«J'étais marié ,mère de 07 enfants , mon mari et moi on s'est séparé, je suis resté avec les 07 enfants , ne pouvant plus m'en sortir à Douala je suis allé à kumba , là-bas j'étais en location. La guerre nous a trouvé là-bas , les 05 autres étant sur Douala pour les vacances , je suis resté avec les 02 dernières (des jumelles).
Chaque jour, il y'avait les attaques dans les quartiers voisins , on se disait toujours ah c'est pas encore chez nous , ça ne risque pas y arriver , jusqu'au jour ou nous avons eu les premiers signaux , les attaques ont commencés. Sous la pression , il fallait prendre ce qu'on pouvait , nous sommes entrés en forêt sans savoir où on partait et le matériel qu'on avait emporté , on était obligé de l'abandonner car fallait pas s'encombrer.
Une fois en forêt ,c'était un parcours de combattants , on traversait sur les corps , civils comme militaires. On se nourrissait le plus souvent avec du gâteau kumba et on buvait des eaux dont on ne savait pas la provenance.
Ayant mes deux enfants , l'une sur le dos et l'autre sur ma poitrine , lors de cette fugue la première a rendu à l'âme , je l'ai abandonné en la recouvrant avec des feuilles mortes , 03 jours plus tard sa soeur aussi a rendu l'âme ,toujours en forêts. Abandonné à moi même ,fallait me battre pour au moins retrouver les 05 autres. Il faut rappeler qu'en forêt , les marches se faisaient dans la nuit et le jour on se cachait dans les arbres , herbes etc....
Après plusieurs semaines de marche nous nous sommes retrouvés dans le moungo , pour ceux qui avaient survécu. Une fois là-bas , nous avons été accueillis par les populations , qui nous ont donné à manger et avions reçu les premiers soins.
Après fallait se battre pour s'en sortir , je suis revenu sur Douala, au moment où je vous parle j'ai même pas de CNI , je suis sans documents officiels , mes 05 autres enfants aussi car tout a été laissé en fuyant la guerre ....
Ce que nous avons vécu était un calvaire ,que cette guerre s'arrête...», témoigne maman stéphanie.