Le sport favori des Camerounais est de passer d’une phase consciente à la phase amnésique, où l’on a tout oublié, où l’on refuse d’assumer le passé. Rarement les médias se sont amendés d’une information mal traitée ou diffamante. Revenons particulièrement sur une cabale caustique contre l’ex-ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, non pas pour le défendre, car en temps opportun, chaque fois que nous eûmes à décrier un disfonctionnement ou une situation inappropriée concernant ce ministère, nous l’avons fait, sans passion.
Comment fonctionnent les Nations Unies dans les opérations de maintien de la paix?
L’Organisation des nations unies n’a pas de Forces militaires en attente et est obligée de sous-traiter avec des Etats contributeurs pour ses opérations de maintien de la paix (Omp). Elle accorde des subventions aux Etats contributeurs, car en respect de son éthique, elle ne peut rémunérer un soldat qui est au service d’une cause noble telle que la paix. Ce sont les Etats qui s’occupent de leurs contingents. « La rémunération des militaires est prise en charge par les gouvernements dont ils relèvent selon leur grade dans les forces nationales et selon le barème de rémunération applicable. Les pays qui fournissent volontairement les contingents aux Omp sont remboursés des coûts par l’Onu sur la base d’un taux standard approuvé par l’Assemblée générale ».
Ce taux révisé est passé de 1028 US dollars à 1322 US dollars (762.000 FCFA) par soldat et par mois au titre du remboursement aux Etats des services d’appui et du matériel. C’est aux Etats qu’il revient à présent de rémunérer leurs soldats de la paix. Certains Etats choisissent même de ne rien reverser et le Cameroun a opté pour un virement de la somme de 250.000 FCFA pour les militaires du rang et sous-officiers et de 350.000 FCFA pour les officiers. Il faut préciser ici que pour être éligible le Cameroun a consenti un crédit de 32 milliards de FCFA (63.242.288 US dollars) auprès d’une structure bancaire, la Commerce Bank, filiale de Paris.
Ce crédit a permis d’acheter des équipements et des matériels selon le standard onusien et le Cameroun devrait payer des traites auprès de cette structure bancaire pendant 05 ans. Le gap obtenu entre le total du remboursement effectué par les Nations Unies et les primes allouées aux soldats camerounais auxquelles il faut ajouter les frais de maintenance des équipements, sert à rembourser le crédit consenti. Après l’échéance de cette dette, le matériel acquis reviendrait au Cameroun, mais également le gap entre l’entretien des soldats et les sommes perçues auprès des Nations unies serviraient à financer des projets sociaux dans la perspective d’une armée qui créé ses propres revenus. Le Cameroun, proche voisin de la RCA est l’un des plus importants contributeurs de la Minusca avec 1350 soldats de la paix sur le terrain. Pour être éligible, le Cameroun a dû s’arrimer au standard onusien du point de vue des équipements et de la formation.
A côté de ces rémunérations qui dépendent de chaque Etat, il y a des primes versées à chaque soldat par l’ONU. Il s’agit de la prime individuelle de permission et la masse générale d’entretien (MGE). La prime individuelle d’entretien est payable tous les six mois sur la base de 2,5 jours de permission par mois, ce qui en 6 mois représente au taux de 10,5 dollars américain par jour, un total de 157,5 dollars par personne. Chaque militaire a également droit à 1,28 dollars par journée passée sur le théâtre des opérations. Ces sommes ont été apurées par le Cameroun. Chaque militaire a reçu en gros sur 958 personnes relevées, la somme de 82.729 FCA au titre de la prime individuelle de permission et la MGE (soit 15.811.318 FCFA) a été reversée auprès des différents états-majors pour le désintéressement des ayants droits.
Le cas de la Misca
La Misca (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation de la Centrafrique) a été mise sous l’égide de l’Union Africaine. Selon le mémorandum d’entente, les contingents engagés dans cette opération ont bénéficié de certains traitements. Le contingent camerounais a servi dans le cadre de cette opération du 17 décembre 2013 au 14 septembre 2014 et dans la Minusca du 15 septembre 2014 au 5 septembre 2015. Arrivé en fin de mission, ce contingent n’avait toujours pas reçu leurs arriérés au titre des primes relatives à leur présence effective au sein de la Misca, malgré plusieurs relances de la hiérarchie. L’ex-ministre de la Défense avait rencontré personnellement le Commissaire Paix et Sécurité à Addis-Abeba, à l’effet de solutionner ce problème et il lui avait été donné toutes les assurances d’un règlement diligent. C’est pris d’une certaine lassitude que 200 soldats du contingent décident de faire une marche du Cfta d’Ekounou en passant par la primature pour un point de chute à l’Assemblée nationale de Ngoa-Ekellé. Nous connaissons la suite.
Ces militaires en débandade refuseront toute communication avec leur hiérarchie, et le chef de l’Etat enverra en son nom le ministre Mebe Ngo’o qui annoncera que le chef des armées avait décidé de préfinancer la dette de l’UA, une communication qui, en son temps, fut appréciée par les grévistes qui mirent fin à leur mouvement d’humeur. Les paiements ont été effectués pour les 1360 militaires et gendarmes, au taux mensuel de 1028 dollars, pour un montant total de 5.462.362.750 FCA. Le reliquat, soit la somme de 537.637.250 millions de FCFA a été reversée au trésor public. Nous nous souvenons qu’une polémique avait enflé et a été alimentée par une presse à gage, indiquant que l’Union Africaine avait versé ces primes au ministère de la Défense, mais que celles-ci avaient atterri entre des mains peu recommandables de chefs militaires particulièrement véreux.
Comme la vérité finit toujours par triompher, l’Union africaine s’est engagée à virer dans les plus brefs délais, la somme de 9.249.732.568 dollars US. Il est ressorti en effet des rapprochements comptables entre la délégation du Cameroun mandatée auprès de l’UA et des comptables de cette organisation. Nous avons en réalité bu et rebu qu’une manœuvre interlope avait été organisée par la hiérarchie avec Mebe Ngo’o comme chef de gang. On se souvient également de certaines émissions savamment enroulées avaient été organisées pour afficher un malaise dans l’armée camerounaise. «On a parlé d’un détournement savamment orchestré au ministère de la Défense, en indexant nommément Mebe Ngo’o. Mais quelle n’a pas été notre surprise d’entendre le Commissaire Paix et Sécurité de passage à Yaoundé, le vendredi en date du 12 octobre 2015, alors que le remaniement avait eu lieu une semaine avant, déclarer que le virement de l’UA n’avait été fait que le vendredi 9 octobre 2015, et que ce « problème était désormais du passé ».
Quel démenti cinglant, mais personne ne s’est amendé ou ne s’est excusé. L’on a même accusé des journaux sérieux d’avoir été retournés alors qu’ils ont mené une investigation scientifique et sans état d’âme. D’autres relents de revendication planent dans l’air. Mais les soldats, encouragés par une main invisible se prêtent déjà au jeu du chantage. Un cliché négatif dans ce qu’ils nous ont habitué à voir, le visage d’une armée disciplinée. Mais cette masse résiduelle constitue-t-elle l’armée. Il s’agit d’une poignée de soldats, dont le comportement a été stigmatisé pour régler des comptes politiques. Les cas d’école, centrafricain, burkinabé, malien démontrent que l’armée doit rester apolitique et nationale.
Dahirou Abdoullahi
Citoyen camerounais. Observateur de la scène sociopolitique
Primes des militaires :Ce qui n?a pas été dit aux Camerounais
Quand la vérité finit par triompher d'une tentative de règlement de compte politique.