévalué à la hausse en raison de l’actualisation des prix et de l’élargissement du périmètre des travaux.


PPP, modernisation et défis financiers


En parallèle, la Sonara prépare, avec le cabinet AXENS, les études nécessaires à une structuration financière pouvant déboucher sur un partenariat public-privé pour les phases ultérieures. La deuxième phase (2028-2030) prévoit l’installation d’un hydrocraqueur et la mise aux normes internationales AFRI 5/6 et MARPOL, tandis que la troisième phase (2031-2035) vise la construction d’un second train de raffinage.


Cette relance intervient toutefois dans un contexte financier contraint. La Sonara traîne une dette bancaire de 261 milliards de FCFA et d’importantes créances envers des traders pétroliers internationaux. Leur remboursement repose toujours sur un mécanisme de prélèvement de 47,8 FCFA par litre de carburant vendu à la pompe.


Entre discipline budgétaire, montée en puissance du solaire et relance industrielle sous haute surveillance financière, le Cameroun engage ainsi une recomposition profonde de son paysage énergétique, avec des choix structurants dont les effets se mesureront sur la prochaine décennie.




Energy: Cameroon tightens control over public electricity bills while reviving solar power and Sonara to secure its energy future


Cameroon is entering a decisive phase in the restructuring of its energy sector. From reducing electricity consumption in public buildings to reviving major solar and oil refining projects, the government is pursuing a dual objective: cutting immediate budgetary costs while strengthening long-term energy sovereignty.


The State plans to cut electricity bills for public institutions by around 10% in 2026, according to Energy Minister Gaston Eloundou Essomba, who presented the strategy to Parliament in late November 2025. The initiative combines tighter control of consumption with improved billing accuracy.


These measures fall under the National Energy Efficiency Programme (Proname), aimed at ensuring the State pays the “fair cost” of the electricity it consumes. Early actions have already generated CFA 4.15 billion in savings by mid-2025, highlighting significant untapped potential.


At the same time, the government is close to signing the power purchase agreement for the GDS Orion Solar project in Ngaoundéré. Initially planned at 20 MWp, the project has been upgraded to 30 MWp with 20 MWh of storage, reinforcing northern Cameroon’s role as the country’s main solar hub.


Another strategic priority is the gradual restart of the National Refining Company (Sonara), shut down since the 2019 fire. The rehabilitation plan, estimated at CFA 300 billion for its first phase, aims to restore operations by 2027 before moving towards modernization and capacity expansion through potential public-private partnerships.


Despite heavy debt and strong financial constraints, these reforms illustrate Cameroon’s determination to rebalance its energy mix, reduce structural deficits and secure domestic supply over the long term.


énergie Cameroun, facture électricité État, Proname, sobriété énergétique, Eneo Cameroun, centrale solaire Ngaoundéré, GDS Orion Solar, énergie solaire Nord Cameroun, Sonara relance, raffinerie Limbé, Parras 24, PPP énergie, mix énergétique camerounais, hydrocraqueur Sonara


Mouahna Divine

Publicité